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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Articles avec #livres catégorie

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Livres
« CAMARADES, je demande la parole » : un livre de Jean-Pierre Page avec Charles Hoareau, Philippe Cordat et Jean-Claude Vatan (Investig'Action)

Pourquoi ce livre ?

La colère monte chez les travailleurs et nombreux sont ceux qui cherchent une issue à la crise. C’est le cas en France, en Europe et dans le monde. Ce n’est pas une révolution mais déjà plus qu’une rébellion. Les peuples sont-ils en train de reprendre l’initiative ? Et quelle sera la réponse syndicale ?

« Camarades, je demande la parole » explique comment on en est arrivé là et ouvre des perspectives. C’est une contribution à un débat dont le contenu va au-delà des entreprises et de tous les lieux de travail. Le combat pour le changement de société doit demeurer un combat syndical.

Les auteurs sont des syndicalistes et des militants assumant ou ayant assumé des responsabilités souvent importantes dans leurs organisations respectives et ce, à travers le monde. Ils représentent une grande diversité d’opinions, de pratiques, d’histoires et appartiennent à différentes organisations syndicales internationales. Mais on retrouvera chez eux de mêmes préoccupations et souvent des réponses convergentes.

Nous vivons une situation nouvelle faite de risques et de possibles. Par certains aspects, elle est inattendue car jamais autant qu’aujourd’hui le capitalisme ne s’est trouvé si arrogant tout en étant si critiqué !

Le syndicalisme est traversé par des débats, entre ceux qui cherchent à aménager le système et ceux qui entendent confronter sa raison d’être : l’exploitation de l’homme par l’homme. Les inégalités n’ont jamais été si importantes à travers le monde, la contradiction capital/travail si aigüe. Riches d’enseignements sont par exemple les luttes en France contre la réforme du code du travail voulue par l’Union Européenne, le patronat et les gouvernements. Il en est beaucoup question !

Parce que la lutte de classes est internationale, elle pose en termes nouveaux ce que sont les responsabilités du mouvement ouvrier. Cela suppose des remises à plat. Compter sur les victoires mais aussi tirer les leçons des défaites.

En France, en Belgique, en Italie, au Portugal, en Argentine, au Brésil, aux USA, en Inde, les luttes existent, les résistances exigent de nouvelles solidarités. « Camarades, je demande la parole ! » en fait le bilan en puisant dans les expériences de chacun. Partir du local mais penser globalement face à la mondialisation du capital est devenu une exigence à  laquelle personne ne saurait être dispensé de réfléchir.

Voilà pourquoi ce livre met en évidence le besoin d’une rénovation du syndicalisme et se prononce sans ambiguïtés pour un syndicalisme de lutte de classes, démocratique, indépendant et résolument internationaliste !

C’est une responsabilité historique de construire l’organisation dont les travailleurs dans le monde entier ont grand besoin. On ne choisit pas l’époque dans laquelle on vit, mais on choisit de se montrer à la hauteur de ce qu’elle exige !

Par: El Diablo le Rouge.

 

BON DE COMMANDE ET INFORMATIONS DIVERSES (en lien ci-dessous)

 

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Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Livres
L’Euro et les mensonges [par Jacques Sapir]

Cette note est extraite du livre, L’Euro contre la France, l’Euro contre l’Europe, qui sera publié à la mi-septembre aux éditions du CERF.

Il faut donc revenir sur les origines de l’Euro. Il nous fut présenté comme une grande promesse qui s’est transformée en grand mensonge. Le discours en faveur de l’Euro prétendait se fonder sur des bases scientifiques. Regardons donc ce qu’il en est.

Les faux prophètes:

Tels les rois mages des évangiles, trois principales contributions, celles de Robert Mundell, de R. McKinnon et de Peter Kennen, sont venues porter la « bonne nouvelle » de l’Union monétaire. Leurs travaux ont eu une influence considérable sur les autres économistes en les persuadant que la flexibilité du taux de change était désormais superflue. Pourtant, des études récentes montrent clairement le contraire.

La théorie des zones monétaires optimales a été énoncée par l’économiste Robert Mundell en 1961[1]. Elle prétend fonder les raisons théoriques de l’existence de zones où il serait avantageux d’avoir une seule et même monnaie. Allan Robert McKinnon apporta sa pierre à l’édifice [2], en expliquant que plus l’ouverture d’une économie sur l’extérieur est importante, plus l’importance du taux de change s’en trouve réduite. Quant à Peter Kennen[3], il montrait que, si l’économie d’un pays était diversifiée, cette diversification réduisait l’ampleur de ce que les économistes appellent des « chocs exogènes », et permettait à ce pays d’être lié à d’autres par un taux de change fixe. De ces travaux, on pouvait donc déduire qu’un pays a intérêt à se lier à d’autres par une monnaie unique sous réserve que le capital et le travail soient parfaitement flexibles (ce que montre Mundell), qu’il soit très ouvert sur le commerce international (McKinnon) et que son économie soit largement diversifiée (Kennen).

D’autres économistes ont prétendu démontrer que des pays tireraient des avantages économiques importants d’une monnaie unique. Cette dernière était censée faire croître la production, ce que prétendait démontrer Andrew K. Rose [4]. Ses travaux ont donné naissance à une littérature extrêmement favorable aux unions monétaires. Ils décrivaient les monnaies nationales comme des « obstacles » au commerce international [5]. L’intégration monétaire devait conduire à une forte augmentation de la production et des échanges potentiels [6]. L’union monétaire européenne allait créer les conditions de réussite de la « Zone Monétaire Optimal [7] », dans un mouvement qui semblait devoir être endogène [8]. D’où les déclarations fameuses, et imprudentes, de divers hommes politiques affirmant que l’Euro allait conduire, de par sa seule existence, à une forte croissance. Jacques Delors et Romano Prodi ont ainsi affirmé que l’Euro allait accroître la croissance européenne de 1% à 1,5% par an et ce pour plusieurs années [9]. Ils furent de bien mauvais prophètes.

Les armes de la critique:

D’autres recherches, fondées sur des données plus complètes et plus rigoureuses, ont cependant fortement réduit les effets positifs de l’union monétaire [10]. Les travaux de Rose et consorts ont été fortement critiqués à cause de la méthode économétrique utilisée [11]. Une critique plus fondamentale fut que ces modèles ne prenaient pas en compte la persistance du commerce international [12]. Harry Kelejian a repris les diverses estimations des effets d’une union monétaire sur le commerce international des pays membres [13]. Les résultats sont dévastateurs. L’impact de l’Union économique et monétaire est estimé à une croissance du commerce de 4,7% à 6,3%, soit très loin des estimations les plus pessimistes des travaux antérieurs qui plaçaient ces effets à 20%, et ceci sans même évoquer les premières analyses de Rose qui les situaient entre 200% et 300%. En dix ans, on a réduit l’effet de 10 à 1 (de 200% à 20%[14]), puis une nouvelle réduction a ramené ces effets à une moyenne de 5% (un facteur de 4 à 1)[15]. Les effets positifs d’une union monétaire ont donc été largement surestimés, à l’évidence pour des raisons politiques. Les annonces les plus extravagantes sur les effets positifs de l’Union économique et monétaire ont été faites en effet au moment même de l’introduction de l’Euro. Le mensonge était effectivement très gros

L’importance du taux de change:

Pourtant, les mêmes arguments servent aujourd’hui à accréditer l’idée qu’une dissolution de l’Euro serait une catastrophe, car on utilise toujours, à des fins de propagande, les mêmes chiffres mais cette fois de manière inversée pour « prédire » un effondrement du commerce international des pays concernés et donc une chute du PIB dans le cas d’une sortie de l’Euro. Or, si l’effet, sur le commerce international, produit par une zone monétaire est faible, il faut en déduire qu’inversement l’effet des prix (ce que l’on appelle la « compétitivité coût ») est nettement plus important que ce qu’en dit le discours dominant[16]. Ceci redonne toute son importance aux dévaluations pour restaurer la compétitivité de certains pays.

L’impact du taux de change sur les balances commerciales était connu. La rapidité du « rebond » de la Russie en 1999 et 2000 en particulier, à la suite d’une dévaluation massive, était l’un des principaux arguments allant dans ce sens. Les économistes du FMI ont réalisé une étude assez systématique sur une cinquantaine de pays[17]. Ils ne trouvent aucun signe de la fameuse « déconnexion » tant citée entre les flux du commerce international et les taux de change. L’étude montre qu’en moyenne, pour une dépréciation du taux de change de 10%, on obtient un gain de 1,5% du PIB. L’internationalisation des « chaînes de valeur » a certes un effet modérateur sur ces gains[18]. Mais, le développement de ces dernières est progressif et ne peut en aucun cas contrarier les effets positifs d’une forte dépréciation du taux de change[19], ce que renforce une étude récente du FMI[20].

L’Euro fut donc vendu aux populations (et aux électeurs) sur la base de mensonges répétés, mensonges enrobés dans un discours se donnant pour scientifique, mais qui ne l’était nullement. Les économistes soutenant l’Euro ont raisonné comme si les conditions permettant la matérialisation de ces avantages étaient nécessairement réunies et comme si les avantages potentiels de l’Euro devaient toujours l’emporter sur les désavantages. C’est là que se situe leur responsabilité. En cela ils se sont faits les porteurs d’une « bonne nouvelle » qui s’est avérée être, pour les peuples, un véritable cauchemar.

Par: Jacques Sapir

 

Notes:

[1] Mundell R., (1961), « A theory of optimum currency areas », in The American Economic Review, vol. 51, n°5,‎ 1961, pp. 657-665.

[2] McKinnon R.I., (1963), « Optimum Currency Area » in The American Economic Review, Vol. 53, No. 4 (Sep., 1963), pp. 717-725

[3] Kenen, P.B. (1969). “The Theory of Optimum Currency Areas: An Eclectic View, ” in Mundell R.A. et A.K. Swoboda (edits) Monetary Problems of the International Economy, Chicago, Ill., Chicago University Press.

[4] Rose, A.K. (2000), « One money, one market: the effect of common currencies on trade », Economic Policy Vol. 30pp.7-45 et Rose, Andrew K., (2001), “Currency unions and trade: the effect is large,” Economic Policy Vol. 33, 449-461.

[5] Rose, A.K., Wincoop, E. van (2001), « National money as a barrier to international trade: the real case for currency union », American Economic Review, Vol. 91, n°2/2001, pp. 386-390.

[6] De Grauwe, P. (2003), Economics of Monetary Union, New York: Oxford University Press. Frankel, J.A., Rose A.K. (2002), « An estimate of the effect of currency unions on trade and output », Quarterly Journal of Economics, Vol. 108, n°441, pp. 1009-25.

[7] On consultera à ce sujet le mémoire de Master 2 , Laurentjoye T., (2013), La théorie des zones monétaires optimales à l’épreuve de la crise de la zone euro, Formation « Économie des Institutions », EHESS, Paris, septembre 2013.

[8] Frankel, J.A., Rose A.K. (1998), « The endogeneity of the optimum currency area criteria », Economic Journal, Vol.108, 449, pp.1009-1025. De Grauwe, P., Mongelli, F.P. (2005), «Endogeneities of optimum currency areas. What brings countries sharing a single currency closer together? », Working Paper Series, 468, European Central Bank, Francfort.

[9] Sapir J. (2012), Faut-il sortir de l’Euro ?, Le Seuil, Paris.

[10] Bun, M., Klaasen, F. (2007), « The euro effect on trade is not as large as commonly thought», Oxford bulletin of economics and statistics, Vol. 69: 473-496. Berger, H., Nitsch, V. (2008), « Zooming out: the trade effect of the euro in historical perspective », Journal of International money and nance, Vol. 27 (8): 1244-1260.

[11] Persson T. (2001), « Currency Unions and Trade : How Large is the Treatment Effect ? » in Economic Policy, n°33, pp. 435-448 ; Nitsch V. (2002), « Honey I Shrunk the Currency Union Effect on Trade », World Economy, Vol. 25, n° 4, pp. 457-474.

[12] Greenaway, D., Kneller, R. (2007), « Firm hetrogeneity, exporting and foreign direct investment », Economic Journal, 117, pp.134-161.

[13] Kelejian, H. & al. (2011), « In the neighbourhood : the trade effects of the euro in a spatial framework », Bank of Greece Working Papers, 136

[14] Du travail initial de A.K. Rose datant de 2000 mais réalisé en fait entre 1997 et 1999 « One money, one market: the effect of common currencies on trade », Economic Policy 30,op.cit., au travail de R. Glick et A.K. Rose, datant de 2002, « Does a Currency Union Affects Trade ? The Time Series Evidence », op. cit..

[15] Bun, M., Klaasen, F. (2007), « The euro effect on trade is not as large as commonly thought», Oxford bulletin of economics and statistics, op.cit., estiment l’effet « positif » de l’UEM à 3%, ce qui le met largement dans l’intervalle d’erreurs de ce genre d’estimations.

[16] C’est d’ailleurs le sens d’une note rédigée par P. Artus, « C’est la compétitivité-coût qui devient la variable essentielle », Flash-Économie, Natixis, n°596, 30 août 2013.

[17] Leigh, D, W Lian, M Poplawski-Ribeiro et V Tsyrennikov (2015), “Exchange rates and trade flows: disconnected?”, Chapitre 3 in World Economic Outlook, IMF, Octobre 2015.

[18] Ahmed, S, M Appendino, and M Ruta, “Depreciations without Exports? Global Value Chains and the Exchange Rate Elasticity of Exports,” World Bank Policy Research Working Paper7390, World Bank, Washington DC, 2015.

[19] Voir Johnson, R C, and G Noguera, “Fragmentation and Trade in Value Added over Four Decades.” NBER Working Paper n°18186, Harvard, NBER, 2012 et Duval, R, K Cheng, K. Hwa Oh, R. Saraf, and D. Seneviratne, “Trade Integration and Business Cycle Synchronization: A Reappraisal with Focus on Asia,” IMF Working Paper n° 14/52, International Monetary Fund, Washington DC, 2014.

[20] IMF/FMI, 2016 External Sector Report, Wahington D.C., 27 juillet 2016,http://www.imf.org/external/pp/ppindex.aspx 

 

SOURCE:

 

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Publié le par "Citoyen 18"
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Elle n’a publié que deux romans que, déjà, elle impose son regard dans le tableau de la société transalpine. Et s’installe dans une lignée d’écrivains italiens à la fibre sociale. Premier article d’une série de six qui tenteront de composer la famille de plume de Silvia Avallone.

 

On a souvent dit de l'Italie qu'elle était le laboratoire politique de l'Europe, inventant, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire, le fascisme, la démocratie chrétienne, le populisme télévisuel manière Berlusconi et l'eurocommunisme des années 1970. On aimerait aussi que l'Italie, et cette fois toujours pour le meilleur, devienne le laboratoire littéraire de l'Europe. C'est la conclusion que l'on tire de la découverte, forte, percutante, poignante, de l'œuvre de Silvia Avallone. À 32 ans, elle a à son actif deux denses romans et une longue nouvelle (ainsi qu'un recueil de poésie, non traduit), tous exceptionnels. Précarité de la jeunesse ; désindustrialisation, absence de tout espoir politique collectif ; misère des diplômés, tentés de se construire un à-côté du monde plus conforme à leurs valeurs ; omniprésence de la télévision, seule perspective d'ascension sociale pour la jeunesse issue du milieu populaire… Le tableau de l'Italie des années 2000 est aussi sombre que précis. Il s'inscrit dans la longue tradition littéraire italienne du réalisme. La suite de cette série s'efforcera, de manière aussi subjective qu'assumée, d'évoquer sur le mode du jeu des sept familles – le grand-père, la grand-mère, le père, etc., Silvia Avallone étant la fille – une généalogie balisée de quelques œuvres de cette littérature italienne à la fibre sociale, qui propose un tableau de la société transalpine si loin de l'autofiction et autres formes de déballages narcissiques tellement en vogue en France.
 

Silvia Avallone © DR Silvia Avallone © DR

Le premier roman d'Avallone, D'acier (Liana Levi, 2011, paru l'année précédente en Italie), s'est vendu à plus de 500 000 exemplaires en Italie, et a été adapté au cinéma. Deux gamines de treize ans, Anna et Francesca, voient leur corps se métamorphoser pour les rendre rien de moins que des bombes sexuelles. Elles en sont conscientes. Et c'est le seul atout qu'elles possèdent pour percer dans le huis clos de la via Stalingrado de la ville industrielle de Piombino, sur le littoral de la Toscane, ancien bastion communiste. « L'idée de la municipalité communiste, c'était que les métallos aussi avaient droit à un appartement avec vue. Sur la mer, pas sur l'usine. Quarante ans plus tard, tout avait changé : il y avait l'euro, la télé à la carte, les paraboles, mais il n'y avait plus de démocratie chrétienne, ni de parti communiste […] Mais les barres d'immeubles étaient toujours là, et l'usine, et la mer. »
 

dacierLes possibilités sont restreintes à Piobino : le chômage, l'arnaque, la défonce et le travail dans l'immense aciérie qui a fait la ville, mais qui menace de péricliter. C'est l'été 2001, celui d'avant les attentats de New York, qui vont faire basculer le monde dans l'ère du terrorisme islamiste. Mais du monde, Anna et Francesca n'ont cure. La première, fille d'une sympathique mais épuisée militante communiste, sœur d'un ouvrier tout à la fois machiste, syndicaliste et berlusconien, projette de partir, loin de Piombino, étudier. La seconde, fille d'un père handicapé qu'elle déteste, voit son avenir dans les mirages de la télévision, de la mode et de leurs paillettes. Elles ont 14 ans, et s'aiment comme on peut s'aimer à cet âge. Ce n'est pas l'avenir qui les préoccupe, mais leur présent immédiat, leur été. En face de leur cité, à une demi-heure de bateau, le « paradis impossible » de l'île d'Elbe, où se rendent les touristes, les attire, mais elles n'y ont jamais mis les pieds, passant leurs étés sur la triste plage de Piombino. Une autre vie est possible, pour reprendre un slogan altermondialiste qui se clamait dans les rues de Gênes au moment où se situe l'action du roman, mais elle n'est pour elles possible qu'ailleurs : peut-être à l'université de Florence, pour Anna, peut-être à Rome où Francesca rêve de briller à la télévision, et pourquoi pas l'espace d'un moment ensemble sur l'île d'Elbe, aussi proche qu'inaccessible. Les deux filles savent que leur virginité est, dans ce monde où chacun se surveille, leur principal capital. Elles l'entretiennent, en font monter la valeur. Jouent et se moquent, provoquent et rient. Mais parfois perdent, tandis qu'agonise l'usine qui a donné vie depuis des décennies à la ville. Une usine qui est, au côté de nos deux ragazze, l'autre personnage du livre. « Le métal était partout, à l'état naissant. Cascades ininterrompues d'acier et de fonte rougeoyantes, de lumière visqueuse. Des rapides, des torrents, des estuaires de métal en fusion pris entre les digues de la coulée, enfermé dans les cuves des poches, transvasé par les entonnoirs et déversé dans les trains à bande. Si tu levais les yeux, tu voyais bouillonner le mélange de fumées grasses, dans un vacarme de robots. À toute heure du jour et de la nuit, la matière était transformée. »
 
Par:  Nicolas Chevassus-au-Louis.

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Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Livres

« CAMARADES, je demande la parole » : un livre de Jean-Pierre Page avec Charles Hoareau, Philippe Cordat et Jean-Claude Vatan (Investig'Action), livre est a paraitre le 2 septembre.

 

« CAMARADES, je demande la parole » : un livre de Jean-Pierre Page avec Charles Hoareau, Philippe Cordat et Jean-Claude Vatan (Investig'Action)

Pourquoi ce livre ?

La colère monte chez les travailleurs et nombreux sont ceux qui cherchent une issue à la crise. C’est le cas en France, en Europe et dans le monde. Ce n’est pas une révolution mais déjà plus qu’une rébellion. Les peuples sont-ils en train de reprendre l’initiative ? Et quelle sera la réponse syndicale ?

« Camarades, je demande la parole » explique comment on en est arrivé là et ouvre des perspectives. C’est une contribution à un débat dont le contenu va au-delà des entreprises et de tous les lieux de travail. Le combat pour le changement de société doit demeurer un combat syndical.

Les auteurs sont des syndicalistes et des militants assumant ou ayant assumé des responsabilités souvent importantes dans leurs organisations respectives et ce, à travers le monde. Ils représentent une grande diversité d’opinions, de pratiques, d’histoires et appartiennent à différentes organisations syndicales internationales. Mais on retrouvera chez eux de mêmes préoccupations et souvent des réponses convergentes.

Nous vivons une situation nouvelle faite de risques et de possibles. Par certains aspects, elle est inattendue car jamais autant qu’aujourd’hui le capitalisme ne s’est trouvé si arrogant tout en étant si critiqué !

Le syndicalisme est traversé par des débats, entre ceux qui cherchent à aménager le système et ceux qui entendent confronter sa raison d’être : l’exploitation de l’homme par l’homme. Les inégalités n’ont jamais été si importantes à travers le monde, la contradiction capital/travail si aigüe. Riches d’enseignements sont par exemple les luttes en France contre la réforme du code du travail voulue par l’Union Européenne, le patronat et les gouvernements. Il en est beaucoup question !

Parce que la lutte de classes est internationale, elle pose en termes nouveaux ce que sont les responsabilités du mouvement ouvrier. Cela suppose des remises à plat. Compter sur les victoires mais aussi tirer les leçons des défaites.

En France, en Belgique, en Italie, au Portugal, en Argentine, au Brésil, aux USA, en Inde, les luttes existent, les résistances exigent de nouvelles solidarités. « Camarades, je demande la parole ! » en fait le bilan en puisant dans les expériences de chacun. Partir du local mais penser globalement face à la mondialisation du capital est devenu une exigence à  laquelle personne ne saurait être dispensé de réfléchir.

Voilà pourquoi ce livre met en évidence le besoin d’une rénovation du syndicalisme et se prononce sans ambiguïtés pour un syndicalisme de lutte de classes, démocratique, indépendant et résolument internationaliste !

C’est une responsabilité historique de construire l’organisation dont les travailleurs dans le monde entier ont grand besoin. On ne choisit pas l’époque dans laquelle on vit, mais on choisit de se montrer à la hauteur de ce qu’elle exige !

Michel Collon et  Jean-Pierre Page

 

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Publié le par "Citoyen 18"
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Son Conversation en Sicile fut interdit par l’Italie fasciste. Il défendit ensuite la « liberté de création » face à Aragon et aux communistes orthodoxes. Ses engagements, dit-il, lui viennent de « l’expérience collective dont il est le porteur spontané ». Et en ce sens, il pourrait être l’aïeul de la famille de plume de Silvia Avallone, que cette série d’articles tente de constituer.

 « Il souffle dans le monde aujourd'hui, pas dans la seule Italie, un désespoir de vivre qui semble ôter, précisément aux plus jeunes, toute possibilité de lutte, même simplement historique », écrit en mai 1946 le romancier italien Elio Vittorini. Les jeunes gens essayant tant bien que mal de se faire une place dans l'Italie en faillite économique et morale des années 2000 que décrit la romancière Silvia Avallone pourraient en dire de même. Dans notre projet de construire une généalogie imaginaire à la jeune prodige des lettres italiennes, Vittorini sera donc le grand-père.

Elio Vittorini Elio Vittorini

Elio Vittorini naît à Syracuse (Sicile) en 1908. Sa mère est analphabète, son père cheminot, ce qui lui offre, gratuité des transports ferroviaires oblige, de vastes possibilités de voyages. À trois reprises, il en use en adolescent fugueur. « Je m'en allais après avoir écrit à mon père que je ne reviendrais plus, et également certain que je revenais toujours. Je partais pour voir le monde, le plus grand nombre possible de gens qui peuplent le monde », racontera-t-il plus tard (in Journal en public, Gallimard, 1961). Il finit par franchir le détroit de Messine. À 17 ans, abandonnant ses études d'expert-comptable auquel son père le destinait, il travaille sur les chantiers qui prolifèrent dans l'Italie nouvellement fasciste. Le régime mussolinien ne révolte pas de prime abord le jeune homme épris d'action. Du terrassement en Vénétie, il passe à la typographie à Florence. Il s'y lie d'amitié avec un vieux correcteur érudit, qui lui apprend l'anglais en lisant Robinson Crusoé dans le texte. Le voici traducteur. Son goût de la littérature américaine, dans laquelle il voit « une espèce de littérature universelle en une seule langue », ne lui passera jamais.

 

conversationssicileEn même temps qu'il traduit, Vittorini se met à écrire. Et à s'éloigner du régime, tout en profitant de ses failles. Le fascisme mussolinien pratiquait une censure bien moins stricte que son homologue hitlérien. À l'automne 1937, il publie dans la revue florentine Letteratura les premières pages de sa première, et grande, œuvre, Conversation en Sicile. Le livre finit par paraître à Milan, où les brimades du régime l'ont conduit en 1939. Dans L'Œillet rouge, il racontera ces hésitations et déchirements d'un écrivain confronté à la censure fasciste.


Le premier tirage de Conversation en Sicile est modeste, mais le livre est réimprimé en 1942 à 5 000 exemplaires, qui trouvent preneurs en quelques semaines. Ce succès inquiète en haut lieu. Vittorini est convoqué et sermonné par les autorités fascistes, qui dénoncent un « livre immoral et antinational ». Le livre reste diffusé mais son auteur passe progressivement dans la clandestinité. Après l'effondrement du régime mussolinien à l'été 1943, il entre dans les formations armées des partisans, et adhère au parti communiste italien, fer de lance de la lutte antifasciste.

Que disait donc Conversation en Sicile de si subversif pour que le régime fasciste le tolère puis l'interdise au vu de son succès ? Le roman raconte le voyage de Silvestro du nord de l'Italie, où il travaille comme typographe, vers la Sicile, où son père lui a demandé d'aller rejoindre sa mère qu'il vient d'abandonner. Le ton est distant, presque sociologique, mais la portée politique indéniable. Conversation en Sicile dit subtilement deux choses. La première est que l'Italie des années 1940 n'est qu'un assemblage de territoires aux usages, aux mœurs, et aux parlers différents, à peine et peut-être pas même une nation. La seconde est que le Sud, et en particulier la Sicile, est, de cette mosaïque italienne, le territoire le plus opprimé, le plus arriéré, le plus misérable. Même dans la famille de Silvestro, enviée par les journaliers agricoles et les ouvriers de mines de soufre pour sa relative aisance, on se nourrit d'escargots et de chicorée sauvage les dix derniers jours du mois. Soit deux thèses insupportables au régime mussolinien construit sur l'exaltation de l'unité italienne.

 

hommesautresConversation en Sicile, puis Les Hommes et les Autres (1945) qui raconte l'expérience de la résistance armée, vont valoir à Vittorini de passer pour le maître du néoréalisme italien, l'homologue littéraire de Roberto Rosselini (Rome, ville ouverte, 1945), Giuseppe De Santis (Riz amer, 1949) ou Vittorio De Sica (Le Voleur de bicyclette, 1948) au cinéma. Vittorini lui-même émettait des réserves quant à cet embrigadement dans une école. Réaliste, vériste comme on dit en Italie, il l'était certes, mais tout en revendiquant une liberté pour les écrivains dont il distinguait deux types : « Ceux qui, en les lisant, me font penser “voilà, c'est tout à fait vrai” et me donnent la confirmation de la manière dont je sais qu'en général se passe la vie. Et ceux qui me font penser “Pardieu, je n'avais jamais supposé qu'il pût en être ainsi” et, par là, nous révèlent un nouveau, particulier, “comment ça se passe la vie ?” », comme il l'écrivait dès 1933.

Quinze ans plus tard, le milieu littéraire parisien débat de l'engagement de l'écrivain, et Vittorini devient l'objet de toutes les controverses. Conversation en Sicile et Les Hommes et les Autres ont été traduits en français, respectivement en 1948 et 1947. Leur auteur vient souvent après guerre à Paris, où il fréquente les écrivains en vue, à commencer par Jean-Paul Sartre, qui lui confie la direction d'un numéro de la revue Les Temps modernes consacré à l'Italie. L'heure est alors, sur les rives de la Seine, à l'engagement de toute écriture, que promeut en URSS le grand maître du réalisme socialiste Jdanov. Mais le jdanovisme n'est, pour le communiste Vittorini, qu'un « obscurantisme ». Comme il le déclare à l'occasion de rencontres internationales tenues à Genève en 1948, alors que la guerre froide débute, « le scandale réside en ceci que l'on ne sait pas encore reconnaître à l'activité artistique sa valeur de connaissance, irremplaçable, nécessaire, intégrative ». Le monde intellectuel communiste parisien, raconte Edgar Morin dans son Autocritique (Le Seuil, 1959), s'étripe : Vittorini, fort de son prestige d'écrivain autant que de résistant antifasciste, sert d'arme à tous ceux qui défendent, face au jdanovisme parisien qu'incarne Aragon, une certaine liberté de la création littéraire pour les écrivains proches du parti. En vain. Le parti communiste français restera, au moins jusqu'à la timide déstalinisation des années 1960, aligné dans sa politique culturelle sur l'URSS, là où son homologue italien avait admis dès les années 1950 l'autonomie créatrice des écrivains que réclamait Vittorini dans une lettre au secrétaire général Togliatti de 1947.

Aux rencontres internationales de Genève, en 1948, Vittorini disait : « Je nie qu'un écrivain puisse s'engager à travailler dans un sens plutôt qu'un autre avec un résultat valable […] Mais il y a un engagement “naturel” qui agit sur lui en dehors de sa volonté. Il lui vient de l'expérience collective dont il est le porteur spontané, et constitue, secret en lui-même, l'engagement principal de son activité. » Pour Silvia Avallone, au centre de notre série, ce fut la fin de son adolescence dans une ville industrielle en déshérence du littoral toscan qu'elle raconte dans D'acier.

Par: Nicolas Chevassus-au-Louis.

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L’ équipe de Mediapart vous propose de découvrir des livres, essais ou romans, qui lui ont particulièrement plu. Des livres parus ou réédités depuis l’été dernier, qui pour certains n’ont pas eu l’écho qu’ils auraient pu avoir. Des livres qui nous tiennent à cœur, parce qu’ils éclairent notre travail au quotidien ou parce qu’ils nous ont touchés, tout simplement, pour des raisons personnelles. Les voici, au hasard de nos subjectivités, dans l’espoir de vous donner envie de les lire.

Des femmes devenues hommes

 
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Elles ont fait le choix de devenir hommes : la tradition dure depuis des siècles dans le nord de l'Albanie. Une étude d'Antonia Young éclaire comment le masculin et le féminin sont aussi le fruit d'une construction sociale.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Par: François Bonnet.

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L’équipe de Mediapart vous propose tout l’été de découvrir des essais ou des romans qui lui ont plu. Des livres parus ou réédités depuis un an qui nous tiennent à cœur, parce qu’ils éclairent notre travail au quotidien ou parce qu’ils nous ont touchés, tout simplement. Voici la première chronique de cette série, au hasard de nos subjectivités. L’historien Sébastien Albertelli décrypte les usages du sabotage, du mouvement ouvrier à la Résistance.

Voici une lecture à recommander sans réserves aux juges de la Cour de cassation qui seront amenés à statuer sur le caractère terroriste ou non des sabotages de caténaires de lignes TGV qui sont reprochés à Julien Coupat, Gabrielle Hallez et Yildune Lévy, du groupe dit de Tarnac. Bien que la cour d'appel, le 28 juin dernier, ait refusé la qualification de terrorisme des faits, le parquet a formé un pourvoi en cassation. Sabotage ? Ou terrorisme ? Lutte sociale ? Ou guérilla ? Le livre de l'historien Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance (Perrin, 2016) donne une profondeur historique bienvenue à cette réflexion.

 

capture-d-e-cran-2016-07-19-a-10-12-46Le terme français de « sabotage » présente l'étonnante particularité d'exister dans la quasi-totalité des langues. En dépit de son succès, son étymologie reste incertaine. On a longtemps prétendu que les ouvriers sabotaient les machines en y lançant leurs sabots de bois. L'explication ne convainc guère Sébastien Albertelli, pour qui il est bien plus probable que le sabotage désigne un travail exécuté à coups de sabots, en d'autres termes, de mauvaise qualité. Cette incertitude étymologique n'est pas qu'une querelle savante. On y trouve en germe la tension entre deux conceptions du sabotage, toutes influentes au sein du mouvement ouvrier d'avant 1914 : l'une qui considère le sabotage comme une pratique active visant à entraver délibérément la production ; l'autre qui y voit une sorte de grève du zèle visant à en faire le moins possible. Plusieurs congrès de la CGT en débattent à la Belle Époque. L'anarcho-syndicaliste Émile Pouget, auteur de la brochure Le Sabotage (1911) – dont les policiers perquisitionnant à Tarnac saisirent un exemplaire en qualité de pièce à conviction –, est une des figures majeures de ces débats.

 

Mais la menace du sabotage, que ce soit dans les usines d'armement ou dans les lignes de transmission, brandie par la fraction la plus pacifiste du mouvement ouvrier, s'avère inefficace quand il s'agit de s'opposer à la Première Guerre mondiale. Bien au contraire, le conflit fait du sabotage une forme, parmi d'autres, de la guerre secrète, à cent mille lieues de l'exaltation convenue de l'héroïsme des champs de bataille. De la modalité d'action dans la lutte sociale, le sabotage est devenu une technique de guerre. Sébastien Albertelli a rassemblé une impressionnante documentation sur l'action des agents allemands aux États-Unis, installant bombes et liquides incendiaires sur les navires approvisionnant la France et le Royaume-Uni. Ces affaires, portées devant la justice internationale, donneront lieu à des dédommagements financiers par la RFA qui s'étaleront jusqu'en 1979. Pourtant, souligne Albertelli, « la guerre secrète est restée marginale et a peu influencé le cours et la forme de la Grande Guerre », si ce n'est qu'elle a « changé la guerre secrète et les services chargés de la conduire ».

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, tous les belligérants disposent ainsi dans leurs états-majors de services chargés de saboter l'appareil de production et les lignes de communication adverses. Pourtant, en dépit de plans minutieusement préparés, ils n'ont guère d'influence sur le déroulement des opérations militaires. L'étude de Sébastien Albertelli montre que l'accusation souvent faite aux communistes d'avoir entravé dans les usines d'armement l'effort de guerre français de 1939-1940, à l'époque du pacte germano-soviétique, est infondée, ce qui n'a pas empêché quelques ouvriers rouges d'être fusillés, à tort ou à raison, pour sabotage.

Voilà donc cette leçon de l'histoire que l'on pourra recommander aux magistrats de la Cour de cassation qui seront amenés à statuer sur le sort de Julien Coupat, Gabrielle Hallez et Yildune Lévy. Le sabotage n'a jamais servi à grand-chose, si ce n'est à faire de vibrants et galvanisants discours révolutionnaires. Et l'on voit donc moins que jamais en quoi il pourrait relever du terrorisme.

* Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance, Perrin, 2016, 400 pages, 25 euros.

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L’écrivaine Catherine Guibourg-Caillouët et son mari Michel Caillouët ont participé aux soutiens bénévoles pour les réfugiés à la Grande Synthe. Interview.

 

Catherine Guibourg-Caillouët (à dr.) parle de ses expériences de bénévole à la Grande Synthe. © privé Catherine Guibourg-Caillouët (à dr.) parle de ses expériences de bénévole à la Grande Synthe. © privé

(KL) – Les discours sont importants, l’action est encore plus importante. Ainsi, l’écrivaine Catherine Guibourg-Caillouët (« Hier ne finira jamais, résister hier et aujourd'hui », Editions l'harmattan) et son mari Michel Caillouët, ancien ambassadeur de la Commission Européenne, se sont rendu au camp de réfugiés de la Grande Synthe pour – aider. Interview.

 

Vous étiez à la Grande Synthe pour aider, comme bénévoles, dans les travaux du camp des réfugiés. Est-ce que vous êtes allés sur place dans le cadre d'un programme spécifique ? Lequel ?

Catherine Guibourg-Caillouët : Nous avons été sensibilisés à la nécessité de nous rendre sur place en entendant sur France Inter le message de Damien Carème, le maire EELV de Grande Synthe, près de Dunkerque. Il parlait de son initiative de créer un campement « modèle », et faisait un appel aux bénévoles, notamment français, pour soutenir son action. Nous avons alors pris contact avec Utopia 56, une association bretonne qui a essayé de mettre au point un lieu plus humain que la « jungle » de Calais. Le rôle des associations sur place, en particulier celle de Calaisiens, telles que Salam, le secours catholique ou l’Auberge des migrants est essentiel, puisque d’eux dépend l’essentiel de l’aide aux réfugiés. Ce qui est intéressant avec Grande Synthe (situé près de Dunkerque) c’est que des politiques (notamment EELV) ont pris conscience que l’aide publique ne pouvait pas se limiter à la sécurité, mais que l’humanité était nécessaire. Espérons que cette expérience puisse s’étendre à Calais ! 

En quoi consistait votre aide concrète sur place ?

CGC : Nous avons travaillé avec différentes associations pour mieux comprendre leurs modes de fonctionnement. Il est clair d’ailleurs qu’une meilleure coordination serait nécessaire, chacun possède un savoir-faire et il peut y avoir une bonne complémentarité. Le défi est tellement vaste, et la misère humaine tellement palpable que c’est une priorité.

L’appui consistait en la préparation et distribution de nourriture, de vêtements, de couvertures. Il y a également une aide juridique, un soutien scolaire dans les écoles provisoires qui ont pu être ouvertes (enfants et adultes). Des Européens assurent un bénévolat admirable à l’école laïque du chemin des dunes, au centre Jules Ferry ou dans le centre récréatif de Grande Synthe, pour permettre aux enfants une certaine scolarisation, ou aux adultes l’enseignement du français ou de l’anglais. Il est très émouvant de voir des Soudanais ou des Kurdes dépenser leur énergie à apprendre notre langue. Nous sommes alors bien loin du message de peur véhiculé par les médias, qui se limite à parler des conflits, inévitables entre communautés, dés lors que le gouvernement ne cesse de réduire le territoire qui est alloué aux exilés. 

Quelle est votre impression de ce qui s'y passe ?

CGC : La première impression est que l’accueil vient de citoyens bénévoles. La réponse de l’état est trop axée sur la sécurité. Bien sûr qu’il faut de la sécurité, mais l’aide de l’état devrait être plurielle. 

On peut comparer Calais à ce qui se passe ailleurs dans le monde : chaque année au niveau mondial, il y a plus de 50 millions de déplacés. Les conditions d’accueil en France ne respectent pas les normes internationales : manque d’hygiène, manque d’eau potable, manque de douches, insalubrité - le camp de Calais se situe sur une zone Seveso 2. C’est indigne de la part d’un pays qui reste encore la 5ème puissance économique mondiale. Il est vrai que le camp de Grande Synthe, avec des structures en bois, a amélioré la situation. Mais dans le Calaisis, c’est trop souvent le message de la peur qui domine. On craint que trop d’accueil ne fasse un « appel d’air », alors on ne parle que de démanteler, défaire, détruire, déconstruire, au lieu de pacifier ou de stabiliser ! 

Mais ce qui est réconfortant, c’est de voir la dignité et l’énergie d’êtres humains, qui ont fui les zones de conflit, ont voyagé dans des conditions très difficiles, ont parfois perdu en mer famille ou amis. Le désir de s’en sortir est palpable, les autorités devraient encourager, accompagner, stabiliser si possible, plutôt que de menacer systématiquement.

Un autre réconfort, c’est l’enthousiasme des bénévoles. Une Europe de la jeunesse (française, britannique, belge, allemande, italienne….) est sur place, motivée ! Elle ne compte pas son temps, pour venir en aide aux réfugiés C’est encourageant pour l’avenir.

Que faudra-t-il améliorer pour assurer un accueil digne aux réfugiés qui se trouvent en France ?

CGC : Une certaine sécurité d’abord, au niveau des conditions de vie, vivre de manière infrahumaine peut conduire à des révoltes et à un profond ressentiment vis à vis de notre pays ! Ces personnes déplacées ont le téléphone portable, c’est vital pour eux, ils communiquent, quelle image donnons-nous de notre pays?

Il semble évident que tout est fait pour ne pas accueillir selon les standards internationaux, alors que la plupart des déplacés sont des réfugiés de guerre, et qu’il existe des règles internationales, que l’on bafoue sciemment.

On crée ainsi de manière provisoire des campements de fortune, (Sangatte hier, Calais aujourd’hui) que l’on détruit ensuite pour mieux reconstruire ensuite, un gâchis (dé) organisé !

La création plus pérenne de petites structures d’accueils, avec le minimum vital, encadré par des bénévoles qui ont le savoir-faire, pourrait être un point de départ d’une solution.

Paradoxalement le manque de l’Etat pour accueillir dignement les réfugiés pourrait à terme augmenter les risques d’insécurité, puisqu’au lieu de réunir les migrants dans un seul lieu, ces derniers choisissent des zones qui échappent au contrôle de l’Etat ! 

Que devrait faire l'Europe pour résoudre la question des réfugiés arrivant en Europe ?

CGC : L’Europe n’a pas anticipé le phénomène, qu’il faut toutefois relativiser dans sa dimension. Le gouvernement socialiste français a d’ailleurs une responsabilité particulière. Face à l’émergence de gouvernements souverainistes et xénophobes en Europe, on pouvait attendre plus de courage, d’humanisme, et de respect des droits de l’homme de la part d’un pays tel que la France qui n’a pas su se montrer visionnaire, promouvoir les valeurs européennes, et prendre les bonnes décisions de soutien à Madame Merkel, au moment opportun. On parle d’un flux au niveau européen de 2 à 3 millions, et nous sommes dans l’UE 508 millions de personnes, on parle de 0,5 % de personnes, en grand dénuement, que l’on ne pourrait absorber ou accueillir ? 

L’Union Européenne a un savoir faire au niveau international en coopération au développement, il n’est utilisé que de manière marginale en France. Il semble qu’en Allemagne, l’expérience soit plus positive. Par exemple 6000 Syriens accueillis à Stuttgart, seraient déjà en voie d’intégration en Allemagne. Sur les 6000 migrants à Calais, 1500 environ ont été accueillis dans des Centres d’Accueil et d’Orientation répartis sur toute la France. Encore une fois, sans l’aide de bénévoles et d’associations, ces réfugiés ne rencontreraient pas le soutien qu’ils reçoivent. 

Les inflexions au droit d’asile apporté par l’Europe, l’accord Turquie-UE sont indignes. Le concept de « pays sûr » permet des déviations et des renvois de masse, mais aussi des dangers évidents. Il est clair aussi que cet accord sera inapplicable en l’état. D’autres solutions doivent être trouvées !

Il est urgent de réformer les accords dit de Dublin, par lequel un réfugié ne peut présenter un dossier d’asile que dans le premier pays d’accueil (la charge revient alors essentiellement à l’Italie et la Grèce..), il faut mettre en commun au niveau européen les solutions permettant un accueil humain, digne de nos vraies valeurs européennes.  

Le fonds du problème est que la politique d’immigration reste du domaine des Etats européens. C’est d’une politique européenne dont nous avons besoin, avec gestion commune de nos frontières externes, et les moyens financiers et humains qui doivent suivre… L’organisation de la solidarité au niveau européen en quelque sorte, qui devrait rester un des principes essentiels de l’Union Européenne.

Comment est-ce que d'autres personnes souhaitant agir de manière solidaire, peuvent s'impliquer ? 

CGC : Il est primordial en tant que citoyen de participer à l’aide apportée aux migrants. C’est grâce à cette mobilisation que les migrants survivent. Cette expérience concrète de bénévolat permet une prise de connaissance réelle de la situation sur le terrain, indispensable pour prendre de la distance par rapport au phénomène médiatique qu’est devenu le Calaisis ! C’est en effet devenu un enjeu médiatique, pour les gouvernements de droite et de gauche, et il est regrettable que le gouvernement français, pourtant socialiste, n’ait pas été capable, à côté des enjeux sécuritaires, d’avoir une parole humaniste, à l’égard d’hommes, de femmes et d’enfants exilés qui pour beaucoup n’avaient entendu parler de la France que comme le pays des droits de l’Homme ! 

Un mouvement citoyen européen serait très important comme prise de conscience par rapport aux migrants. Il est bon que des bénévoles, des associations travaillant à Calais se rendent en Allemagne, en Italie ou en Grèce, pour une meilleure connaissance de la situation et pour développer les liens de solidarité dans toute l’Europe. Dans tout phénomène humain, la rencontre est essentielle. Aller à la rencontre des migrants permet de dépasser les peurs et les stéréotypes…

 

 

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Publié le par "Citoyen 18"
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"Faut-il détester la RUSSIE ?" (de Robert Charvin) : un nouveau livre des éditions Investig'Action

Devons-nous « assimiler, coloniser et civiliser » la Russie ? Et même « l’affaiblir par tous les moyens », comme le recommande le stratège US Brzezinski ?

Quels intérêts sert la campagne actuelle de diabolisation de la Russie ? D'où vient ce courant de révisionnisme historique qui minimise la contribution de l'URSS à la victoire des Alliés pendant la
Seconde Guerre mondiale et qui tend à assimiler le communisme au nazisme ?

Pourquoi, Vassili Kononov, un résistant antinazi a-t-il été accusé de « crime de guerre » par la Cour suprême de Lettonie ? Pourquoi a-t-il été envoyé en prison à l’âge de 75 ans, un demi-siècle après les faits ?

Ce livre original nous met en garde : une certaine propagande médiatique peut nous mener tout droit vers une nouvelle guerre froide. Pas si froide ?

#Lectures

Par: El Diablo

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Livre : Le Parti en toute transparence  ALAVARO CUNHAL  215 pages  15 euros (Éditions Delga)Livre : Le Parti en toute transparence  ALAVARO CUNHAL  215 pages  15 euros (Éditions Delga)

Livre : Le Parti en toute transparence ALAVARO CUNHAL 215 pages 15 euros (Éditions Delga)

Écrit en 2001, ce texte est une analyse remarquable de la situation des sociétés capitalistes et du rapport des forces au niveau mondial au début du XXIème siècle, par ce grand intellectuel communiste qu’était l’ancien secrétaire général du Parti Communiste Portugais, Alvaro Cunhal.

Ce texte rend compte des situations les plus complexes avec grande clarté et simplicité. Il affirme à juste titre que la révolution russe de 1917 a été le plus grand évènement du XXème siècle qui marquera pour toujours l’histoire de l’humanité. Également, l’auteur met l’accent sur l’offensive généralisée de l’impérialisme qui, sous la houlette des États-Unis, tente de maîtriser les ressources mondiales par la surexploitation et le pillage des peuples, ce qui a été amplement confirmé depuis par les guerres récentes à caractère colonialiste (Afghanistan, Irak, Lybie...) ainsi que celles dont menacent la planète les porteurs de guerre du capitalisme comme la nuée porte l’orage (Iran, Syrie…). Combien paraît aujourd’hui dérisoire la phrase de Fiterman, ce pitoyable opportuniste, qui affirmait que "désormais, la politique de la force avait fait place à la force de la politique" ; on ne voit pas la vie de la même manière lorsque l’on subit la surexploitation capitaliste que lorsque l’on est calé bien confortablement dans les prébendes des institutions de la "démocratie" bourgeoise.

 

Par: Alvaro Cunhal, Sept 2001.

Lire la suite ici sur le blog de nos amis du « Réveil Communiste »

#Débat communiste

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