Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
citoyen18.overblog.com

La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publicité

Mory-Ducros ne sauvera même pas 2.000 emplois.

Sur les 5 000 salariés et 2 000 sous-traitants du transporteur routier placé en redressement judiciaire fin novembre, seuls 1 750 emplois devraient être sauvés. Le seul repreneur crédible est l'actuel propriétaire, qui semble être le roi du jeu de dupes. « C’est encore plus catastrophique que prévu. C’est une claque », s'alarme un syndicaliste.

 

Le coup de frein est tellement brutal qu’il risque fort de provoquer une sortie de route. Jeudi, les syndicats du transporteur Mory Ducros, en redressement judiciaire depuis le 26 novembre, ont appris que l’avenir de leur entreprise va très certainement passer par 3 200 licenciements. Aujourd’hui, la société compte plus de 5 000 salariés. On savait, depuis début janvier que, sur les quatre repreneurs qui se sont manifestés auprès du tribunal de commerce de Pontoise (Val d’Oise), seul l’actuel propriétaire, le fonds d’investissement Arcole, propose un plan de reprise national.

En comité d’entreprise (CE), les syndicats se sont vus signifier par l’administrateur judiciaire, en présence du directeur des ressources humaines, que ce plan prévoit de ne reprendre que 1 750 salariés (auxquels il faut ajouter 150 salariés de filiales annexes). Et qu’il ne mentionne même pas les 2 000 sous-traitants actuellement employés. Les trois autres offres ne dépassaient pas la dimension régionale et ne prévoyaient pas de reprendre plus de 500 salariés. On est très loin des 3 000 emplois que les syndicats espéraient voir sauvés dans le plan qu’ils ont tenté de concocter, avant de jeter l’éponge.

La nouvelle est tombée le jour où on a appris que La Redoute prévoyait près de 1 200 suppressions de postes, dont environ 700 licenciements secs. Chez Mory, les conséquences seront pires. « Sur les 85 agences réparties sur tout le territoire, il est prévu d’en fermer presque 45. C’est encore plus catastrophique que prévu. C’est une claque », commente Martial Brancourt, le représentant de la CGT au CE. Certes, personne ne s’attendait à un miracle. Comme nous l’avons détaillé fin novembre, la situation du secteur de la messagerie (le transport de colis par la route) est très mauvais.

Numéro deux du secteur, Mory Ducros a perdu 79,5 millions d'euros en 2012, et les dettes se creusent de 5 millions par mois. « Tout le secteur est en surcapacité, rappelle Denis Jean-Baptiste, le secrétaire CFDT du comité d’entreprise. Ce sont les clients qui mènent la danse. Non seulement, ils n’acceptent pas d’augmentation de prix, mais ils les font même baisser, de 10 %, 20 %, voir 30 % parfois ! » Résultat : « Nos concurrents ne se pressent pas pour faire des offres. Au contraire : tout le monde attend qu’on tombe pour ramasser les restes. Nos 600 millions de chiffre d’affaires, c’est une manne pour eux. »

Le tribunal de commerce, qui a placé le transporteur en redressement judiciaire pour six mois, a fixé au 31 janvier l'audience où il se prononcera sur les offres de reprise. D’ici là, les différents repreneurs peuvent théoriquement s’entendre pour améliorer les offres. Ce qui a fort peu de chances d’arriver. « Une seule offre sérieuse est déposée, comment voulez-vous qu’on les oblige à faire mieux ?, s’interroge un syndicaliste. La réalité est ce qu’elle est, on n’a pas le choix si on veut sauver nos 1 750 bonhommes. Tout le monde, même l’État, est dos au mur. »  

De son côté, Arcole Industries, filiale du groupe Caravelle, spécialiste de la reprise d’entreprises en difficulté, s’affiche sereine. « Cette offre prévoit la reprise d'un réseau sur un périmètre national et la sauvegarde d'un nombre significatif d'emplois », a indiqué l’entreprise dans un communiqué. Dès le dépôt de bilan, elle avait indiqué plancher sur la définition d'un « sous-ensemble viable ». Mais pour maintenir son offre, l’entreprise pose ses conditions. Qui font s’étrangler les représentants syndicaux.

Ainsi, au titre des clauses suspensives, Arcole demande que l’entreprise conserve au moins 80 % de son chiffre d’affaires actuel, ce que les salariés estiment très difficile, au vu de la conjoncture. Surtout, elle exige que les salariés s’abstiennent de toute mobilisation sociale d’ici au 31 janvier. « Inadmissible, une prise d’otage des salariés, lâche Martial Brancourt, de la CGT. Ils peuvent demander ce qu’ils veulent, ils n’ont qu’à prendre leurs responsabilités, et nous prendrons les nôtres. Ils avancent leurs points tout doucement, petit à petit, en espérant que nous allons tout accepter. » Dans un tract, son syndicat parle de « foutage de gueule » : « Les salariés licenciés devront se faire virer en fermant leur gueule. »

« Cela ressemble un peu trop à du maquillage »

L’amertume est forte vis-à-vis d’Arcole, qui se propose fort bizarrement de reprendre, contre une dizaine de millions d’euros seulement, une entreprise dont elle est déjà l’actionnaire. Sous peine de voir tout le monde à la rue, le tribunal devra valider cet arrangement baroque, qui n’est que le dernier en date d’une suite d’étranges tours de passe-passe effectués par l’entreprise.

Les syndicats rappellent en effet à qui veut l’entendre qu’en 2010, lorsque Caravelle a repris à Deutsche Post DHL, devenue ensuite Ducros Express, l’entreprise allemande a injecté 265 millions d’euros dans les comptes. Puis que, lors de la reprise de Mory Team, qui a précédé la fusion et la création de l’entité Mory Ducros, fin 2012, Caravelle avait promis d’investir 44 millions d’euros. « Mais cet argent n’a jamais été dépensé et a disparu de la table lorsque Caravelle a créé Arcole Industrie, un faux nez chargé de gérer Mory Ducros », assure la CFDT, qui a rédigé une lettre ouverte cinglante à la direction, fin novembre.

« Tout cela ressemble un peu trop à du maquillage, s’indigne Denis Jean-Baptiste, le secrétaire du CE. On dégraisse la boîte sur le dos de la collectivité, c’est parfaitement immoral. » Le placement en redressement judiciaire de l’entreprise permet aussi à son propriétaire de ne pas payer directement les licenciements, puisque c’est l’AGS, fonds public financé par une cotisation patronale, qui avancera les frais, en attendant d'être remboursé quand l'entreprise ira mieux ou qu'elle sera liquidée.

De plus, Arcole entend bien bénéficier d’un soutien financier de l'État, puisque la société assure dans son communiqué que « les pouvoirs publics travaillent à la mise en place de financements complémentaires (…) pour assurer la solidité financière de la reprise ». De quoi s'interroger fortement, lorsqu'on lit que Caravelle va investir plus de 100 millions d'euros pour devenir actionnaire majoritaire des villages de vacances Belanbra, et qu'une vente d'actions devrait lui rapporter la coquette somme de 136 millions d'euros.

L’État a, c’est vrai, rappelé qu’il « entend mettre en œuvre, en lien avec les partenaires sociaux, un dispositif spécifique exceptionnel pour permettre à chacun des salariés dont l’emploi serait supprimé au terme de cette procédure de retrouver un emploi au plus vite ». Une cellule de reclassement dont le coût pourrait dépasser les dix millions d’euros. Pour le reste, il est peu probable que le gouvernement consente à investir lourdement dans un secteur sinistré. En novembre, Bercy indiquait que Mory Ducros pourrait bénéficier d’un prêt de plusieurs dizaines de millions d’euros octroyés par le « fonds de résistance économique », pour peu qu’il bénéficie d’« un projet de reprise solide ». Cette possibilité n’est plus à l’ordre du jour. Un conseiller ministériel a déclaré au Monde que « ce fonds n'a pas vocation à renflouer des boîtes dont on ne sait pas quel sera l'avenir dans trois mois ».

Le prochain lot de mauvaises nouvelles devrait tomber mercredi 15 janvier, lors de la prochaine réunion du CE. L’administrateur judiciaire devrait dévoiler la liste des sites qui fermeront, un peu partout en France. « Je crains l’explosion sociale sur les sites concernés, glisse Denis Jean-Baptiste. Les gars n’auront plus rien à perdre. D’un autre côté, si la direction ne donne pas de précisions, c’est toutes les agences qui risquent de débrayer, par peur d’être sur la liste. »

Par Dan Israel.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article