Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
citoyen18.overblog.com

La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publicité

Lorant Deutsch, idéologue du « populisme chrétien » veut que les français apprennent l’Histoire à l’école buissonnière.

Une nouvelle fois, me voilà contre Lorant Deustch. Je m'oppose ainsi à ses pompes et à ses œuvres. Je vous jure pourtant que j’avais fait le choix initial de ne pas m’en mêler cette fois ci. Mais, dans la mesure où voilà plusieurs fois qu’il me met personnellement et publiquement en cause, notamment sur France 5 dans une émission d’Anne Sophie Lapix (voir ci-après), et que son action s’inscrit dans une offensive purement idéologique plus globale et menée par d’autres, je crois utile de mettre quelques points sur les « i ». Je m’explique. Pourquoi avais-je dans un premier temps choisi le silence sur le dernier livre de M. Deutsch « Hexagone » ? D’abord, parce que modestement, j’ai autre chose à faire et que je suis actuellement tout entier plongé dans la préparation des prochaines élections municipales parisiennes et l’organisation de listes autonomes au premier tour, hexagone.jpgque j’aurai sans doute l’honneur de conduire dans le 12e arrondissement. Aussi, argument trivial, acheter son livre médiocre (18,95 euros quand même) condition obligatoire pour entrer dans la polémique, m’agaçait un peu. Et puis, tout le monde connaît déjà l’opinion négative que j’ai des livres de Lorant Deutsch. Je m’étais exprimé clairement là propos des ouvrages précédents et cela avait fait un certain « buzz ». Aussi, à la sortie de son « Hexagone », lancé d’ailleurs avec un énorme budget de promotion, je suis resté tranquille d’autant que le collectif d’historiens, déjà vigilant lors de la parution de son « Métronome », a su immédiatement y trouver les torsions de l’Histoire (notamment à propos de son récit de la bataille de Poitiers), qui font que ce livre, comme les précédents, se situe dans une veine historiographique très claire, qui trouve désormais foyer à la rédaction du Figaro magazine et même plus à droite (si, si… c’est possible).

9791091887083.jpgEnsuite, je me suis d’abord tenu à distance, car j’avais bien noté que Lorant Deutsch m’utilise comme affreux épouvantail, une sorte de diable rouge, grossier Vichinsky ou Fouquet-Tinville hystérique, afin ne pas répondre aux critiques précises que lui adressent de nombreux historiens. Je place  au premier rang ceux qui ont rédigé le si utile ouvrage « Les historiens de garde » (Editions inculte), qui met à nu, de façon éclatante, sur 250 pages, ses interprétations particulièrement orientées et les enjeux historiques de son entreprise. Curieusement, le comédien, si bavard d’ordinaire, est resté silencieux à la sortie du livre en mars 2013, de MM. William Blanc, Christophe Naudin (cliquer ici) et Mme Aurore Chéry. C’est assez significatif de son embarras Par contre, Lorant Deutsch, en me désignant souvent dans la presse ou à la télé, comme son seul et unique adversaire, où comme le grand chef d’orchestre de tous ceux qui lui adressent des critiques, évite d’avoir à leur répondre. Manœuvre habile, mais assez grossière.

Sacré Deutsch ! Il vise même à faire croire que ses livres sont approuvés pour toute la communauté des historiens. A l’entendre, face à lui il n’y a donc que quelques aigris et jaloux, obscurs étudiants en histoire, avec en coulisse le Parti de Gauche qui tire les ficelles en ma personne. Dans son monde imaginaire, je suis le commissaire soviétique qui veut censurer l’Histoire comme les staliniens le faisaient avec leurs ciseaux et leurs juges qui éliminaient leurs opposants et lui est le combattant courageux pour la liberté. Lui Lech Walesa et moi le général Jaruzleski en quelque sorte. La réalité bien sûr est tout autre. D'abord, malgré de nombreuses sollicitations de la part de sa maison d’édition, M. Deutsch n’a réussi à obtenir que le soutien public du grand Jean Tulard spécialiste de Napoléon (ce qui n’est pas rien, j’en conviens, mais M. Tulard est très connu pour son engagement au RPR puis à l'UMP) et après, seulement deux personnalités, connues depuis longtemps uniquement pour leur positionnement politique très très à droite, MM. Jean Sévillia (journaliste de choc au Figaro et auteur d’ouvrages historiques et de pamphlets, qui ne rechigne pas à écrire dans les colonnes de l’Action Française) et Dimitri Casali (un ancien professeur d’histoire devenu directeur de collection à l’Express, qui n’hésite pas à s’exprimer sur des sites connus pour leur racisme exacerbé). C’est tout, et sincèrement, je trouve cela un peu court et surtout très marqué politiquement. Et puis, puisque M. Deutsch traque ceux qui soutiennent ses détracteurs, je suis obligé de dire que lui est bien soutenu politiquement par une frange très particulière de la droite, ainsi que le Front national, le Bloc Identitaire et des sites comme Egalité et Réconciliation. Généralement, il préfère occulter ces soutiens encombrants.

Par contre, face à lui, on trouve, des personnalités historiennes ou littéraires comme Pierre Assouline (membre de la rédaction de la très sérieuse revue l’Histoire) ou Jérome Garcin (animateur sur France Inter du « Masque et la plume »), ou tous les historiens regroupés dans le CVUH (Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire) au premier desquels je placerai entre autres MM. Nicolas Offenstadt (médiéviste reconnu et spécialiste de la première guerre mondiale) ou Guillaume Mazeau (spécialiste de la Révolution Française), les auteurs de « les historiens de garde », et beaucoup d’autre encore. Je dois confesser, et je le regrette au demeurant, que de tous ces illustres noms, je n’en connais aucun, strictement aucun, qui est « encarté au Parti de Gauche», contrairement à ce que répète sans vergogne Lorant Deutsch. Et tous, si on les interrogeait, trouveraient fort incongru que l’on dise d’eux qu’ils sont « des gens d’extrême gauche menés par Alexis Corbière ». C’est pourtant ce que dit et redit M. Deutsch depuis une semaine.

Une fois toutes ces réserves exprimées, j’ai tout de même décidé de consacrer un billet de blog à cette histoire. Cela m’a semblé utile. J’ignore quel sera son écho. Je ne m’attarderai pas sur le contenu historique d’ « Hexagone ». Ce n’est pas mon rôle. J’ai dit que d’autres y travaillaient. C’est aux historiens de répondre, et sincèrement, je n’en suis pas un. Je suis un responsable politique, passionné d’Histoire, qui enseigne cette matière en Lycée Professionnel. Mais, je veux ici surtout essayer d’expliquer combien, les livres que signe M. Lorant Deutsch (je dirais tout à l’heure pourquoi je doute qu’il les écris vraiment, mais c’est secondaire), s’inscrivent dans une offensive idéologique plus globale. Une sorte de tentative de main mise sur l’enseignement de l’histoire. Pour résumer, je dirais qu’il s’agit d’une nouvelle offensive pour que s’impose une « école buissonnière de l’histoire ». C'est-à-dire une sorte d’école historique, (essentiellement présente dans les médias et l’édition)  qui développe le combat idéologique de Patrick Buisson, ancien rédacteur en chef de Minute, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et homme toujours hyper actif pour le retour de l’ancien président de la République, le rassemblement de toutes les droites (comprenez l’alliance demain entre l’UMP et le FN) et la promotion pour ce retour et cette alliance inédite d'un « populisme chrétien » dans le champ politique et idéologique (lire son interview éclairante dans le Monde).

PHO3ddcef2c-1eda-11e3-952a-245a3c2c2fdc-805x453.jpgCette « école buissonnière de l’histoire » se reconnaît notamment dans l’interview de Lorant Deutsch livrée, dès avant la sortie de son dernier livre, au Figaro Magazine qui ne cesse de lui dérouler un tapis rouge sitôt que nécessaire. Il y désapprouve « une approche de l’Histoire purement laïque ». Il veut, en parlant des « grands hommes » une transmission de l’Histoire qui « nous oblige à lever la tête, donc à risquer d’apercevoir l’ombre de Dieu ». Évidement, il insiste sur le fait que la République « n’a que cent cinquante ans au compteur quand la monarchie en affiche mille cinq cents ». Façon de dire, que la vérité de la France est plus dans la monarchie, que dans la république, présentée presque, en creux, comme un épisode secondaire de notre longue histoire. Enfin, dans cette interview, il s’exclame : « Je vois bien qu'on peine à être objectif pour évoquer la décolonisation, l'Occupation ou l'Holocauste, car il existe encore des personnes vivantes qui ont souffert dans leur chair à l'occasion de ces événements. Moi-même, comment pourrais-je parler de la Seconde Guerre mondiale de manière sereine et rationnelle en sachant que la famille de mon père a disparu à Treblinka? Cela m'est impossible. » J’invite chacun à méditer quelques instants sur ces propos et à en mesurer toute l'ambiguïté. Qui, dans son esprit, n’est pas objectif sur l’histoire de l’Holocauste ? Quels historiens ? Sur quels points ? Paris-Celine-PatrickBuisson-archyves.jpgSur quels faits ? Qu’est ce qui fait encore réellement débat selon lui ? De quoi ne peut on parler, comme historien même amateur, de manière "sereine et rationnelle" dans l’Holocauste ? Bien sûr, en proclamant le meurtre de sa famille par les nazis, Deustch étouffe une éventuelle polémique... Mais cela ne me suffit pas. Idem, concernant l’Occupation et la décolonisation. Il en dit trop ou pas assez. Mesure-t-il que ce genre d’allusion nourrit le discours d’extrême droite qui veut faire croire que le débat historique n’est pas clos sur la Shoah. Chaque année, des dizaines d’ouvrages permettent de faire progresser notre connaissance sur ces périodes historiques. En quoi donc, ce que la grande majorité des historiens transmet aujourd’hui « peine à être objectif » ? Ce type de propos approximatifs ne m’étonne pas de la part d’un Deutsch qui a coécrit un livre sur l’écrivain Louis-Ferdinand Céline avec Patrick Buisson, et dans lequel la présence de l’armée allemande dans Paris était quasiment occultée, banalisée et l’antisémitisme de Céline expédié en quelques mots.

Voilà les principales clefs idéologiques de cette école buissonnière, promotrice de ce « populisme chrétien ». Je les résume. 1) Les racines de la France sont chrétiennes et la laïcité nie ses racines. 2) Il faut exalter les « grands hommes » car ils ont été touchés par la grâce divine, et l’égalité entre les hommes n’existe pas. L’Histoire de France s’explique par l’action de quelques personnages illustres dont les Rois de France. 3) La vérité de la France est davantage dans ses 1300 ans d’Ancien régime que dans ses 150 ans de République qui peuvent être vus comme une simple parenthèse qui se refermera peut être demain. 4) L’Histoire contemporaine est trop proche pour être abordée de façon « objective ». Aussi, gardons l’esprit critique sur la lecture officielle de l’histoire de la décolonisation, de l’occupation et de l’Holocauste.

histoire-passionnee-de-la-france-jean-sevillia.jpgTous ces traits caractéristiques, et d’autres encore, se retrouvent dans les ouvrages de MM. Lorant Deutsch ou Jean Sévillia avec son « Histoire passionnée de la France » (Editions Perrin) . Ce dernier considère par exemple qu’en « 1789, ce sont des minorités qui se sont emparées du pouvoir. Si bien que le moment fondateur de la République française porte en lui cette inavouable contradiction : la Révolution, conduite au nom du peuple, s’est déroulée sans le consentement du peuple, et souvent contre lui » (page 181). Il en est ainsi dans des pages entières. Aussi, je m’inquiète de voir que ce sont ces deux livres qui rencontrent un certains succès actuellement. De plus, si l’on ajoute le fait que les principales émissions historiques télévisées sont présentées, sur le service public, par Stéphane Bern ou Franck Ferrand qui se placent généralement eux aussi sur cette pente idéologique, on mesure l’ampleur de l’offensive et son efficacité. Ils tiennent pratiquement tout. C’est pourquoi je pense nécessaire qu’une réflexion plus générale se mène dans notre société sur la façon dont se transmet l’Histoire dans notre pays et je me refuse finalement de limiter ma critique au seul Lorant Deutsch qui n'est qu'une pièce parmi d'autres et qui parle surtout de lui lors de son incroyable promotion et tournée médiatique. Tel le lancement d’une marque de lessive, son nom est partout. Ici ou là des silhouettes de Lorant Deutsch en carton, grandeur nature, s’étalent dans les vitrines des librairies. Après avoir vendu des Yop, Deutsch nous vend ses bouquins où sa photo encore et toujours prend la moitié de la couverture. Lui, lui est encore lui… Après « Métronome » et « Hexagone », le titre de son prochain livre sera-t-il « Nombrilonome » ? C’est possible.

Enfin, derniers arguments, dans la mesure où Lorant Deutsch est toujours très ironique et moqueur contre ceux qui le critiquent, je voudrais faire une ultime mise au point. Pour assurer son succès, les Editions Michel Lafon ont mis sur la table un budget promotion important, sans précédent pour un livre d’Histoire. Avec de l’argent on peut décidément faire beaucoup de choses. De plus, qui dira enfin à cette occasion que ce n’est pas Lorant Deutsch qui écrit ses livres seul, mais essentiellement Emmanuel Haymann, connu dans le petit monde de l’édition comme l’auteur de nombreux ouvrages, signés ensuite par d’autres. Je souris quand j’entends certains journalistes féliciter Deustch pour son style littéraire. Quel pipeau… Et puis, dégonflons une autre le_pen_michel_lafon.JPGbaudruche. Au terme de son « Hexagone », Deutsch nous livre une modeste bibliographie de… 114 titres ! Rien que ça. Dans son introduction, il nous dit avoir commencé ce travail il y a 3 ans, après son « Métronome », en même temps qu’une longue tournée théâtrale à travers la France, quelques films et la publication d’un livre sur Céline avec Patrick Buisson. Voilà donc un homme qui serait capable, en plus de toutes ses activités, de lire près de 4 livres d’Histoire d’une grande érudition par mois, de les digérer et d’en proposer une synthèse… Qui peut croire à cela ? Pas moi. Il est donc temps de ramener le « produit Lorant Deutsch » à sa juste mesure : une vaste opération commerciale, menée par une équipe, en plus d’une opération idéologique. Rien n'est dû au hasard. Car, je n’oublie pas que la maison d’édition qui mène tout cela avec grands moyens, les éditions Michel Lafon, fut celle qui dans les années 80 édita les premiers livres de Jean-Marie Le Pen. Hasard me direz vous... ?

Je conclus. Je demande donc aux médias qui invitent Lorant Deutsch , de faire cesser la propagande et je leur propose donner aussi la parole à ceux qui contestent ces choix idéologiques. Je les invite à ouvrir un grand débat, avec les historiens, sur la façon dont on fait partager l’Histoire de France à nos concitoyens. Une petite bande, homogène idéologiquement, est en passe de mettre la main sur comment on la fait connaître au plus grand nombre. S'ils sont des nains dans le monde universitaire, cette poignée de gens très déterminés, organisés et manifestement compétents, rassemble désormais des géants médiatiques. Pour ma part, et avec d'autres, je suis aussi disponible pour débattre de cela, avec Deutsch, avec Sevillia, Ferrand et Bern, enfin avec tous ceux que cela intéresse et qui auront le courage d'assumer cette controverse.

Mon appel sera-t-il entendu ? L'Histoire de France mérite qu'un grand débat s'ouvre.

Par Alexis CORBIERE.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article