Alexis Corbière : Lors de cette élection partielle, comme lors de toutes les élections intermédiaires, le fait marquant est surtout une forte abstention. Les ¾ des électeurs ne sont pas venus ! C’est énorme. Quelle est la légitimité réelle du vainqueur ? Il ne représente même pas 15 % des électeurs inscrits. 85 % des citoyens n’ont pas voté pour lui et pourtant, c’est lui qui va les représenter. Choquant, non ? C’est le produit de la décomposition de la Ve République.
Ce sont surtout les catégories populaires qui sont restées chez elles, jugeant cette élection sans enjeux et assez dégoûtées de la politique de ce gouvernement. Comment les blâmer ? Dans ces conditions délicates, une force comme la nôtre ne recule pas mais progresse trop peu. Nous devons donc modifier une bonne partie de notre stratégie et notre discours. La conclusion à en tirer est claire : rien n’est possible sans remobiliser cet immense électorat populaire, de plus en plus éloigné de la politique, qui doit être naturellement le nôtre. Cette abstention, très politique en réalité, est le fruit des actions du gouvernement qui désoriente les citoyens, les infantilise, et désarticule avec soin toute pensée de gauche en parlant et agissant comme la droite sur le terrain économique et social. Cette proximité se voit sur la loi Macron avec l’allongement du nombre de dimanches travaillés, la remise en cause de l’indépendance de la médecine du travail, les facilités plus importantes pour l’employeur de licencier ou encore la privatisation des équipements publics comme les aéroports. Si Sarkozy l’avait proposé lors du mandat précédent, les députés PS s’y seraient vigoureusement opposés. Aujourd’hui, ce sont eux qui le proposent. Comment s’y retrouver ? Beaucoup d’électeurs votant traditionnellement à gauche sont désormais hébétés par tant de renoncements, et pour l’instant en tirent la conclusion qu’il vaut mieux s’abstenir. Nous constatons dans les urnes les effets collatéraux des retournements idéologiques du parti au pouvoir, d’autant plus forts qu’ils n’ont pas débuté avec M. Hollande mais durent depuis fort longtemps, quel que soit le président élu. Dès lors, comment s’étonner que les électeurs soient troublés quand tout est fait pour qu’ils le soient ? Dans ces conditions, le Peuple est devenu méfiant, il ne veut pas participer à des élections qu’il juge sans importance et ne veut pas donner sa confiance à n’importe qui et c’est assez compréhensible.
Dans ce grand marasme et ce grand trouble, où tous les scénarios sont encore possible, nous devons être une force positive, optimiste, convaincante et être une force de proposition. La seule dénonciation de la politique de MM. Hollande et Valls et la nécessaire résistance qu’elle doit entraner ne suffit pas, même si elle doit être organisée avec obstination. Pour remobiliser l’électorat abstentionniste, il importe de lui montrer les voies pour aller vers un avenir meilleur. C’est ce que nous proposons avec notre projet de VIe République et notamment la convocation d’une Assemblée constituante afin que le peuple dans sa pleine souveraineté reprenne ses affaires en main. Cette méthode basée sur l’action populaire est importante car le moyen par lequel on réforme la Constitution préfigure le contenu de la constitution future. C’est ce que fait Jean-Luc Mélenchon avec son Mouvement pour une 6e République (M6R), qui est distinct du Parti de Gauche.
C’est au Peuple, j’entends par là la multitude prenant ses affaires en main à la recherche de l’intérêt général, de décider. Pour ma part, je pense que cette VIe République devra donner des droits nouveaux aux citoyens. J’en cite quelques-uns. Il faut des droits nouveaux dans l’entreprise où les salariés restent dans des rapports de subordination à leurs employeurs. Il faudra inscrire dans la Constitution une règle verte, c’est-à-dire le fait que nous ne pouvons extraire de la planète plus de richesses naturelles qu’elle ne peut reproduire. Ainsi nous pourrions répondre à l’exigence qui est celle de l’humanité tout entière : éteindre la dette écologique engendrée par le capitalisme et le productivisme. Pourquoi aussi ne pas imaginer un vote obligatoire prenant en compte le vote blanc ? Ainsi, si un candidat ne rassemble pas plus de la moitié des électeurs inscrits, son élection n’est pas valide et doit être réorganisée. Cette proposition pourrait créer un cercle vertueux. Plus personne ne pourrait se satisfaire des quartiers populaires où l’abstention atteint parfois 80 % sans que cela dérange. On ne peut pas tolérer que le peuple ne se mêle plus des affaires publiques. Enfin, nous proposons au PG le droit de révocation des élus à partir de la mi-mandat. C’est-à-dire la possibilité pour les citoyens, si un nombre qui reste à fixer le souhaite, de refaire une élection sans attendre l’échéance initialement prévue. Le non-respect des promesses électorales aurait des effets plus importants qu’aujourd’hui. A chaque instant les élus sentiraient la présence exigeante de ceux qui les ont désignés.
Non ! Ceux qui disent ça, sont de biens mauvais, ou bien mal intentionnés, lecteurs du programme du FN et de celui du Front de gauche. Contrairement à nous, le FN ne propose aucune augmentation significative des salaires, il déteste notre proposition d’un écart de salaire ne pouvant être supérieur de 1 à 20, il a critiqué notre proposition d’empêcher la hausse des loyers, il ne propose strictement aucun nouveau droit pour les salariés dans les entreprises et critique violement les organisations syndicales qui sont pourtant si utiles, il ne propose pas d’interdire les licenciements boursiers, il veut faire disparaître l’ISF et ne propose pas de faire une réelle réforme fiscale pour partager les richesses, il piétine la laïcité en organisant des évènements religieux dans les Mairies qu’il contrôle, il veut dérembourser l’IVG supprimant ainsi dans les faits ce droit, il est radicalement anti-écologiste en se déclarant par exemple pro nucléaire et favorable à l’exploitation des gaz de schistes, etc. La liste serait longue encore de nos désaccords, sans parler de la façon détestable qu’ils ont de désigner les étrangers présents sur notre territoire comme responsables du chômage. Le FN reste un adversaire des salariés et des catégories populaires qu’il abuse. Comment faire confiance au FN pour lutter contre le libéralisme quand on sait que ce parti se vantait encore en 2007 durant la campagne présidentielle que son candidat ait rencontré le président américain ultra libéral Ronald Reagan présenté alors par le FN comme "le géant du 20e siècle" ? D’ailleurs longtemps Jean-Marie Le Pen a dit de lui "je suis le Reagan français". C’est gens-là sont donc des escrocs opportunistes, changeant de discours selon les élections.
Allant à l’encontre des intérêts fondamentaux des salariés, il veut se substituer au combat du mouvement ouvrier par une autre grille d’analyse qui consiste à dire en substance aux seuls travailleurs français : "Nous avons davantage d’intérêts commun avec notre patron car il est Français qu’avec notre collègue de travail car il est étranger". En définitive, il brouille le social par l’identitaire. Leur tâche en réalité et de diviser le monde du travail et non de l’unifier en un combat commun pour son émancipation. Cette caractéristique de l’extrême-droite, visant à être une force ayant un discours social pour mieux berner les milieux populaires, était déjà celle de l’extrême droite des années 30. N’oublions pas que "Ni droite, ni gauche, Français !" slogan actuel du Front national était déjà celui du Parti Populaire Français (PPF), organisation fasciste née en 1934 et conduite par Jacques Doriot. Même si beaucoup de choses ont changé, Marine Le Pen revient à la source de l’extrême droite française. Ne soyons pas déstabilisés par le fait que l’extrême droite soit conduite à présent par une femme, par des homosexuels et ait troqué le vieil antisémitisme par un discours violement anti musulman. Hormis cela, les ressorts de l’extrême droite françaises restent les mêmes.
Les ouvriers et les employés composent la majorité de la population active. Il faut continuer à s’adresser à eux et au peuple dans son ensemble, ce que nous faisons. Pour cela il est important de ne pas rester attachés aux vieilles formes du passé. Concernant le FN, j’observe pour ma part plutôt un glissement d’un électorat populaire votant d’habitude à droite vers l’extrême-droite. Le FN fait par ailleurs généralement des résultats significatifs dans certains milieux aisés notamment à Paris ou sur la Côte d’Azur.
Je l’ai déjà dit plus haut, la tâche qui nous attend est de remobiliser le peuple qui est d’abord et avant tout abstentionniste et non acquis aux idées du FN. Il faut reforger dans les esprits les idées de partage des richesses, de solidarité, d’action collective pour satisfaire l’intérêt général et les principes républicains. Notre combat pour une VIe République permet de lier question sociale et question politique.
Pour le reste, soyons lucides. Les organisations de gauche traditionnelles ont subi des échecs terribles lors du 20e siècle notamment après l’effondrement du Mur de Berlin et la crise de la social-démocratie dans le monde.
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