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citoyen18.overblog.com

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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Aide-Mémoire
AFP

Depuis le 30 mars 2014, 14 villes ont un maire d’extrême droite, 11 issus Front national ou soutenus par lui, et trois de la Ligue du sud. Deux ans déjà. Un tiers de mandat. Au vu des premiers bilans, il n’est pas trop tôt pour se poser la question du changement.

On allait voir ce qu’on allait voir. Début mars 2014, le Front national présentait 596 listes pour les élections municipales (seulement 6,1 % de l'ensemble des villes de plus de 1 000 habitants), promettant d’« aisément dépasser (le) résultat » de 1000 élus. « Le succès ne sera complet que si les résultats viennent récompenser cet effort d’implantation », estimait ainsi Marine Le Pen. Le 30 mars, au soir du deuxième tour (Hénin-Beaumont avait basculé au premier, le 23 mars), la patronne du FN faisait les comptes. Mathématiquement, c’est une réussite : 1069 élus, dont 469 élus communautaires, et « dix villes (plus Béziers, où le maire élu, Robert Ménard, avait le soutien du parti sans l’étiquette, NDLR) qui vont permettre au FN de démontrer ce que nous sommes capables de faire ». L’Humanité s’est intéressée aux plus emblématiques d’entre elles pour tirer un bilan de deux ans de frontisme municipal.

De Cogolin à Hénin-Beaumont, en passant par Fréjus ou Mantes-la-Ville, toutes les villes conquises par le Front national affichent une extrême agressivité envers la presse, les pauvres (liaisons de bus réduites entre les quartiers périphériques et le centre-ville, arrêté anti-mendicité à Hénin-Beaumont, centres sociaux étranglés financièrement à Fréjus et Béziers, accès à la cantine restreints pour les enfants de chômeurs à Mantes)… Quant à la culture, si le FN tente une reprise en main, c’est « dans la moyenne de ce qui se fait dans la majorité des municipalités divers-droite », lâche Gaël Brustier, membre de l’Observatoire des radicalités politiques (Orap) de la Fondation Jean Jaurès, dans l’émission de France Inter Un jour en France (diffusée le 21 mars). La liste est longue de ces brimades réservées aux opposants politiques, réels ou supposés, mais qui pénalisent des populations entières. Chassez le naturel…

"Nostalgérie"

Pour autant, cet inventaire seul ne constitue pas toute la politique du parti d’extrême droite. Il est plutôt à rechercher du côté du triptyque frontiste immigration, identité, sécurité. Ainsi parmi les cibles les plus exposées du FN figurent les populations musulmanes (tentatives d’empêcher la construction de mosquées à Mantes, Fréjus) ; d’origine maghrébine, sous couvert de refus de la « repentance » (promotion de la « nostalgérie » par l’effacement du 19 mars 1962 à Mantes et à Béziers) ; étrangère (interdiction de danses orientales à Hayange et Cogolin), ou tout simplement non-blanches (boycott de la journée de commémoration de l’esclavage à Villers-Cotterêts). Tout comme les associations qui travaillent au vivre-ensemble (« Je t’en foutrais du vivre-ensemble », râle le maire du 7e secteur de Marseille, Stéphane Ravier, dans le documentaire « Marseille à l’épreuve du FN »). Faute de pouvoir faire taire les responsables, à Mantes-la-Ville et Hénin-Beaumont, la Ligue des droits de l’homme a été expulsée des locaux communaux. Et puis il y a les « dérapages » plus ou moins assumés, comme ce jour où David Rachline, le maire sénateur-maire FN de Fréjus, invité à fêter l’Epiphanie chez son homologue du Pas-de-Calais, a prononcé un discours sur la peine de mort, avant de vanter la qualité des galettes frontistes : « il est plus logique de trouver un petit Jésus dans la galette des rois que des loukoums ! »
On le voit, l’extrême droite, relookée ou pas, n’a rien abandonné de son logiciel. A Béziers par exemple, Robert Ménard, aiguilloné par un directeur de cabinet militant nationaliste-révolutionnaire, ancien d’Occident et proche des Identitaires, André-Yves Beck, mène un combat idéologique qui s’étale dans les pages du Journal de Béziers, outil de propagande distribué à plus de 40000 exemplaires. On y glorifie Louane la « Lolita de souche », on met en garde, photomontage à l’appui, contre l’invasion des migrants syriens, on y fait la promotion de la Garde biterroise ou du « nouvel ami » de la police municipale, un pistolet… « Il y théorise ce que doit être pour lui la vraie droite », avance Gaël Brustier, qui décortique le « modèle » municipal d’extrême droite en pensant à Orange (sous pavillon Bompard, FN, puis Ligue du Sud sans discontinuer depuis 1995). « C’est le prototype à suivre », explique-t-il. Le raisonnement vauclusien est simple : « la France est foutue, il faut préserver des enclos dans lesquels nous vivrons bien. Couper les populations externes des habitants du cru » par exemple…

Ce « modèle », suivi à la lettre dans les municipalités FN, coupe court à toute comparaison au forceps avec la gauche telle que la pratiquent les idiots utiles du FN. Prenons la question de la sécurité : développement de la vidéo-surveillance, augmentation des effectifs de police municipale, armement des policiers ou fourniture de matériel (gilets pare-balles à Fréjus), le bleu Marine sied aux forces d’un certain ordre. De ce point de vue, le cahier des charges fixé par les électeurs frontistes est rempli.
Mais en creux, se dessine une autre politique que celle promise à grands coups de menton par la PME Le Pen. Une politique de rigueur à laquelle n’échappent pas, malgré les grands discours des responsables nationaux, les représentants locaux du lepénisme. Car sur le terrain, les maires FN cumulent les difficultés de toutes les municipalités, notamment liées à la baisse des dotations d’Etat, et leurs propres problèmes d’encadrement politique et administratif. Dans Ma ville couleur bleu Marine, quatre journalistes locaux du Parisien, de La Voix du Nord et de Var-Matin dissèquent ces difficultés du parti d’extrême droite à tenir ses promesses. Ils citent l’exemple de Mantes-la-Ville. Lors d’un conseil municipal fin septembre 2014, c’est « le retour sur terre », quand la ville bascule dans la rigueur : plus de nouveaux emprunts, plus d’investissements. « Le parti qui dénonce chaque jour (…) la même politique menée à tour de bras par Nicolas Sarkozy ou François Hollande, confronté à la réalité du terrain, aux conséquences, directes et locales, de la crise économique. (…) Et les solutions du parti lepéniste n’ont rien de miraculeux : rigueur, baisse des subventions, suppressions de postes parmi le personnel… » Recette classique et à courte vue d’un parti qui en exercice ne peut pas s’appuyer sur les solutions à l’emporte-pièce qu’il professe à longueur de tract.

"Besoin de se légitimer"

David Rachline, interrogé à Fréjus, à la sortie de la messe, dans le cadre de l’émission de France Inter Un jour en France (diffusée le 21 mars), ne peut pas dire autre chose. Il parle de « désendettement », invoque la nécessité de vendre une partie du patrimoine, tout en maintenant la pression fiscale, dans le but, explique-t-il, de répondre à la « forte demande de logements ». Un discours fataliste finalement assez proche de celui que le Front national reproche à ses adversaires de tenir. « Il emploie les mots de tous les grands édiles », expliquait dans la même émission le politologue Gaël Brustier. Un vocabulaire technocratique qui exprime aussi le « besoin de se légitimer ». Invité des comités de vigilance qui se sont créés à l’été 2014 pour placer ces villes FN sous surveillance, le directeur de l’Orap, Jean-Yves Camus, expliquait dans Var-Matin en juin 2015 que « la manière de vendre » le « socle invariant immigration, identité, sécurité » - le tryptique précité - a « considérablement évolué» : « Ils ont évacué les éléments polémiques. Cela prouve une agilité intellectuelle et tactique à s’adapter. »

Si les municipalités FN « essaient de faire le moins de vagues possibles », c’est qu’il leur faut « effacer l’expérience des gestions idéologiques » désastreuses de 1995. Steve Briois le formulait ainsi, dans Le Monde du 26 mars dernier : « L’attention va être portée sur les onze villes. Il vaut mieux partir à la présidentielle avec un bon bilan qu’un bilan à la Vitrolles ou Toulon ». Les maires FN de ces villes avaient pris une série de mesures en totale contradiction avec les lois et l’esprit de la République, remettant une prime à la naissance pour des enfants nés de parents européens ou triant les livres dans les bibliothèques publiques selon leurs orientations politiques… Cette fois, le parti a balisé le parcours. Par un vade mecum à l’usage de ses élus d’abord, qui indique la marche à suivre en conseil municipal, en débat, etc. Puis en recrutant quelques cadres administratifs - qui manquent encore cruellement pour structurer leur action politique -, comme à Hénin-Beaumont par exemple. La ville (c’est aussi vrai à Fréjus), qui avait subi une hémorragie de fonctionnaires ou contractuels à l’arrivée de Steve Briois, a vu arriver pour diriger le cabinet du maire Gérard Moisan, un cadre de la Fonction publique territoriale passé notamment par la communauté de communes d’Avon-Fontainebleau. A la retraite, il avait fait « une offre de service » au siège du FN peu avant les élections, pour lui éviter de refaire « les erreurs du passé ». Ailleurs, les cabinets se sont étoffés de cadres venus d’autres villes gérées par l’extrême droite (André-Yves Beck passé d’Orange à Béziers) ou de candidats malheureux (Philippe Lottiaux, ancien cadre territorial de Levallois-Perret, candidat aux municipales à Avignon, a atterri à Fréjus). Un « mercato » dans lequel on retombe sur des noms connus, ce qui prouve s’il en était encore besoin le manque de cadres…

Des villes figées:

C’est dire à quel point le Front national, qui parce qu’il n’arrive pas à dépasser ce fameux « plafond de verre » du second tour aux élections départementales et régionales, a besoin de s’appuyer sur la réussite de ses maires. Il en va non seulement de sa crédibilité de parti de gestion, de sa volonté de « mailler le territoire » par des implantations locales, et de son avenir, puisqu’il s’agit aussi de former des élus, futurs cadres du mouvement. Alors pour « ne pas faire de vagues », le volontarisme est volontiers troqué, une fois en place, contre une gestion de bon père de famille, moins alléchante pour les médias mais payante électoralement parlant… A ce jeu-là, le maire de Hénin-Beaumont se distingue, se posant en champion du quotidien : « des week-ends entiers à parler trottoirs défoncés, voisins bruyants, servitude gênante, arbre à élaguer, poubelles non ramassées… » Sans compter les thés dansants et les lotos, les défilés et la fête de la Sainte Barbe. Mais ailleurs, l’enjeu revêt tellement d’importance, tout comme l’envie de normalisation, voire de notabilisation, qu’il peut paralyser. C’est, à Mantes-la-Ville, un Cyril Nauth qui « n’a rien fait de mal, mais rien d’extraordinaire non plus… ce qui pourrait lui être reproché par les électeurs en 2020 », commente le journaliste de l’édition locale du Parisien Mehdi Gherdane. Ou à Fréjus, une « impression que la ville est figée », lâchait Marie-Laure, témoignant dans Un jour en France.

En envoyant un maire frontiste à l’hôtel de ville, les électeurs croyaient combattre le déclin. Mais les solutions avancées tardent à porter leurs fruits – et ne les porteront probablement jamais.  Alors parfois l’impression d’avoir été floué se change en résistance. A Fréjus par exemple s’est développé un « fort sentiment anti-FN manifesté par certaines corporations », lit-on dans Ma ville couleur bleu Marine : les enseignants de primaire qui ont vu les budgets municipaux fondre, des dirigeants d’associations soumis à la diète financière, des commerçants qui dénoncent le maintien de « passe-droits dans l’attribution des emplacements » au marché, le personnel des centres sociaux, des contribuables électeurs qui n’ont pas vu leurs impôts baisser… En mars 2015, un an après les élections municipales, un sondage Ifop donnait 73% des habitants des villes gérées par le FN « très satisfaits ou plutôt satisfaits » de leur maire. Si la même question était posée aujourd’hui, le résultat serait-il le même ? Et en 2020, quel sera-t-il ?

Par: Grégory Marin et l'Humanité.fr

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