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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

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Médicaments: comment Servier a pesé sur l'administration.

Découvertes au cours de l'enquête sur l'affaire du Mediator, une soixantaine de notes confidentielles, écrites de la main de Jacques Servier, dévoilent les coulisses du lobbying pharmaceutique. Le patron du laboratoire suit à la loupe les débats de l'administration et l'on découvre un univers d’intrigues, de rivalités, d’influences et de règlements de comptes.ne soixantaine de notes rédigées à la main sur des feuilles de classeur par le docteur Jacques Servier, fabricant du Mediator, restées secrètes jusqu’ici, dévoilent le fonctionnement du lobbying pharmaceutique. Écrites entre 1994 et 2002, elles ont été saisies lors d’une perquisition dans les locaux du groupe ordonnée par les juges du tribunal de grande instance de Paris chargés d'instruire l'affaire du Mediator. Ces notes confidentielles, que Mediapart a pu se procurer, constituent un matériau exceptionnel. Il révèle de l’intérieur les manœuvres du laboratoire pour défendre les prix et le statut de ses produits auprès des ministres et de l’administration.

Jacques Servier décrit dans un style elliptique un univers d’intrigues, de rivalités, d’influences et de règlements de comptes. Il cite des politiques, de nombreux acteurs de la santé, des professeurs de médecine. Ses notes sont difficiles à déchiffrer, parfois illisibles. Le patron du Mediator formule des jugements lapidaires, qui expriment ses positions très tranchées sur l'industrie du médicament : il n'aime pas les laboratoires américains et considère que l'intérêt de la France s'identifie à celui des firmes françaises, à commencer par la sienne.

Servier se plaint de la « malhonnêteté » de l’administration, dénonce les « manœuvres » du laboratoire américain Eli Lilly, fabricant du Prozac, à qui il reproche sa promotion des anti-dépresseurs et qui, prétend-il de manière elliptique, « aurait financé le précédent gouvernement pour 200 millions » (la phrase, écrite en mai 1994 – gouvernement Balladur –, viserait donc le gouvernement Bérégovoy).

Extrait de la note de Servier du 8 juillet 1994Extrait de la note de Servier du 8 juillet 1994

Il qualifie la vaccination obligatoire contre l’hépatite B de « cadeau de Douste-Blazy à SKB (laboratoire britannique producteur du vaccin, devenu une composante de GSK – ndlr) ». Philippe Douste-Blazy, qui a pris cette mesure en 1994, est un ami de Servier de longue date.

Il signale un laboratoire dont les associés « blanchiraient de l’argent » avec la protection d’un membre de l’Agence du médicament, dénonce une « malversation » sur l’hépatite C, ou la « mafia Tabuteau-Vial ». Didier Tabuteau, premier directeur de l’Agence du médicament, a été membre des cabinets de Claude Evin puis de Bernard Kouchner ; Servier ne le considère manifestement pas comme un ami ; pas plus que Daniel Vial, lobbyiste avec qui a travaillé Jérôme Cahuzac (lire notre article). L’inimitié avec Vial peut être liée à la proximité de ce dernier avec le groupe Sanofi, qui a tenté au début des années 2000 d’absorber le groupe Servier.

Ces notes de Servier mettent en vedette un autre personnage, dont Mediapart a dévoilé le rôle caché pendant des années : le professeur François Lhoste, directeur scientifique chez Servier de 1985 à 1989, qui a ensuite conseillé le laboratoire pendant de longues années, alors qu’il siégeait à partir de 1993 au Comité économique du médicament (CEM), devenu en 2000 le Comité économique des produits de santé (CEPS). Mis en examen pour prise illégale d’intérêts en avril 2014, Lhoste a participé aux travaux du comité jusqu’à ces derniers jours, puisque c’est seulement à la suite de notre article que Marisol Touraine, ministre de la santé, a demandé son exclusion.

Or, Jacques Servier a rédigé ses notes à partir de comptes rendus que lui faisait régulièrement François Lhoste. Toutes les notes portent la mention « FLH », qui désigne François Lhoste (l’intéressé l’a lui-même reconnu lors de sa déposition, d’après un document de l’instruction que nous avons pu consulter). De 1994 à 2000, Servier a rédigé entre cinq et douze notes « FLH » par an, et un peu moins en 2001 et 2002. À plusieurs reprises, les notes font état d’avis de François Lhoste ou d’interventions directes de ce dernier. Servier cherche aussi à le placer auprès des ministres. Une note du 20 novembre 1995 indique : « Un mot à Barrot sur FLH. »

Jacques Barrot, ministre de la santé de 1979 à 1981, puis des affaires sociales de 1995 à 1997, député centriste et maire d’Yssingeaux (Haute-Loire), est lié à Servier par l’intermédiaire de Madeleine Dubois, son ancienne attachée parlementaire. Entrée chez Servier en 1985, elle a été directrice de la communication du groupe jusqu’en 1995, avant de retrouver Barrot pour être son chef de cabinet au ministère des affaires sociales. La communication entre Servier et Barrot ne semble pas trop difficile. Jacques Barrot apparaît dans un document interne du groupe Servier parmi les « personnalités importantes concernant la défense des médicaments remboursés à 35 % ».

Dans une note datée du 16 octobre 1995, Jacques Servier livre un autre scoop posthume : il affirme avoir recouru à l’aide de Raymond Soubie, futur conseiller de Nicolas Sarkozy, pour défendre un médicament de son laboratoire, le Daflon, face à l’administration qui voulait en faire baisser le prix. La note précise : « Communiquer à Marmot derniers résultats Daflon… Marmot et Barrot s’entendent très bien. (Faire intervenir Barrot.) Soubie parle à Marmot de Daflon… »

À l’époque, Jean Marmot, haut fonctionnaire, est président du CEM, chargé de fixer le prix de tous les médicaments remboursés ; Jacques Barrot est ministre des affaires sociales du gouvernement Juppé ; Raymond Soubie, qui sera conseiller de Nicolas Sarkozy pour les affaires sociales de 2007 à 2010, est PDG d’un très important cabinet de conseil, Altedia (aujourd’hui intégré dans Adecco). Le Daflon est un veinotonique, classe de médicaments qui reviennent cher à la Sécurité sociale et dont le gouvernement cherche à réduire le coût.

Il n’est plus possible de confronter les points de vue des protagonistes : Jean Marmot a disparu en 2004, Jacques Servier et Jacques Barrot sont tous deux morts en 2014. Mais les liens de Soubie et Servier sont avérés. Contacté par Mediapart, Raymond Soubie ne nie pas avoir conseillé Servier sur des sujets sociaux, via sa société Altedia. Il ajoute avoir donné à Servier des conseils visant à l’aider à résister aux visées de Sanofi.

Servier mentionne d’ailleurs Soubie dans une note où il évoque Synthélabo, laboratoire qui a fusionné en 1999 avec Sanofi. Auparavant, Synthélabo était une filiale de L’Oréal et appartenait à la famille Bettencourt. Le 4 juillet 1995, Servier écrit, sans expliciter son propos : « Discuter cette affaire avec les Bettencourt (et eux seuls) (en parler à Soubie). » Interrogé sur ce point, Soubie dit ignorer totalement de quoi Servier voulait lui parler.

 

Soubie reconnaît aussi avoir eu avec Servier de nombreuses conversations, souvent « à bâtons rompus ». Mais il n’a pas souvenir d’être intervenu auprès du président du CEM pour défendre le Daflon : « Jean Marmot était un magistrat intransigeant, d’une rigidité inflexible, dit-il. Essayer de l’influencer sur un tel sujet n’aurait servi à rien, cela n’aurait eu d’autre utilité que de l’irriter. »

 

Par Michel de Pracontal et MEDIAPART.

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