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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

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La grosse pantoufle de Claude EVIN.

Ancien ministre, Claude Evin vient de quitter la direction générale de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France pour rejoindre un grand cabinet d’avocats d’affaires. Ses futurs clients : des laboratoires, des complémentaires et des établissements de santé. Un joli pantouflage pour un homme dont la carrière est marquée par des allers et retours entre public et privé. Si l’ancien ministre Claude Evin a l’allure un peu courbée, l’air presque modeste, c’est peut-être parce qu’il ploie sous les flatteries. Un parcours « exceptionnel »,« une figure majeure de la santé et de la protection sociale durant ces 30 dernières années », a loué son successeur à la tête de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, Christophe Devys, lors de son pot de départ mardi 8 septembre. Un « grand sachem de la santé », à la « compétence indéniable », à « l’autorité naturelle », qui « a toujours œuvré dans le sens de l’intérêt public », disent de lui ceux qui l’ont côtoyé à un moment ou un autre de son remarquable parcours. Fils de cheminot, séminariste avant de bifurquer dans la protection de l’enfance comme éducateur spécialisé, militant socialiste, député à 27 ans et pendant trente ans, ministre de la santé (1988-1991), et encore tout récemment directeur général de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France. 

Claude Evin

Parce que les temps sont difficiles, les établissements publics et privés fusionnent, nouent des partenariats, se dévorent parfois, sous de nombreuses formes juridiques : rachat, groupement, coopération, partenariat, etc. Pendant six ans à la tête de l’Agence régionale de santé (ARS) Île-de France, Claude Evin a justement piloté l’organisation de l’offre de soins : les hôpitaux publics et les cliniques privées, les maisons de retraite, les médecins libéraux, etc. Il a travaillé à des regroupements d’établissements, fermé des services lorsqu’ils étaient jugés en surnombre ou dangereux, appuyé la création des maisons de santé. L’urgentiste et syndicaliste Patrick Pelloux, membre de la Commission médicale d’établissement (CME) de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, a un autre point de vue : « Il donne quand même l’impression de partir dans le privé avec son carnet d’adresses. » Seulement cette carrière, ici résumée à très grands traits, vient de prendre un tour surprenant. Atteint par la limite d’âge de 65 ans dans la fonction publique, Claude Evin quitte le service de l’État pour un grand cabinet d’avocats d’affaires international, DLA Piper. Le plus grand même : 4 200 avocats associés à travers le monde, au service du gratin du capitalisme mondial. Il rejoint le secteur “sciences de la vie et santé” de la branche parisienne du cabinet. Sa responsable, l’avocate Michèle Anahory, décrit ainsi l’activité de son cabinet : « Beaucoup de réglementaire et de stratégie du médicament auprès des industriels, des rapprochements entre laboratoires, entre établissements de santé. » Sur ce dernier sujet, Claude Evin est une recrue importante : « Il connaît bien ces problématiques, qui sont d’actualité. »

En homme public expérimenté, Claude Evin a respecté la lettre de la loi. Il nous a indiqué par mail avoir saisi dès le mois d’avril la commission de déontologie de la fonction publique, qui donne un avis sur le passage dans le privé des agents publics. En matière de pantouflage, les fonctionnaires et agents publics contractuels ont peu de contraintes : l’avis de la commission est obligatoire seulement si l’agent a exercé un contrôle direct ou conclu des contrats avec l’entreprise qu’il s’apprête à rejoindre. Ces faits peuvent relever de la prise illégale d’intérêts. Le cas type est François Pérol, qui encourt deux ans de prison parce qu’il dirige le groupe bancaire BPCE après avoir piloté sa création en tant que secrétaire général adjoint de l’Élysée. Claude Evin ne risque, a priori, rien de ce genre : la branche santé de DLA Piper a été créée fin 2014. La commission de déontologie a donc émis un avis positif, avec une réserve : « qu’il s’abstienne de toutes relations d’affaires avec l’ARS Île-de-France », et ce pendant trois ans.

La commission fait preuve d’une étrange mansuétude à l’égard de Claude Evin. En 2014, elle a été beaucoup plus sévère avec le directeur général de l’ARS Rhône-Alpes, Christophe Jacquinet. Il était le seul directeur général d’ARS venu du privé, du monde des cliniques. Débarqué en 2014, il a créé son entreprise de conseil aux établissements de santé en management, stratégie, etc. Il s’est vu interdire d’intervenir non seulement auprès de l’ARS Rhône-Alpes, mais aussi « au profit des établissements médico-sociaux publics et privés » de la région, ou encore « au profit des collectivités territoriales et leurs établissements ».

Claude Evin a décidé d’aller « au-delà de la réserve exprimée par la commission », nous a-t-il écrit. « Je n'envisage aucunement d'intervenir pour le compte d'établissements dont j'aurais exercé la tutelle dans mes fonctions de directeur général de l'ARS Île-de-France. » Il a formulé cet engagement publiquement devant 200 personnes lors de son pot de départ à l’ARS le 8 septembre. Cela satisfait Loïc Capron, le président de la CME de l’AP-HP, c’est-à-dire le représentant de la communauté médicale : « Claude Evin va mettre ses compétences au service d’un cabinet juridique. Je n’y vois rien à redire s’il respecte scrupuleusement la règle de ne pas s’occuper de dossiers concernant des questions de santé en Île-de-France. »

Un avis qui n’est pas partagé par le diabétologue André Grimaldi, autre figure du monde de la santé : « Il devrait être interdit à un haut fonctionnaire de passer dans le privé dans le champ d’action de sa fonction antérieure et ce pour au moins trois ans. » Il cite d’autres cas de pantouflage qui ont marqué le monde de la santé : la directrice générale de l’AP-HP, Rose-Marie Van Lerberghe, devenue présidente du groupe de maisons de retraite Korian, le directeur général de l’assurance maladie, Dominique Coudreau, passé dans l’assurance puis dans l’hospitalisation privée, etc. « Tous ces hauts fonctionnaires sont des produits et des agents du néolibéralisme visant à privatiser les activités "rentables" du service public et à mettre l’État au service du privé », s’agace André Grimaldi.

 
PAR CAROLINE COQ-CHODORGE et MEDIAPART.
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