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citoyen18.overblog.com

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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Livres

Elle n’a publié que deux romans que, déjà, elle impose son regard dans le tableau de la société transalpine. Et s’installe dans une lignée d’écrivains italiens à la fibre sociale. Premier article d’une série de six qui tenteront de composer la famille de plume de Silvia Avallone.

 

On a souvent dit de l'Italie qu'elle était le laboratoire politique de l'Europe, inventant, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire, le fascisme, la démocratie chrétienne, le populisme télévisuel manière Berlusconi et l'eurocommunisme des années 1970. On aimerait aussi que l'Italie, et cette fois toujours pour le meilleur, devienne le laboratoire littéraire de l'Europe. C'est la conclusion que l'on tire de la découverte, forte, percutante, poignante, de l'œuvre de Silvia Avallone. À 32 ans, elle a à son actif deux denses romans et une longue nouvelle (ainsi qu'un recueil de poésie, non traduit), tous exceptionnels. Précarité de la jeunesse ; désindustrialisation, absence de tout espoir politique collectif ; misère des diplômés, tentés de se construire un à-côté du monde plus conforme à leurs valeurs ; omniprésence de la télévision, seule perspective d'ascension sociale pour la jeunesse issue du milieu populaire… Le tableau de l'Italie des années 2000 est aussi sombre que précis. Il s'inscrit dans la longue tradition littéraire italienne du réalisme. La suite de cette série s'efforcera, de manière aussi subjective qu'assumée, d'évoquer sur le mode du jeu des sept familles – le grand-père, la grand-mère, le père, etc., Silvia Avallone étant la fille – une généalogie balisée de quelques œuvres de cette littérature italienne à la fibre sociale, qui propose un tableau de la société transalpine si loin de l'autofiction et autres formes de déballages narcissiques tellement en vogue en France.
 

Silvia Avallone © DR Silvia Avallone © DR

Le premier roman d'Avallone, D'acier (Liana Levi, 2011, paru l'année précédente en Italie), s'est vendu à plus de 500 000 exemplaires en Italie, et a été adapté au cinéma. Deux gamines de treize ans, Anna et Francesca, voient leur corps se métamorphoser pour les rendre rien de moins que des bombes sexuelles. Elles en sont conscientes. Et c'est le seul atout qu'elles possèdent pour percer dans le huis clos de la via Stalingrado de la ville industrielle de Piombino, sur le littoral de la Toscane, ancien bastion communiste. « L'idée de la municipalité communiste, c'était que les métallos aussi avaient droit à un appartement avec vue. Sur la mer, pas sur l'usine. Quarante ans plus tard, tout avait changé : il y avait l'euro, la télé à la carte, les paraboles, mais il n'y avait plus de démocratie chrétienne, ni de parti communiste […] Mais les barres d'immeubles étaient toujours là, et l'usine, et la mer. »
 

dacierLes possibilités sont restreintes à Piobino : le chômage, l'arnaque, la défonce et le travail dans l'immense aciérie qui a fait la ville, mais qui menace de péricliter. C'est l'été 2001, celui d'avant les attentats de New York, qui vont faire basculer le monde dans l'ère du terrorisme islamiste. Mais du monde, Anna et Francesca n'ont cure. La première, fille d'une sympathique mais épuisée militante communiste, sœur d'un ouvrier tout à la fois machiste, syndicaliste et berlusconien, projette de partir, loin de Piombino, étudier. La seconde, fille d'un père handicapé qu'elle déteste, voit son avenir dans les mirages de la télévision, de la mode et de leurs paillettes. Elles ont 14 ans, et s'aiment comme on peut s'aimer à cet âge. Ce n'est pas l'avenir qui les préoccupe, mais leur présent immédiat, leur été. En face de leur cité, à une demi-heure de bateau, le « paradis impossible » de l'île d'Elbe, où se rendent les touristes, les attire, mais elles n'y ont jamais mis les pieds, passant leurs étés sur la triste plage de Piombino. Une autre vie est possible, pour reprendre un slogan altermondialiste qui se clamait dans les rues de Gênes au moment où se situe l'action du roman, mais elle n'est pour elles possible qu'ailleurs : peut-être à l'université de Florence, pour Anna, peut-être à Rome où Francesca rêve de briller à la télévision, et pourquoi pas l'espace d'un moment ensemble sur l'île d'Elbe, aussi proche qu'inaccessible. Les deux filles savent que leur virginité est, dans ce monde où chacun se surveille, leur principal capital. Elles l'entretiennent, en font monter la valeur. Jouent et se moquent, provoquent et rient. Mais parfois perdent, tandis qu'agonise l'usine qui a donné vie depuis des décennies à la ville. Une usine qui est, au côté de nos deux ragazze, l'autre personnage du livre. « Le métal était partout, à l'état naissant. Cascades ininterrompues d'acier et de fonte rougeoyantes, de lumière visqueuse. Des rapides, des torrents, des estuaires de métal en fusion pris entre les digues de la coulée, enfermé dans les cuves des poches, transvasé par les entonnoirs et déversé dans les trains à bande. Si tu levais les yeux, tu voyais bouillonner le mélange de fumées grasses, dans un vacarme de robots. À toute heure du jour et de la nuit, la matière était transformée. »
 
Par:  Nicolas Chevassus-au-Louis.

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