Des "traîtres", et les nouveaux "héros du peuple"
"C'est honteux camarades et en total déconnexion avec la base du Parti..." écrit Nicolas sur Facebook, "Honte à vous" déclare Nathanaël, "Prolongation de 3 mois : c'est déjà trop ! Déçue par cette décision..." pour Nadine, "Vous êtes tombé dans le piège" pour Théo, "j'ai mal à ma gauche. Pauvre Jaurès ! Comment à ce point capituler sur la bataille culturelle, idéologique" pour Sonia, "nouvelle stratégie de la défaite" pour Mika, "n'est plus représenté à l'Assemblée nationale" pour Ludovic ... Les militants communistes se sont prononcés assez fortement contre la position des députés communistes.
Pour beaucoup cette prolongation est une violation des libertés individuelles et aussi une attaque déguisée contre les travailleurs. Désormais le gouvernement peut interdire toutes les manifestations syndicales et politiques (comme celles prévues pour la COP 21). Et c'est bien là dessus que les communistes vont se diviser. Fallait-il soutenir ce projet de loi ? Non pour une grande majorité, et oui pour certains.
On peut craindre, à juste raison, que c'est la naissance d'un État policier en France. Parmi ceux qui condamnent aujourd'hui (et je ne vise pas les communistes) beaucoup oublie que le mouvement social est réprimé en France depuis pas mal d'année, que des syndicalistes sont traités en voyous (rappelez vous d'Air France ces dernières semaines). L'Etat policier existe déjà.
Dès que nous rencontrons une situation compliquée, les communistes s'insultent, se divisent (rappelons nous des décisions politiques prises par Tsipras et des débats houleux qui ont suivit en France). Certains déclarent avoir rendus la carte du PCF, d'autre cesser de militer pour le PCF (ou le Front de gauche) ... Bref un beau bordel.
On accuse les partisans du OUI d'être des collaborateurs qui auraient voté les pleins pouvoirs à Pétain (certains sur Facebook ont eu l'indécence de faire se rapprochement), d'autre (le NPA et Lutte ouvrière en tête, comme au bon vieux temps de la lutte contre "le stalinisme") ont rappelé que le PCF avait l’habitude de trahir, comme en 1956 lorsque les députés communistes avaient voté les pleins pouvoirs à Guy Mollet ... On accuse les partisans du NON d'être irresponsable, d'être des gauchistes ... L'unité des communistes vient de voler en éclat, du moins sur les réseaux sociaux.
Le plus affligeant dans cette histoire c'est la passion déployée en faveur de 6 (ou 7) nouveaux héros du peuple. Ces "gardiens de la Liberté" sont devenus des "pères fondateurs" d'une résistance aux choix du gouvernement. Mais qui se souvient de leurs positions sur les lois anti-sociales votées ? Qui se souvient de leurs positions sur le CICE, sur l'ANI, sur la retraite etc. ??? A part Isabelle Athard, tous ont soutenu les politiques qui créent le terreau que dénonçait André Chassaigne lors de son intervention. Alors un peu de décence et balayez devant votre porte.