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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

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Liquidations au Parti des fusillés.

1952, année politique. 1952, année érotique (pour certains). Sur des modes très différents, les écrivains Gérard Guégan et Jean-Pierre Le Dantec revisitent cette période de purge dans les rangs du PC : Aragon énamouré et Georges Guingouin traqué. Quand les héros deviennent indésirables.

« Qui dira la souffrance d’Aragon ? », titre Gérard Guégan. Clin d’œil, mais ironie plus qu’empathie, sans doute, avec l’auteur du Roman inachevé lorsque qu’il évoque poétiquement « le poignard sur ses paupières » que fut la « révélation » en 1956 des crimes staliniens. Mais, en 1952, nous n’en sommes pas là. Elsa Triolet est à Moscou, et Aragon est à Paris : membre récent du Comité central, il a à faire. Si le Parti communiste, alors le premier de France, multiplie les hommages aux résistants (morts, du moins), il en va tout autrement dans la grande salle de la mairie de Montreuil. En l’espace de quelques jours, André Marty et Charles Tillon, ancien chef des FTP (Francs-tireurs et partisans), y sont jugés et exclus, façon poignard sur les paupières.

Le roman de Gérard Guégan flirte avec le réel, brouille les pistes pour mieux éclairer les angles (avec mises en abyme, de-ci de-là... pour lecteurs attentifs d’Aragon... ou de Guégan). Son Aragon est bien muet en ce qui concerne les « procès », mais fort disert dans les billets doux qu’il expédie au jeune émissaire du Kominform (version light, après-guerre, du Komintern) qui se tient en fond de salle : Mahé, lui-même ancien résistant sous les ordres de Tillon,  et présentement « œil de Moscou » sur ces procès internes, copies amorties de ceux qui se tiennent dans les pays frères de l’Est et n’épargnent surtout pas les résistants.

Aragon, années cinquanteAragon, années cinquante © DR

Mahé, c’est un nom de roman, sinon tout à fait un personnage de roman : l’homme qui aurait inspiré ce récit serait mort en 2011, et Gérard Guégan trouve prématuré de révéler son identité véritable. Il est en tout cas aussi lettré que bien de sa personne ; il va vivre une idylle aussi brève qu’intense avec Aragon. Mais Mahé peut aussi bien être création de l'écrivain, un vrai-faux personnage, avec usage du conditionnel comme élément de trouble.. « Si tu arrives à voir Tillon, aurait dit Mahé, salue-le de ma part. » Le jeune homme vient alors de croiser, à Montreuil, une amie chère de la Résistance, Julia Milstein, ancienne déportée partie vivre au Canada et informée de ce qui se passe. Elle sait que Tillon, gâchant la cérémonie des autocritiques, est parti dignement. Le dialogue se poursuit :

« Te rends-tu compte qu’en parlant ainsi tu contreviens à tes ordres, à ta fonction ?
— Exclu par ta faute, ce serait comme me suicider par personne interposée, et ça me déplairait moins que…
— Imbécile ! Il faut vivre, nous en avons le devoir.
— Sais-je qui je suis, qui vous êtes, ô cavaliers sans chevaux ?
— C’est de l’Aragon, ça, hein ?
— Qui d’autre aurais-je pu aimer ? »

« Ainsi tu es devenu petit télégraphiste », dit encore la jeune femme. Le dialogue a peut-être eu lieu. Ou peut-être pas, ou peut-être un peu différemment. Et s’il n’a pas existé, il fallait l’inventer, pour les besoins du livre sinon ceux de l’Histoire.

Le contexte, un an avant la mort de Staline, n’a rien d’un décor de circonstance : le désir, entre Mahé et Aragon, se nourrit de lui. « La vraie question, ce n’est pas de savoir si c’est un coup de foudre, la vraie question, c’est de se demander s’il y aura un lendemain. J’ai envie de te répondre que oui, mais, tu le sais, nous sommes des clandestins et nous sommes condamnés à le rester », dit Aragon. Mais cette clandestinité-là n’est plus celle des années d’Occupation ; elle est celle des amants homosexuels par ailleurs muets et complices, par leur silence, des exécuteurs politiques. Ils s’observent en douce tandis qu’on s’apprête à anéantir Marty (qui n’inspire pas une grande sympathie, lui, et verra même sa femme le quitter sous la pression des camarades). S’ils déambulent, grâce à la voiture avec chauffeur du Poète, dans des rues de Paris qui évoquent tantôt Breton, tantôt Stendhal ou Le Paysan de Paris, s’ils se séduisent autour d’un souper fin, c’est à Montreuil, grande salle de la mairie, que les procès se déroulent et qu’Aragon rédige ses billets doux (et billets crus) à l’intention de l’observateur muet du fond. C’est à l’hôtel du Parti “Le joli mai” que Mahé reprend des forces, à un jet de pierre du pavillon des Tillon.  

Aragon, années trenteAragon, années trente © DR

Double jeu, double je, à s’y perdre, dont Aragon et Mahé jouissent, dérivatif au monde très gris. Mahé a intéressé Moscou comme homme-miroir, mais à ce jeu-là, Aragon a une bonne longueur d’avance, et laisse admiratif son jeune amant lorsqu’il entame une autocritique formidablement sinueuse à propos d’un article publié dans Les Lettres françaises qui se referme sur son accusateur, Auguste Lecœur. Passe ainsi Jeannette Vermeersch, rentrée en pleine forme de Moscou où son époux Maurice Thorez achève sa convalescence, attendant de retrouver un Parti en bon ordre. Ensuite Thorez inaugurera bien des monuments aux fusillés de la Résistance. Passent en fond les petites mains des juges du jour, tel Léon Mauvais. Les aspirants au pouvoir, tel Duclos. C’est seulement dans les cafés que parfois s’échangent, entre anciens FTP, quelques mots : pour certains, l’éloignement est proche. Apparaît même un historien, auquel le « vrai » Mahé aurait remis ses archives, Yves Le Braz. Historien qui n’est autre que Gérard Guégan, sous pseudonyme, lorsqu’il écrivit, au début des années soixante-dix… Les Rejetés, l’affaire Marty-Tillon… Roman-miroir pour hommes-miroir : il y a là, aussi, une absence, comme lorsqu’on regarde un visage avec lunettes aux verres polarisés.

Par Dominique Conil.

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