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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

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«Ils nous empêchent de rêver, on va les empêcher de dormir».

Étudiants et lycéens manifestent jeudi 17 mars à l'appel des principales organisations de jeunesse, rejointes par les syndicats qui continuent de demander le retrait de la loi sur le travail. Dans les amphis, mardi et mercredi, on s'est réunis pour débattre des actions à mener. Mediapart était à Paris et à Tours.

Corrigé ou non, le texte du projet de loi sur le travail ne remporte toujours pas l’adhésion des étudiants mobilisés de l’université Paris-1. Vingt-trois organisations syndicales étudiantes, parmi lesquelles l’Unef, la Fidl, l’UNL, appellent à protester le 17 mars. Réunies dans le grand amphi du site de Tolbiac, traditionnellement à la pointe dans les mouvements sociaux, 400 personnes ont débattu de la suite à donner à la contestation née en réaction à la réforme annoncée du Code du travail. Une semaine après la mobilisation qui a vu défiler dans les rues de France entre 200 000 et 500 000 personnes, les étudiants se sont longuement interrogés sur la pertinence de bloquer ou non la fac et se sont étripés sur la monopolisation de la parole par les organisations syndicales à la tribune. Celle-ci se voulait neutre et paritaire. À plusieurs reprises, des étudiantes souligneront la difficulté qu’elles ont eu à prendre la parole sans être huées.

 

Une AG à Paris-1 © FZ Une AG à Paris-1 © FZ

 

Dehors, une étudiante donne de la voix dans un mégaphone pour sonner le rappel des troupes : « Contre la loi El Khomri, AG amphi N ». Il est midi et quart. D’abord, les procédures de forme classiques. Après le vote, le responsable du site Pierre Mendès France est invité à quitter la salle, ainsi que les personnels de sécurité. Avant de partir, l’homme à la cravate rouge rappellera au micro « la nécessité d’assurer la continuité éducative ». En clair, ne pas empêcher la tenue des cours suivants.

La présence des médias, malgré quelques virulentes contestations sonores, qui subsisteront tout au long de l’AG, est autorisée. Une « zone neutre », c’est-à-dire un périmètre non filmé ou photographié, est instaurée sur le côté gauche la salle. D’autres journalistes sont restés coincés à l’entrée, empêchés de pénétrer dans l’amphi par la présidence, disent les étudiants. « Ils ne sont pas nécessaires », hurle un jeune homme.

La question épineuse du temps de parole – trop long c’est ennuyeux mais trop court on ne peut rien dire – est aussi soumise à la démocratie. C’est adopté, trois minutes sont allouées à chacun des intervenants à la tribune. Un peu plus tard, un second vote pour amputer une minute d’expression à chacun sera acquis. Trop de personnes sont inscrites, il faut libérer l’amphi à 15 heures comme convenu. Il est décidé, toujours après consultation à main levée, de ne pas éructer les uns sur les autres et de se laisser parler dans le respect. La suite démontrera que cette demande relevait du vœu pieux.

Ces quelques préalables évacués, les étudiants entrent dans le vif du sujet, « le débat de fond ». La nouvelle mouture de la loi, présentée le 14 mars aux organisations syndicales, est qualifiée par un étudiant à la tribune « d’opération cosmétique ». Il poursuit : « Certains médias ont parlé de grand bond en arrière, en réalité sur 42 articles seuls 4 ont été modifiés. » Et de décliner les ajustements effectués pour redire leur inefficacité. Il appelle à rester sur la même ligne intransigeante, à savoir le retrait pur et simple du texte. Il relève « la fébrilité » du gouvernement, prompt à négocier aujourd’hui, alors qu’au départ, l’usage du 49-3 avait été évoqué par la ministre du travail pour éventuellement faire passer le texte en force. Un signe, selon lui, de l’efficacité du mouvement de mobilisation et la nécessité de le renforcer. Les autres interventions empruntent la même tonalité.

C’est au tour de Raphaël, du NPA et de l’Unef, de se saisir du micro : « On n’est pas dupes des aménagements. 25 % des jeunes sont au chômage, en moyenne on obtient notre premier CDI à 27 ans. Il faut qu’on dégage des revendications positives et dire qu’on ne veut pas de contrats précaires, faire de l’intérim ou enchaîner les CDD. Nous, les jeunes, sommes juste une variable d’ajustement. Il y a 5 millions de chômeurs et il faut qu’on partage le temps de travail entre tous et toutes. On est déterminés à organiser la confrontation contre ce gouvernement pour qu’il dégage ! » Son intervention déclenche une cohorte de « Valls démission » et d’applaudissements nourris. Un étudiant comparera les concessions du gouvernement à « deux, trois miettes lâchées ».

Progressivement, l’idée d’une « massification du mouvement » émerge. Puis le champ s’élargit puisqu’il est question d’élargir le mouvement aux travailleurs. Une banderole épinglée sur les murs du balcon de l’amphi clame « grève générale ». C’est ce pour quoi un étudiant plaide. Instaurer un blocage de l’économie du pays. Cette perspective soulève l’enthousiasme des jeunes et s’exprime avec vigueur et bruit. Les syndicats de salariés, dont la CGT, se sont greffés à cette journée de mobilisation.

Les modalités concrètes de la lutte sont envisagées. L’expression « convergence des luttes » est lâchée. Un syndicaliste de la CGT parle au nom des cheminots de la gare d’Austerlitz, pour appeler à lancer une passerelle dans la lutte des salariés et des étudiants. Deux lycéens prennent la parole pour expliquer qu’« il n’y a pas besoin d’avoir le bac pour comprendre que faciliter les licenciements n’aidera pas à lutter contre le chômage »

Un professeur, doctorant, se définissant comme précaire, apporte son soutien aux étudiants. Lui-même a manifesté contre le CPE, il y a dix ans, se souvient-il. Pour galvaniser l’auditoire et les encourager à durcir le mouvement, il raconte, façon vieux briscard des luttes sociales, ses faits d’armes d’alors : « On avait bloqué la fac. On a passé des nuits ici, à discuter, projeter des films. La question se pose, sinon on va ronronner. Les AG ou se contenter de ne pas aller en cours ça ne marche pas ! Il faut occuper ce lieu, qui est à nous pour montrer qu’on est légitimes. » Un second enseignant surenchérit : « Il faut la grève générale ! Il faut que les travailleurs bloquent tout. Quand on construit un rapport de force, on doit réfléchir à tout cela. On est dans un chemin. La prochaine AG doit être pleine, il faut que les UFR se mettent en grève. Parce que le souci, c’est qu’une fois qu’on sort de là, tout le monde reprend sa vie normale. »

Par Faïza Zerouala et MEDIAPART.

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