La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.
17 Mai 2015
Dans un grand pays comme la France, qui se targue d’être régi par des règle dignes d’un État de droit, est-il concevable qu’une personnalité qui ne connaît strictement rien aux métiers télévisuels soit portée à la présidence du plus grand groupe de télévision publique, maison commune qui est censée appartenir au peuple tout entier ? Est-il concevable que la nomination du PDG de France Télévisions se passe à huis clos, entre intrigues, jeux d’influences dans les coulisses du pouvoir et des milieux d’affaires et ne donne donc pas lieu au grand débat public que les citoyens seraient en droit d’attendre ? Est-il admissible que ce débat soit confisqué par un petit clan qui, au terme de conciliabules, parvient à faire nommer celle qu’il a choisie comme favorite, sans doute longtemps à l’avance ?
Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, on se souvient de ce qu’il en était : s’étant approprié les pouvoirs de nomination autrefois dévolus au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le chef de l’État faisait ce que bon lui semblait. Un jour, il envisageait de porter à la tête de France Télévisions Alexandre Bompard, le protégé d’Alain Minc, son conseiller occulte. Et si le projet faisait scandale, il pouvait, sans rendre des comptes à qui que ce soit, changer de pied et nommer un président par défaut, en l’occurrence Rémy Pflimlin, l’actuel PDG dont le mandat arrive à son terme. Le coup d’État télévisuel permanent. L’audiovisuel public sous tutelle, à la merci des humeurs présidentielles, avec à tous les postes clefs des obligés du Palais…
Mais sous François Hollande, même si tout va de travers, ne faut-il pas au moins donner crédit au chef de l’État du fait que le CSA a été rétabli dans ses pouvoirs anciens et que la nomination du PDG de France Télévisions échappe enfin à ces jeux d’influence et de connivence ? C’était l’une des promesses de François Hollande, qu’il avait déclinée en énonçant ses célèbres anaphores : « Moi président de la République, je n'aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes » !
Eh bien, non ! C’est triste à dire mais c’est ainsi : en la personne de Delphine Ernotte, jusque-là directrice générale adjointe d’Orange et directrice exécutive d’Orange-France, c’est une personne sans la moindre expérience des enjeux télévisuels – ni des programmes, ni de l’information ! – qu’une très courte majorité des membres du CSA a pris le responsabilité de porter à la présidence du groupe public. Et si cela a été possible, c’est par un concours stupéfiant de jeux d’influence multiples, sur lequel Mediapart a enquêté et qui donnent le tournis. Voici les différents épisodes de cette invraisemblable désignation, tels que nous sommes parvenus à les reconstituer.
* Acte I : Schrameck recompose le CSA à sa main
Quand François Hollande annonce, en décembre 2012, qu’il entend nommer Olivier Schrameck à la tête du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la droite fait valoir, à l'époque, qu’il s’agit d’une nomination très politique. Le chef de l’État honore certes la promesse qu’il avait prise de rendre au CSA le pouvoir de nomination des PDG de l’audiovisuel public. Mais puisque le nouveau patron du CSA est l’ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin à Matignon, et un familier de David Kessler qui a travaillé sous son autorité à Matignon et qui est devenu en 2012 le conseiller du chef de l’État pour les médias et l’audiovisuel, beaucoup de dirigeants de l’UMP raillent la soi-disant indépendance reconquise du CSA. Et ils raillent la promesse bafouée du président de la République avec d'autant plus de pugnacité que nul n’ignore comment cela s’est passé : usant de son pouvoir d’influence que lui confèrent ses fonctions de conseiller élyséen, David Kessler a pesé pour convaincre François Hollande de porter Olivier Schrameck à la tête de cette autorité supposée indépendante.
Après une longue carrière de haut fonctionnaire, attaché au service de l’intérêt général, le conseiller d’État qu’est Olivier Schrameck a pu être offusqué d’être la cible de telles attaques. Le fait est, pourtant, que François Hollande a donc commencé d’un très mauvais pas son quinquennat, en matière audiovisuelle comme en tant d’autres…
Entrant en fonction à la présidence du CSA le 24 janvier 2013, Olivier Schrameck n’a pourtant pas, dans un premier temps, les coudées franches. Car la grande majorité des autres membres de l’institution ont été nommés les années précédentes, sous des majorités de droite. Mais deux ans plus tard, tout est en passe de changer. Comme le mandat de deux des huit membres du collège du CSA arrive à échéance en janvier 2015, le président de l’organisme se prend à espérer que les deux personnalités qui vont leur succéder soient celles auxquelles il pense. Car Olivier Schrameck a deux noms à l’esprit, qu’il n’hésite pas à livrer à ceux qui l’interrogent – Mediapart a recueilli des témoignages très précis de parlementaires socialistes et écologistes qui en attestent : celui de Nathalie Sonnac et celui de Nicolas Curien. De la sorte, en prévision des grandes décisions à venir que devra prendre le CSA et notamment la désignation en avril 2015 du PDG de France Télévisions, il peut espérer enfin faire prévaloir ses vues et contrôler au moins trois voix sur huit, en comptant la sienne.
À l’époque, ses interlocuteurs – ceux qui se sont confiés à Mediapart ont requis l’anonymat – comprennent que dans le cas de l’Assemblée nationale, Olivier Schrameck sait comment s’y prendre. Et sans grande surprise, le 26 janvier 2015, le chef de l’État nomme Nathalie Sonnac (ici sa bio) membre du CSA, sur désignation du président socialiste de l’Assemblée nationale.
Mais dans le cas du Sénat, dont le président est Gérard Larcher (UMP), c’est une autre paire de manche. Certains sénateurs socialistes ou écologistes, consultés par Olivier Schrameck, lui recommandent donc de faire campagne en faveur de Nicolas Curien en jouant la carte « high tech », et en essayant de mettre dans sa manche des élus de droite comme Bruno Retailleau, le président du groupe UMP au Sénat, qui pourrait ne pas être insensible à ce profil. Les mêmes préconisent aussi de passer par le président UMP de la commission de la culture, François Baroin, qui pourrait avoir de l’influence sur Gérard Larcher. Ces conseils ont-ils donc porté leurs fruits ? Et les dirigeants de l’UMP, à commencer par Gérard Larcher, n’ont-ils pas été très finauds ? En tout cas, ce même 26 janvier 2015, le chef de l’État nomme également Nicolas Curien (ici sa bio) membre du CSA, sur désignation du président du Sénat. Voilà donc qui commence bien ! À la fin du mois de janvier 2015, Olivier Schrameck a, à ses côtés, deux nouveaux membres qui lui sont redevables de leur nomination. Et bientôt, nous le verrons dans un instant, il pourra compter sur une quatrième voix, celle de l’ex-journaliste du Point Sylvie Pierre-Brossolette, qui va faire cause commune avec lui.
Olivier Schrameck, qui a accepté de nous recevoir, s’offusquerait certes de cette présentation. Car, il le répète sans cesse : dans ses fonctions, il veille par-dessus tout à l’indépendance des membres du CSA qu’il préside, et il assure qu’il s’interdit d’exercer sur eux la moindre pression. Mais le fait est là, difficilement contestable. Quatre voix sur huit dans sa manche : à quelques encablures de la désignation du nouveau patron de France Télévisions, le patron du CSA tient bien sa maison en main…
Mais de cette proximité entre le président du CSA et les deux nouveaux entrants, sans parler de son alliance "ou de sa convergence d’intérêts" avec Sylvie Pierre-Brossolette, « qui s’épanouit dans ses relations politico-mondaines et qui agit comme si elle était vice-présidente du CSA », selon un très bon connaisseur de ce microcosme, nul ne se doute. Et quand commence, quelques temps plus tard, la procédure de nomination du futur président de France Télévisions, on a toutes les raisons de penser que la règle du jeu va être totalement différente par rapport aux années Sarkozy. Fini le fait du Prince ! La présentation de leur projet par les différents candidats devant le CSA va enfin donner lieu à un vaste débat, public et transparent, sur la télévision publique dont la France a besoin. Erreur…
Par Laurent Mauduit.