La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.
9 Octobre 2015
Frontières ouvertes, frontières fermées, la Serbie, la Croatie et la Hongrie n’en finissent pas de jouer au chat et à la souris avec les réfugiés. 17 000 personnes ont pénétré de Serbie en Croatie, durant le week-end des 26 et 27 septembre, encore 5 000 lundi. Les points de passage ne cessent de changer, au grand dam des autorités croates, qui dénoncent la politique « irresponsable » de Belgrade et organisent le transfert des réfugiés vers la Hongrie. Retrouvez ici l'ensemble de notre opération spéciale #OpenEurope.

Chaque jour, les points de passage de la frontière entre la Serbie et la Croatie changent. Samedi 26 septembre, des autocars affrétés par les autorités serbes ont conduit les réfugiés aux abords du village croate de Strošinci. Ici, une route de terre de 500 mètres relie les deux pays, et la frontière était fermée depuis le début de la guerre, en 1991. À la va-vite, la Croix-Rouge croate et le HCR ont dressé quelques tentes. Après une nuit passée sous la pluie, les réfugiés ont été conduits au centre d’Opatovac. Dimanche matin, un autre point de passage s’était déjà ouvert près du village de Bapska, un joli village viticole niché dans une boucle du Danube. La Croatie accuse la Serbie de jouer avec ses nerfs en changeant sans cesse les points de passage. Les autorités serbes prétendent que les réfugiés choisissent eux-mêmes de nouvelles routes, mais la plupart d’entre eux sont déposés par des autocars directement venus du sud de la Serbie.
La frontière franchie, ils sont ce samedi plusieurs centaines de réfugiés, alignés derrière un cordon de police, à attendre dans le froid et sous une pluie fine les cars croates qui doivent les conduire jusqu’au centre « d’identification » d’Opatovac. Il est situé non loin de la ville de Vukovar, l’ancienne « capitale » des sécessionnistes serbes de Croatie durant la guerre de 1991-1995. D’autres cars n'ont mis qu’une douzaine d’heures pour les conduire directement de Preševo, à l'extrême sud de la Serbie, sur la frontière macédonienne, jusqu’au nord-ouest du pays, sans plus s’arrêter à Belgrade.

À la sortie du centre d’Opatovac, des convois d'autocars vers la Hongrie sont organisés. Les bus, encadrés par quelques voitures de police, contournent soigneusement les agglomérations. Le convoi traverse les villages de la Baranja, une zone déshéritée de l’est de la Croatie : la majorité des maisons ont leurs volets fermés. Les habitants de la région, frappée par un chômage massif, quittent eux-mêmes le pays pour l’Allemagne. Au passage, quelques gamins en vélo saluent de la main les véhicules, des riverains les prennent en photo. Le poste-frontière de Baranjsko Petrovo Selo, initialement prévu, est fermé. Le convoi doit se dérouter vers celui de Terezino Polje, une centaine de kilomètres plus à l’ouest.
Côté hongrois, dans la petite ville de Barcs, les réfugiés sont parqués dans un vaste terrain en contrebas du poste-frontière. Les badauds et les rares journalistes sont tenus à bonne distance par des militaires en tenue de combat, le visage couvert d’un masque sanitaire. Des piles de bouteilles d’eau sont amoncelées sous une tente de l’Ordre de Malte. Les réfugiés sont conduits jusqu’à la gare, où un train spécial de quinze wagons les attend : direction la frontière autrichienne. La Hongrie a, de fait, mis en place des corridors humanitaires, mais les Croates s’indignent : pourquoi les réfugiés massés en Serbie doivent-ils transiter par leur pays pour gagner enfin la Hongrie puis l’Autriche ? Dimanche, le premier ministre croate, le social-démocrate Zoran Milanović, qui tenait meeting à Sisak en vue des élections législatives de novembre, a encore haussé le ton, en lançant : « La Serbie ne fait rien pour gérer la crise »… La « fermeté » affichée par Zoran Milanović semble électoralement payante : depuis une semaine, son parti rattrape dans les sondages l’opposition de droite, prise de court par la surenchère nationaliste des sociaux-démocrates.

Munis de mégaphones, les policiers croates font mettre les réfugiés en rang par deux, avant de leur ordonner de s’engager, à pied, sur le pont qui franchit la Drave. Des parents rattrapent leurs enfants qui pleurent pour les remettre dans la ligne. De jeunes Syriens gardent le sourire et font le V de la victoire. Plus inquiet, un adolescent afghan lâche : « C’est quoi, le pays de l’autre côté ? La Slovaquie ? — Non, la Hongrie. — Mais ils nous laisseront passer ? — Inch’Allah. » La colonne s’ébranle enfin, sous un ciel toujours plombé.
Par: Photographe : Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin et Simon Rico.