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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Livres

L’équipe de Mediapart vous propose tout l’été de découvrir des essais ou des romans qui lui ont plu. Des livres parus ou réédités depuis un an qui nous tiennent à cœur, parce qu’ils éclairent notre travail au quotidien ou parce qu’ils nous ont touchés, tout simplement. Voici la première chronique de cette série, au hasard de nos subjectivités. L’historien Sébastien Albertelli décrypte les usages du sabotage, du mouvement ouvrier à la Résistance.

Voici une lecture à recommander sans réserves aux juges de la Cour de cassation qui seront amenés à statuer sur le caractère terroriste ou non des sabotages de caténaires de lignes TGV qui sont reprochés à Julien Coupat, Gabrielle Hallez et Yildune Lévy, du groupe dit de Tarnac. Bien que la cour d'appel, le 28 juin dernier, ait refusé la qualification de terrorisme des faits, le parquet a formé un pourvoi en cassation. Sabotage ? Ou terrorisme ? Lutte sociale ? Ou guérilla ? Le livre de l'historien Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance (Perrin, 2016) donne une profondeur historique bienvenue à cette réflexion.

 

capture-d-e-cran-2016-07-19-a-10-12-46Le terme français de « sabotage » présente l'étonnante particularité d'exister dans la quasi-totalité des langues. En dépit de son succès, son étymologie reste incertaine. On a longtemps prétendu que les ouvriers sabotaient les machines en y lançant leurs sabots de bois. L'explication ne convainc guère Sébastien Albertelli, pour qui il est bien plus probable que le sabotage désigne un travail exécuté à coups de sabots, en d'autres termes, de mauvaise qualité. Cette incertitude étymologique n'est pas qu'une querelle savante. On y trouve en germe la tension entre deux conceptions du sabotage, toutes influentes au sein du mouvement ouvrier d'avant 1914 : l'une qui considère le sabotage comme une pratique active visant à entraver délibérément la production ; l'autre qui y voit une sorte de grève du zèle visant à en faire le moins possible. Plusieurs congrès de la CGT en débattent à la Belle Époque. L'anarcho-syndicaliste Émile Pouget, auteur de la brochure Le Sabotage (1911) – dont les policiers perquisitionnant à Tarnac saisirent un exemplaire en qualité de pièce à conviction –, est une des figures majeures de ces débats.

 

Mais la menace du sabotage, que ce soit dans les usines d'armement ou dans les lignes de transmission, brandie par la fraction la plus pacifiste du mouvement ouvrier, s'avère inefficace quand il s'agit de s'opposer à la Première Guerre mondiale. Bien au contraire, le conflit fait du sabotage une forme, parmi d'autres, de la guerre secrète, à cent mille lieues de l'exaltation convenue de l'héroïsme des champs de bataille. De la modalité d'action dans la lutte sociale, le sabotage est devenu une technique de guerre. Sébastien Albertelli a rassemblé une impressionnante documentation sur l'action des agents allemands aux États-Unis, installant bombes et liquides incendiaires sur les navires approvisionnant la France et le Royaume-Uni. Ces affaires, portées devant la justice internationale, donneront lieu à des dédommagements financiers par la RFA qui s'étaleront jusqu'en 1979. Pourtant, souligne Albertelli, « la guerre secrète est restée marginale et a peu influencé le cours et la forme de la Grande Guerre », si ce n'est qu'elle a « changé la guerre secrète et les services chargés de la conduire ».

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, tous les belligérants disposent ainsi dans leurs états-majors de services chargés de saboter l'appareil de production et les lignes de communication adverses. Pourtant, en dépit de plans minutieusement préparés, ils n'ont guère d'influence sur le déroulement des opérations militaires. L'étude de Sébastien Albertelli montre que l'accusation souvent faite aux communistes d'avoir entravé dans les usines d'armement l'effort de guerre français de 1939-1940, à l'époque du pacte germano-soviétique, est infondée, ce qui n'a pas empêché quelques ouvriers rouges d'être fusillés, à tort ou à raison, pour sabotage.

Voilà donc cette leçon de l'histoire que l'on pourra recommander aux magistrats de la Cour de cassation qui seront amenés à statuer sur le sort de Julien Coupat, Gabrielle Hallez et Yildune Lévy. Le sabotage n'a jamais servi à grand-chose, si ce n'est à faire de vibrants et galvanisants discours révolutionnaires. Et l'on voit donc moins que jamais en quoi il pourrait relever du terrorisme.

* Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance, Perrin, 2016, 400 pages, 25 euros.

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