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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

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A l’Assemblée, le temps des faucons.

« Pas de juridisme, avançons ! », a lancé Manuel Valls aux députés. À quelques exceptions près, ils n’ont rien contesté. L’Assemblée a voté la prolongation de l’état d'urgence pour trois mois, par 551 voix contre 6 (et une abstention). Au nom de l’« union nationale », la droite a largement influencé le texte, et ricane : « La gauche s’est radicalisée ! »

 

Philippe Gosselin, député LR (ex-UMP) de la Manche, est le prototype du député réactionnaire : sécuritaire, à droite toute, en tête des « Manif pour tous ». Mais comme il est sympa et qu’il sait arrondir les angles, c’est lui qui a été chargé de donner une autre image de l’opposition.

La veille, mardi, lors des questions au gouvernement, les têtes de liste LR aux élections régionales s’étaient lâchées. En retour, elles avaient récolté une avalanche de réactions outrées. Mercredi, Gosselin s’est confondu en excuses. « On est désolé de cette image, c’était vraiment pas le but du jeu. » Toute la journée, il a martelé les éléments de langage de la droite. « Nous avons gagné la bataille culturelle. Quelle révolution en quatre jours : le gouvernement est venu sur nos positions. Il n’y a plus que quelques dissidents (sic) à gauche. Mais la dissidence est extrêmement limitée. »

Difficile de lui donner tort : après la tuerie de vendredi, au lendemain de l’assaut à Saint-Denis où la tête pensante de l’attaque a été tuée, l’Assemblée nationale a modifié jeudi 19 novembre le texte encadrant la loi de 1955 sur l’état d’urgence. Elle l’a aussi étendu pour trois mois, jusqu’au 26 février 2016. « La loi doit être adaptée à notre temps et à la réalité des menaces », a plaidé Manuel Valls. Le débat a été suivi d’un vote aux allures de plébiscite : 551 voix, 6 votes contre – les socialistes Pouria Amirshahi, Barbara Romagnan, Gérard Sebaoun et les écologistes Noël Mamère, Sergio Coronado, Isabelle Attard. Plus une abstention, la socialiste Fanélie Carrey-Conte (cliquer sur leurs noms pour lire leurs explications). « Banaliser le tout sécuritaire ne fait que banaliser la peur », a lancé Noël Mamère jeudi matin, à peine applaudi.

Les autres, tous les autres, ont voté pour, sans état d’âme. « Rien ne me choque », dit par exemple le frondeur PS Pascal Cherki. « Mais l’état d’urgence ne doit pas être une loi fourre-tout qui permet de tout faire. Il faut des mesures exceptionnelles, mais pas de mesures d’exception. »


La loi sera discutée au Sénat vendredi, et promulguée mercredi prochain. Une semaine après sa présentation en Conseil des ministres. Un délai aussi court est lui aussi exceptionnel. Pour tenir le calendrier, le gouvernement et la droite, majoritaire au Sénat, n’ont cessé depuis trois jours de discuter, de négocier, afin que le texte soit adopté dans les mêmes termes à l’Assemblée et au Sénat, pulvérisant ainsi la navette parlementaire. « Nous avons beaucoup d’échanges informels avec l’entourage du premier ministre, on discute », confirme le député LR Guillaume Larrivé, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Sur fond d’« unité nationale », il s’agit d’une sorte d’échange de bons procédés. L’exécutif pense gêner une opposition divisée en reprenant son discours. La droite, elle, gagne le droit de revendiquer la victoire idéologique : ce qui n’était pas possible, ce que la droite, voire l’extrême droite, réclamait sans jamais l’obtenir, est devenu faisable.

 

Bien sûr, le texte offre certaines garanties (lire ici notre décryptage) qui n’existaient pas dans le texte de 1955 : contrôle du Parlement, suppression du contrôle de la presse ainsi que des tribunaux militaires. Mais en plus des dispositions exceptionnelles prévues par l’état d’urgence, plusieurs demandes de l’opposition ont été acceptées. Par exemple, la possibilité pour les policiers de porter leurs armes hors service, autorisée mercredi soir par un arrêté de Bernard Cazeneuve ; l’assignation à résidence des personnes dont le « comportement » (et pas la seule « activité ») paraît suspect ; le bracelet électronique pour les personnes condamnées pour terrorisme, assorti d’une obligation de cantonnement à domicile de douze heures par jour…

Plusieurs fois, le gouvernement n’a pas fermé la porte à d’autres revendications de la droite, comme les contrôles d’identité par les policiers municipaux, la possibilité d’armer les douaniers en civil ou le bracelet électronique pour tous les assignés à résidence, pas seulement ceux ayant purgé des peines pour terrorisme. Sans les rejeter, Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve ont renvoyé la discussion à plus tard, dans le cadre de la réforme constitutionnelle annoncée par François Hollande en janvier, qui comprendra notamment la possibilité de déchoir de leur nationalité des binationaux nés français. Cette mesure, lancée par le FN puis reprise par Nicolas Sarkozy lors de son discours de Grenoble, fut longtemps un chiffon rouge pour la gauche. Mais ça, c’était avant. Avant la tuerie de vendredi à Paris. Avant les 130 morts assassinés parce qu’ils buvaient un verre en terrasse ou étaient venus écouter du rock au Bataclan.

Dans l’Assemblée bunkérisée, les policiers sont en armes. Depuis lundi, on ne croise plus les petites grappes de visiteurs émerveillés par les peintures d’Alechinsky : les groupes sont interdits. Le climat est à la « guerre impitoyable » contre un « ennemi, l’islamisme radical, qui existe aussi chez nous », selon Manuel Valls. « Il faut les massacrer », dit dans un couloir un socialiste, d’habitude doux comme un agneau, à propos des djihadistes. De sa voix méridionale, son collègue PS Patrick Mennucci parle de « les crever ». Un député socialiste se prend à rêver que grâce à son habileté politique, François Hollande est en train d’assurer sa réélection. À la buvette, on a vu un collaborateur parlementaire du groupe PS touiller son café d’un air désespéré. « Nos élus sont devenus fous. »

Quand l’examen du texte a commencé, mercredi soir en commission, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a donné le ton, régalien et martial. « Nous prenons toutes les dispositions pour traquer les terroristes où qu’ils se terrent. » Puis il s’est fait rassurant : « L’état d’urgence n’est pas le contraire de l’État de droit : il est son bouclier. » Le président de la commission des lois, le socialiste Jean-Jacques Urvoas, n’y est pas allé par quatre chemins : « Les délais ne sont pas respectés. Nous sommes dans un état de crise. » Le message est clair. Merci, mesdames et messieurs les députés, de ne pas « toucher à l’équilibre général » du texte.

Par La rédaction de Mediapart.

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