Un engagement politique précoce :
Ce mardi 30 juin, quelques heures avant que n'expire le délai de remboursement de 1,5 milliard d'euros de la Grèce au FMI (Fonds monétaire international), la députée de 46 ans avait reçu "l'Obs" dans son bureau du Bundestag.
Née à Iéna, la cité des poètes et des philosophes (Goethe, Fichte, Hölderlin, Schiller…), la jeune femme germano-iranienne, qui n'a jamais connu son père reparti en Iran, a été élevée par une mère galeriste. Son engagement politique est précoce, il date de la réunification en 1990. Elle avait à peine 21 ans et ne supportait déjà pas le monde tel qu'il tournait.
Contrairement à Angela Merkel qui a pu faire des études supérieures, en raison des bonnes relations de son père pasteur avec le régime communiste, Sahra Wagenknecht était interdite d'université. Objectrice de conscience, elle avait refusé de s'alimenter lors de la formation "prémilitaire" obligatoire en ex-RDA. Rédhibitoire.
Grâce à la chute du Mur, elle a pu débuter des études de philosophie à Berlin avant de s'orienter vers l'économie. Cela ne l'a pas empêchée d'adhérer au PDS, le parti des anciens cadres de la Stasi (sécurité d'Etat). Et de devenir par la suite l'une des figures de la ligne la plus radicale et anticapitaliste de Die Linke. Comme beaucoup de citoyens est-allemands, elle rêvait d'un autre socialisme.
Les plans d'aide remis en cause :
Grande admiratrice de Jean-Luc Mélenchon qu'elle ne connaît pas personnellement, mais dont elle boit les paroles à la télévision lors de ses séjours en France, Sahra Wagenknecht a soutenu le président vénézuélien Hugo Chavez. En Allemagne, où le SPD a abandonné toute référence marxiste pour se rallier à l'économie de marché lors du congrès de Bad Godesberg (1959), ses positions passent mal.
Si elle a voté "non" au second plan d'aide aux Grecs, ce n'est certainement pas pour les mêmes raisons que ces Allemands qui ne veulent plus payer pour la Grèce. Comme l'ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, elle dénonce toute la mécanique de sauvetage de l'Europe et du FMI. Elle insiste :
"Le concept de plans d'aide à la Grèce est un énorme mensonge. Les crédits ne sont jamais parvenus au peuple grec. Cela a d'abord servi à sauver les banques allemandes et françaises. Ensuite, on a transféré les dettes, qui étaient déjà très élevées en 2010, aux contribuables européens.
"Pousser la Grèce à faire plus d'austérité n'a pas de sens. Il faut effacer une partie de la dette car cela ne sert à rien de vouloir résorber des vieux crédits avec des nouveaux crédits. Cela ne fera qu'appauvrir le pays et ne relancera pas son économie."
La députée, qui brigue le mandat de présidente du groupe parlementaire à la rentrée, n'a jamais mis un pied en Grèce. Mais elle dit avoir eu suffisamment de contacts avec ses camarades de Syriza pour avoir une idée de la situation.
Une Rosa Luxemburg du XXIe siècle ?
"C'est une femme intelligente, une intellectuelle à l'esprit indépendant qui ne sert pas les clichés", estime Gabriele Zimmer, sa camarade de parti qui se bat dans le même sens, au Parlement européen où elle préside le groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique. Elle veut elle aussi donner une autre image des partis politiques allemands.
Sahra Wagenknecht serait-elle cette Rosa Luxemburg du XXIe siècle qu'évoquent parfois les médias allemands ? La députée, qui garde la tête sur les épaules, commente :
"Flatteur mais un peu ridicule. J'ai un immense respect pour ses capacités intellectuelles et son esprit combatif. Mais Rosa Luxemburg a travaillé dans des conditions très difficiles. Elle est allée plusieurs fois en prison."
La "pensée unique", c'est au Bundestag et sur les plateaux télés que Sahra la rouge la combat. Dans un pays où Merkel ne cesse de répéter que sa politique est "alternativlos" (sans alternative), son engagement pour plus de justice et de solidarité fait figure d'exception. Comme en son temps, celui de son époux, Oskar Lafontaine. Vraiment pas une histoire de famille ?
Odile Benyahia-Kouider, envoyée spéciale à Berlin
(1) Sur 631 sièges, 311 sont détenus par la CDU-CSU, 193 par le SPD, 64 par La Gauche (Die Linke) et 63 par les Verts.