La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.
21 Mai 2015
Manuel Valls vole « en défense de l'esprit du 11 janvier ». Mais cet esprit s’est mué en une mêlée confuse, une danse macabre avec son cortège de masques grimaçants, de postures héroïques et de dénonciations. Et le tour de passe-passe s'opère: la restriction des libertés au nom de la défense de la liberté, les déclarations bellicistes au nom de la paix, une laïcité sacralisée et instrumentalisée. Décryptage.
« L’esprit du 11 janvier » tombé sur des millions de manifestants rassemblés à la mémoire des victimes des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes s’est mué en une mêlée confuse, une danse macabre avec son cortège de masques grimaçants, de postures héroïques et de dénonciations. Des lendemains de l’attentat, marqués par une authentique émotion collective, aux manifestations qui ont suivi – spontanées au début puis scénarisées par les médias et les autorités –, de l’éclosion virale et transmédiale des #jesuisCharlie à la Pentecôte de « l’esprit du 11 janvier », une brand line est censée fédérer sous une même ligne marketing les effets confus, ambigus, de l’événement.
Chacun, homme politique, journaliste, internaute, trouve son compte à cette aspiration attentionnelle, au débat actuel autour de l’essai d’Emmanuel Todd, ostracisé avant même sa publication, transformé dans un surprenant tête-à-queue en hérésie, en blasphème contre « l’esprit du 11 janvier ». L’affaire Charlie continue ainsi à déployer ses pièges et ses masques. Elle déchaîne les passions jusqu’à New York, le temps de la remise du prix du courage à l’hebdo satirique « héroïsé » au même titre que les pompiers du 11-Septembre. Charlie Hebdo, aussi français que le Gaulois Astérix, mastérisé, scénarisé, transformé en une histoire américaine.
1. Une affaire Charlie:
En France, c’est ce qu’on appelle depuis Voltaire et Zola une « affaire », un imbroglio de sens, une intrigue qui questionne les grands enjeux collectifs : la justice, la nation, la laïcité, la religion, l’antisémitisme (Critique et affaires de blasphème à l’époque des Lumières, ouvrage collectif dirigé par Ph. Roussin, Éd. Honoré Champion, Paris, 1998).
Qu’est-ce qui fait qu’un événement collectif devient une « affaire » ? Ni la gravité de l’événement, ni le nombre de victimes n’y suffisent. Entre juillet et octobre 1995, la France a été touchée par huit attentats terroristes à la bombe qui ont fait huit morts et près de 200 blessés, sans que cela ne déclenche ni manifestations massives ni grand débat national. En revanche, les « affaires » qui ont marqué l’histoire de France (l’affaire Calas, l’affaire du chevalier de La Barre, l’affaire Dreyfus...) ont été économes en vies humaines mais elles exemplifiaient de grands enjeux. C’est le cas de Charlie qui synthétise toutes les frayeurs françaises, et tous les impensés : l’identité, l’islam, la laïcité, la République, le terrorisme, l’impensé colonial, les banlieues, la mondialisation... Et comme ce fut le cas de l’affaire Dreyfus, elle le fait de manière chaotique, convulsive : procès d’intention, anathème, excommunication.
Que le premier ministre écrive une tribune pour répondre au livre d’un intellectuel, c’est tout à la fois un aveu et un symptôme. Un aveu : en prenant « la défense de l’esprit du 11 janvier », le premier ministre fait valoir ses droits d’auteur, c’est un aveu de paternité. Un symptôme : gouverner ce n’est plus agir, c’est contrôler les perceptions. Le travail des marketeurs du pouvoir est de regrouper les gens. Il ne s’agit pas de visibilité, il s’agit d’engagement : faire fusionner des visions du monde contradictoires, des idéaux qui s’excluent, des attentes inconciliables.
« L’esprit du 11 janvier » permet de détourner dans un consensus les forces centrifuges, les inégalités et les tensions qui travaillent la société. Benjamin Stora le soulignait avant Emmanuel Todd au cours du live de Mediapart : « L’absence de la jeunesse des banlieues [dans les manifestations], une France invisible qui ne se reconnaissait pas dans le roman national en train de s’écrire »... La manif du 11 janvier occulta le temps d’un dimanche ensoleillé cet « apartheid territorial, social, ethnique » qui règne en France, selon les mots de Manuel Valls.
2. Une Pentecôte à l’envers:
À la faveur de la mobilisation générale décrétée par le gouvernement, c’est une véritable opération de passe-passe qui s’est jouée. La restriction des libertés au nom de la défense de la liberté, les déclarations bellicistes au nom de la paix et de la civilisation, la stigmatisation de l’ennemi intérieur et de la cinquième colonne au nom de l’unité nationale, une laïcité sacralisée et instrumentalisée contre l’islam, l’accoutumance par la voie des sondages aux mesures d’exception, telles que le renforcement des contrôles policiers, et les mesures de surveillance au nom même de la défense de la liberté d’expression. Pendant que Manuel Valls prône le droit absolu de tout dire en toute impunité, il fait voter une loi instaurant la surveillance générale.
Par: christian salmon et MEDIAPART.