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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

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Léon Blum, si loin du PS d'aujourd'hui et de l'hommage de Cambadélis.

1er-mai-le-parti-socialiste-rend-hommage-leon-blum.jpgJeudi 1er mai, le nouveau Premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis a décidé de rendre hommage à Léon Blum en appelant les militants du PS à se réunir devant sa statue, dans le 11e arrondissement de Paris. Certes, ils ne furent pas très nombreux à répondre à son appel. Mais dans la mesure où Cambadélis , homme intelligent et cultivé formé à bonne école et qui ne fait rien au hasard, a décidé de faire désormais de cette cérémonie un évènement régulier tous les 1er mai (décision assez discutable d’ailleurs car je crains qu’elle ne devienne le prétexte aux militants à ne plus venir le 1er mai manifester avec le reste du mouvement ouvrier) et qu’il a brossé le profil d’un Blum très particulier et très consensuel, il est, je crois, nécessaire de revenir un instant sur tout cela (on pourra lire l’intégralité du discours de « Camba » en cliquant ici).

 

Je dois l’avouer, pour ma part, Léon Blum ne fait pas tout à fait partie de mon panthéon personnel, mais en comparaison avec les dirigeants actuels du PS, il reste une figure honorable du socialisme français. Ce billet n’a pas vocation à revenir sur les détails du Front populaire et ses ambiguïtés, sur la puissante grève générale de qui a suivi la victoire électorale de juin 1936 et qui par sa force imposa de réelle réformes sociales non comprises dans le programme électoral du « Front Pop », sur la façon dont ensuite le gouvernement « désarma » le mouvement social pour permettre au patronat de reprendre la main moins d’un an plus tard, sur la façon dont la République espagnole agressée par les fascistes fut abandonnée, etc.

Je voudrais surtout réagir, en livrant quelques citations, à ce qui est au cœur de l’hommage de Cambadélis qu’il présente ainsi : « Nous sommes là pour saluer et honorer la mémoire de Léon Blum. Pour son rapport au réel, pour son apport au socialisme réformiste, pour son rappel incessant à l’unité et pour son appel au rêve européen éveillé. »

Pour Cambadélis, Léon Blum serait un infatigable défenseur de l’unité de la SFIO. Hum ! Au vu de l’Histoire cela se discute franchement. Je rappelle que lors du célèbre congrès de Tours (27 décembre 1920), Blum s’est rangé dans la minorité scissionniste qui s’est opposée à l’adhésion à la IIIe Internationale, pourtant décidée majoritairement par les délégués. Le discours que fait alors Blum est resté célèbre pour la formule par laquelle ce dernier prend acte de la division de la SFIO : « Nous sommes convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. » Mais avant d’entamer sa conclusion par ces mots, Blum a longuement argumenté pour démontrer que les minoritaires sont les véritables dépositaires de la doctrine socialiste. Donc ce dernier, quand il le jugeait nécessaire, pour défendre ce qu’il croyait juste et son idéal socialiste a su rompre avec son parti. Ce n’est pas vraiment l’exemple que Cambadélis voulait souligner dans le contexte actuel. De plus, certes on peut qualifier Léon Blum de « réformiste » mais j’invite chacun à ne pas se méprendre sur ce terme. Si l’on compare les propos de Blum avec ce que nous disons aujourd’hui on trouvera les formules du Front de Gauche bien tièdes. Enfin, le « Blum européen » de Cambadélis me semble un bel anachronisme. Le discours "européen" de Blum en 1948 s'inscrit dans le contexte du plan Marshall et de la création de l'OECE, condition mise par les Etats-Unis à la distribution de l'aide financière. C'est donc plus d'un Blum atlantiste que d'un Blum européen qu'il s'agit sans doute. La CECA et le rapprochement franco-allemand ne viendront que l'année suivante. Gara à l’instrumentalisation de l’Histoire. Même le Blum de 1946, qui vient pourtant de publier le  très révisionniste "A l'échelle humaine", proclame encore à la tribune du congrès socialiste pour se défendre face à Guy Mollet : "Nous sommes le parti socialiste et notre objet est la transformation révolutionnaire de la structure sociale, c'est-à-dire du régime de la production et de la propriété." On est décidemment très loin de MM. Valls, Hollande et Cambadélis quoi qu’ils en disent…

Pour que chacun comprenne l’esprit véritable des positions de Léon Blum , sur la parti, sur la légalité, sur la révolution... etc. qu'il défend lors du congrès de Tours, je publie ici quelques extraits de son discours :

En défense de la tradition d’un parti de masse

blum1.jpg« Comme le disaient Marx et Engels dans le Manifeste communiste en l’appliquant au vrai Parti communiste, au Parti communiste d’autrefois (c’est-à-dire La Ligue des communistes de 1847), le socialisme n’est pas un parti en face d’autres partis. Il est la classe ouvrière toute entière. Son objet, c’est de rassembler, par leur communauté de classe, les travailleurs de tous les pays. »

Sur le rapport des socialistes à la légalité

« Il n’y a pas un seul socialiste qui consente à se laisser enfermer dans la légalité. »

Sur la révolution

« Un système socialiste se juge avant tout à sa conception révolutionnaire, parce que la conception révolutionnaire est l’essence de toute doctrine socialiste.  (…)

Le débat n’est pas entre la conception réformiste et la conception révolutionnaire, mais entre deux conceptions révolutionnaires qui, en effet, sont radicalement et essentiellement différentes l’une de l’autre. (…)

Je ne connais pas deux espèces de socialisme, dont l’une serait révolutionnaire et dont l’autre ne le serait pas. Je ne connais qu’un socialisme, le socialisme révolutionnaire, puisque le socialisme est un mouvement d’idée et d’action qui mène à une transformation totale du régime de la propriété, et que la révolution c’est, par définition, cette transformation même. (…)

Révolution, cela signifie pour le socialisme traditionnel français : transformation d’un régime économique fondé sur la propriété privée en un régime fondé sur la propriété collective et commune, voilà, ce que cela veut dire. C’est cette transformation qui est par elle-même la révolution, et c’est elle seule, indépendamment de tous les moyens quelconques qui seront appliqués pour arriver à ce résultat. »

Sur les acquis des réformes et la révolution

« Les progrès de la révolution sont parallèles avec l’évolution de la société capitaliste. La transformation sera donc nécessairement préparée par des modifications insensibles que subit la société capitaliste. Mais l’idée révolutionnaire comporte, à notre avis à tous, je crois, ceci : qu’en dépit de ce parallélisme, le passage de l’état de propriété à un autre ne se fera pas par la modification insensible et par l’évolution continue, mais qu’à un moment donné, quand on sera venu à la question essentielle, au régime même de la propriété, quels que soient les changements et les atténuations qu’on aura préalablement obtenus, il faudra une rupture de continuité, un changement absolu catégorique. »

La conquête révolutionnaire du pouvoir

« Nous pensons, nous socialistes, que la transformation révolutionnaire de la propriété ne peut s’accomplir que lorsque nous aurons conquis le pouvoir politique.

On m’invite à dissiper un malentendu. (…) La conquête des pouvoirs publics, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie : prise de l’autorité centrale qui, actuellement, s’appelle l’Etat, par n’importe quels moyens, sans que ni les moyens légaux ni les moyens illégaux soient exclus. C’est la pensée socialiste. (…)

Notre formule à tous est cette formule de Guesde, que Bracke me répétait il y a quelque temps : « Par tous les moyens, y compris les moyens légaux. »

La place des réformes dans la transformation révolutionnaire

« Et les réformes mêmes, (…) si elles servent à accroître, à consolider les emprises de la classe ouvrière sur la société capitaliste, si elles lui donnent plus d’allant et de courage, si elles aiguisent son ardeur militante, les réformes aussi, prises dans ce sens, sont révolutionnaires. »

Enfin, je garde ce qui est pour moi, le meilleur pour la fin. Il est de bon ton de la part de certains responsables du PS d’expliquer que Léon Blum « visionnaire » avait compris dès 1920, en dénonçant la « dictature du prolétariat », que la Révolution Russe allait dégénérer dans le stalinisme. Bla, bla, bla… Rien n’est plus faux. En 1920, tous les délégués du Congrès se réclament de la dictature du prolétariat et ils le disent, y compris Blum.  Curieusement, Jean-Christophe Cambadélis ne cite plus ce Léon Blum là :

La dictature du prolétariat

131089_1.JPG« Je veux parler de la question de la dictature du prolétariat. Nous en sommes partisans. Là aussi nul désaccord de principe. Nous en sommes si bien partisans que la notion et la théorie de la dictature du prolétariat ont été insérés par nous dans un programme qui était un programme électoral. Nous n’avons donc pas peur ni du mot, ni de la chose.

J’ajoute que, pour ma part, je ne pense pas, bien que Marx l’ait écrit, (…) que la dictature du prolétariat soit tenue de conserver une forme démocratique. Je crois impossible, d’abord comme on l’a tant répété, de concevoir d’avance et avec précision, quelle forme revêtirait une telle dictature, car l’essence même d’une dictature est la suppression de toute forme préalable et de toute prescription constitutionnelles. (…)

Où est par conséquent le désaccord ? Il n’est pas non plus dans le fait que la dictature du prolétariat soit exercée par un parti. En fait, en Russie, la dictature n’est pas exercée par les Soviets, mais par le Parti communiste lui-même. Nous avons toujours pensé en France que demain, après la prise du pouvoir, la dictature du prolétariat serait exercée par les groupes du Parti socialistes lui-même, devenant en vertu d’une fiction à laquelle nous acquiesçons tous, le représentant du prolétariat tout entier. La différence tient, comme je vous l’ai dit, à nos divergences sur l’organisation et sur la conception révolutionnaire. Dictature exercée par le parti, oui, mais par un parti organisé comme le nôtre, et non pas comme le vôtre. »

Par: Alexis CORBIERE.

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