Une vague et même une déferlante. Dans le Pas-de-Calais, le nombre d’élus municipaux qui démissionnent a tout simplement explosé : on passe de 39 un an après les élections en 2008… à 196 aujourd’hui. Soit une augmentation de 400 %.
Et si la préfecture du Nord n’a pas pu nous fournir de comparatif, elle enregistre déjà 280 démissions depuis mars. Que ce soit dans l’opposition ou la majorité.
Les motifs, eux, divergent mais on sent, en creux, une certaine forme de désillusion. Ainsi, le premier adjoint à Vimy explique être « au bout du rouleau » : « J’ai essayé de réconcilier les uns avec les autres, j’ai été sans arrêt sollicité. Trop. » Tandis qu’à Haussy, l’adjoint démissionnaire constate qu’il existe trop de divergences entre le maire et lui. Même constat à Lumbres, dans l’Audomarois, où un conseiller a quitté la majorité avec un : « Je n’étais plus en accord avec le conseil. »
L’opposition n’est évidemment pas épargnée : la chef de file du groupe d’opposants au maire d’Houplin-Ancoisne a jeté l’éponge parce qu’elle a eu le sentiment que son groupe n’était jamais écouté. Plus spectaculaire : à Salomé, dans la métropole lilloise, c’est tout le groupe d’opposition conduit par l’ancien maire de la commune qui a quitté définitivement le conseil : « Nous n’adhérons pas aux pratiques de Pierre Canesse (le nouveau maire) avec qui nous sommes en total désaccord. »
Bref, un an après les municipales, les écharpes tombent et les chaises des conseils se vident. Avec des raisons pas toujours « classiques » : on est souvent loin de la mutation professionnelle ou du maire qui laisse la place à son dauphin. Ce qui n’étonne pas le président de l’Association des maires du Nord, Patrick Masclet : « Les dernières élections ont été plus tendues que d’habitude, ce qui laisse des traces, et puis il y a eu beaucoup de basculements. Être ensemble pendant la campagne et, ensuite, se retrouver dans l’action, ce n’est pas vraiment la même chose, il peut y avoir des divisions. Ensuite, les nouveaux maires ont fait des promesses qu’ils n’ont pas pu tenir à cause des dotations qui ont baissé, cela crée des tensions. »
Autre hypothèse : le changement de mode de scrutin avec la fin du panachage pour les communes entre 1 000 et 3500 habitants : « On n’a plus voté pour une personne mais pour des listes, cela a accentué les clivages. » Président de l’Association des maires pour le Pas-de-Calais, Jean-François Rapin souligne aussi : « Beaucoup de nouveaux élus m’ont dit qu’ils ne pensaient pas que ce serait si compliqué. Et ça l’est beaucoup plus qu’en 2008. Aujourd’hui, on ne gère plus des communes, on gère de l’incertitude. »
