La banque espagnole présidée par Ana Patricia Botin, déjà présente au Portugal avec sa filiale Santander Totta, fait une excellente affaire. Elle met la main sur 150 agences, une part de marché dominante à Madère et aux Açores, un bilan supérieur à 5 milliards d’euros, vidé de ses actifs toxiques. Avec près de 15 % du marché portugais, le nouvel ensemble deviendra, sous la marque Santander Totta, le second réseau bancaire privé du pays.
Le contribuable portugais, déjà sollicité dans une cascade de défaillances bancaires, fait lui une affaire épouvantable. Le plan approuvé par la Commission européenne évalue le risque pour les finances publiques jusqu’à un maximum de 3 milliards d’euros. Dans le scénario du pire, 3,82 milliards, selon une estimation du nouveau gouvernement, qui a toutefois intérêt à charger la barque. Tout cela pour un établissement bancaire pesant à peine 4 % du marché national.
Sur ce montant, 2,25 milliards seront consacrés au financement de la liquidation du Banif, « en conformité avec les règles européennes sur les aides d’État ». 422 millions supplémentaires financeront une structure de défaisance des actifs pourris détenus par la banque. Ces sommes s’ajoutent au 1,1 milliard d’euros d’aides que Bruxelles avait approuvées à titre temporaire en janvier 2013, désormais confirmées. Une partie de cet appui financier public avait pris la forme d’obligations convertibles, dont l’équivalent de 125 millions sur lesquelles le Banif était de facto en défaut depuis le début de l’année 2014. En face, il y a des actifs à risque inscrits dans les comptes pour quelque 2 milliards d’euros et dont seule la cession dans le temps donnera la valeur réelle.
Les 2,25 milliards d’euros seront financés directement sur le budget de l’État à hauteur de 1,76 milliard, et pour le solde (489 millions) par le Fonds de soutien des banques, alimenté en théorie par le secteur financier portugais. Mais les engagements de ce fonds, déjà engagé à hauteur de 4,5 milliards dans le renflouement du Novo Banco, la « bonne banque » née de la faillite du Banco Esprito Santo, atteignent désormais quelque 5 milliards d’euros. Un système financier fragile, à la rentabilité faible ou inexistante et maintenu sous perfusion par la Banque centrale européenne, ne peut raisonnablement faire face à de telles charges. Mises devant le fait accompli par la décision d’Antonio Costa, les banques vont faire de la résistance.
Dans une déclaration dimanche soir, le chef du gouvernement portugais a reconnu que l’opération aurait « un coût très élevé » mais représentait « la meilleure solution pour l’intérêt national ». Dans l’immédiat, le collectif budgétaire de 2,2 milliards d’euros va affecter le profil du déficit budgétaire du pays en 2015 (où il est revu en hausse à 4 %) et dans les années à venir, a averti le ministre des finances Mario Centeno. Toutefois, la comptabilité européenne fait que l’opération ne devrait pas empêcher le Portugal de sortir l’an prochain de la procédure pour déficit excessif.
La vente du Banif a ouvert sinon une brèche, du moins une fissure, entre le PS et ses alliés parlementaires. La députée du Bloco (Bloc de gauche) Mariana Mortagua, qui s’est construit une réputation dans la commission d’enquête parlementaire sur la faillite du Banco Espirito Santo (BES), a accusé la coalition de centre-droit PSD-CDS au pouvoir jusqu’aux élections législatives du 4 octobre, « d’acte criminel » dans cette affaire. Ajoutant que « le BE est préoccupé par les conséquences de la décision présentée par le PS, qui implique non seulement des licenciements mais une perte gigantesque infligée aux contribuables ». Elle a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le cas Banif, une proposition aussitôt acceptée par les deux partis de droite désormais dans l’opposition. Le PCP a annoncé de son côté qu’il voterait contre le collectif budgétaire, qui ne pourra donc être adopté qu’avec l’aval du PSD et du CDS.
Par Philippe Riès et MEDIAPART.