La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.
12 Mars 2016
La journée de manifestations du 9 mars, qui en annonce d'autres, s'avère être un cauchemar pour l'exécutif. Pour cinq raisons au moins. Le pouvoir peut encore se sauver s'il accepte de retirer son texte pour proposer d'autres réformes à même de reconquérir des électorats perdus depuis 2012.
Nous y sommes : le piège s’est refermé. Et il semble peu probable que le pouvoir puisse désormais parvenir à desserrer les mâchoires qui lui broient les jarrets. Les manifestations du 9 mars donneront lieu aux habituelles querelles de chiffres : 29 000 à Paris selon la police, 100 000 selon les organisateurs. Appliquons la méthode Raymond Barre : chiffre police + chiffre organisateurs, divisé par deux. Soit 65 000 manifestants à Paris, selon ce mode de calcul. 224 000 dans toute la France (police) + 500 000 (organisateurs), divisé par deux : soit 362 000 dans toute la France, avec des cortèges dans la plupart des villes. C’est un succès inespéré pour les organisateurs.
Mais les chiffres, même s’ils montrent une mobilisation réussie par tous les opposants au projet de loi de réforme du code du travail, ne disent pas tout. Et l’exécutif a bien d’autres raisons de s’inquiéter au terme de cette première journée d’action, survenue moins de trois semaines après que les principaux éléments de la réforme ont fuité dans la presse.
La première raison est que d’autres journées d'action sont déjà annoncées : le 12 mars, rassemblements dans toute la France des syndicats CFDT, UNSA, CFTC, CFE-CGC et de l’organisation étudiante Fage. 17 mars : appel à la grève et à manifestation des différentes AG dans les universités. 31 mars : mobilisation et manifestations à l’appel de l’ensemble des syndicats… Ce n’est là qu’un premier inventaire.
Ce mercredi 9 mars se présente donc comme un apéritif géant, d’un banquet revendicatif qui devrait occuper tout le pays au moins jusqu’à la fin du mois. C’est le cauchemar de tout pouvoir, c’est « l’effet CPE », en 2006 (lire ici l’article d’Hubert Huertas), c’est le mouvement de 1995. Et chaque fois, l’exécutif se voit renvoyé au vieux « problème du dentifrice » : une fois la pâte sortie, impossible de la faire rentrer dans le tube.
La deuxième raison d’inquiétude, sans doute la plus lourde, est la jonction qui s’est effectuée entre les grandes confédérations syndicales et le/les mouvement(s) étudiant(s). Les jeunes étaient massivement présents hier dans les différents cortèges, des AG rassemblant plusieurs centaines d’étudiants se sont tenues dans de nombreuses universités et, sauf surprise toujours possible, tout indique que ce mouvement va rapidement se développer. Près de la place de la République, le fondateur du parti de gauche et candidat à la présidentielle 2017, Jean-Luc Mélenchon, commentait : « Avec les jeunes qui se mobilisent, le pouvoir va se rendre compte qu’il a affaire à des gens sérieux. On sent que le mouvement commence et il commence bien, on est aujourd’hui à la phase un, la jeunesse est mobilisée, les facs sont mobilisées. Comment François Hollande a-t-il pu se fourrer dans une histoire pareille ? »
C’est aussi ce qui s’était produit en 1995, à l’occasion de la réforme Juppé des retraites (et des régimes spéciaux) qui semblait pourtant à quelques années-lumière des préoccupations étudiantes. Cette fois, le projet de réforme du gouvernement a fait surgir tout un univers : celui d’une précarité massive des étudiants. Non seulement, la majorité d’entre eux travaille pour financer ses études mais leur horizon est ensuite celui d’années de stages et de CDD à répétition avant d’espérer accéder à la période d’essai de ce qui pourrait devenir un contrat de travail stable…
La troisième raison est plus large encore et sonne comme un premier bilan du quinquennat de François Hollande. La réforme du marché du travail est venue cristalliser toutes les déceptions, devenues oppositions, tous les désaccords, devenus irréductibles, toutes les exaspérations, devenues colères. Aux souvenirs d’un discours du Bourget, méthodiquement déchiré ces dernières années, s’ajoute une réforme constitutionnelle bafouant des valeurs fondamentales de la gauche. La députée écologiste Eva Sas défilait mercredi sous les drapeaux de son parti : « On a l’impression que la France se réveille après la sidération », estimait-elle. « Visiblement, c’est gros aujourd’hui, il y a un parfum de CPE avec ce type de manifs, ces cortèges de jeunes qui débordent sur les trottoirs, ce côté intergénérationnel. Cette loi qui arrive juste après la déchéance de nationalité, ça montre que les politiques sont vraiment dans une bulle, c’est le propre d’une crise politique », expliquait pour sa part Olivier Besancenot en défilant sous les drapeaux du NPA.
La journée de mardi, veille des manifestations, fut à cet égard un saisissant résumé d’un pouvoir ayant définitivement rompu avec la quasi-totalité de ses bases électorales. On vit ce mardi le premier ministre Manuel Valls défendre la déchéance de nationalité devant les sénateurs en assumant en toute sérénité le fait de créer des apatrides. Et, dans ce jeu stupéfiant de « à fronts renversés », ce fut la droite qui s’indigna d’une telle réhabilitation de l’apatridie, s’appuyant sur l’argumentaire de l’historien Patrick Weil, référence de la gauche ! (Lire ici l’article d’Ellen Salvi.)
Peu avant, et alors que les socialistes sortaient profondément divisés de leur bureau national, les deux seuls défenseurs du texte de réforme du code du travail à s’exprimer bruyamment avaient été Jean-Pierre Raffarin et Pierre Gattaz sermonnant le gouvernement : un retrait du texte « serait dramatique pour le pays ».