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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Trois mots sur Thatcher.

A la manière de Ken Loach qui expliquait que celle qui félicitait Pinochet et traitait Mandela de terroriste méritait des obsèques à son image, à savoir faites par une entreprise privée ayant répondu au prix le plus bas à un appel d’offres lancé pour l’occasion, l’auteur de cet article avait proposé qu’on applique à elle-même les théories et mesures qu’elle avait mises en oeuvre pour les autres

Je veux montrer ce qu’elle couvre. « On ne dit pas de mal des morts ». Surtout si ce sont des femmes, ont précisé certains. Exquise délicatesse ! Pourtant la même réserve ne s’était pas notée au décès d’Hugo Chavez. Certains ont même fait des remarques sur l’état de son cadavre, comme je viens de le rappeler. Donc le respect dû aux morts devrait nous faire oublier qui était cette brave dame ? Il ne faut pas y compter de ma part. Pour moi, avant tout, elle est l’amie publique du général Pinochet, l’ignoble dictateur chilien qui fit torturer et massacrer trois mille des nôtres.

Elle le remercia pour son action et elle le choya tout au long de sa vie. Cela seul suffirait pour aller cracher sur sa tombe. Les mêmes commentateurs qui revenaient tous les trente secondes sur la présence d’Ahmadinejad aux obsèques de Chavez passent pudiquement en silence sur cette amitié pourtant publiquement assumée. L’ignominie de la madame ne s’arrête pas là. Faut-il rappeler que cette femme considérait l’ANC de Nelson Mandela comme une « organisation terroriste » ? Faut-il oublier qu’elle soutenait le pouvoir en place pendant le régime d’apartheid ? Doit-on oublier son agression contre les Malouines argentines ? Faudrait-il saluer sa complicité politique avec ce crétin borné de Ronald Reagan qui fit descendre de leur tour de contrôle, les fers aux pieds, les contrôleurs aériens en grève ? Non pas question. La lutte continue dans les cimetières, c’est la leçon des funérailles de Chavez ! La dame est surtout la fondatrice de la politique ultra-libérale qui est en train de détruire l’Europe et qu’elle pratiqua avec une férocité d’illuminée pendant onze longues années dans son pays qu’elle dévasta. Faut-il rappeler qu’elle a laissé mourir le prisonnier républicain irlandais Bobby Sands après soixante-six jours de grève de la faim ? Le 5 mai prochain sera aussi l’anniversaire de ce meurtre. Face aux oublieux et pleurnicheur de commande j’ai décidé de me souvenir avec rancune et malédictions de ce qu’elle a fait aux mineurs anglais. Fermant les mines « pour l’exemple » elle décida d’affronter le secteur le plus organisé de la classe ouvrière anglaise. Des milliers de mineurs grévistes furent alors sauvagement maltraités, leurs piquets de grève violemment brisés par la police qui les pourchassait jusque dans les bois alentours. Et ce n’était là qu’un premier pas dans la longue entreprise de démolition des syndicats qui lui servait de feuille de route : elle considérait les charbonnages comme une répétition générale de son projet politique. Elle voulait en faire un exemple. En s’attaquant au secteur dans lequel le syndicat était réputé invincible, elle voulait montrer que rien ne devait résister à la loi libérale. Tout cela pour qu’aujourd’hui la Grande Bretagne importe une grande partie du charbon dont elle a besoin ! Croit-on que les Anglais se réjouissent des privatisations, de la suppression des aides sociales, de la dévastation du système de santé qui sont la grande œuvre de Thatcher ?J’accompagnais des amis anglais, conservateurs bon teint, qui inscrivaient leurs enfants dans l’école publique du village. Je fus décontenancé de voir des parents sortir de leur portefeuille des billets de cinq livres et les donner à tel ou tel membre du personnel de l’école. De quelles mystérieuses transactions s’agissait-il ?

Des coupes sombres – et même claires – ayant sérieusement affecté l’enseignement (je ne parle même pas de la suppression de la pinte de lait quotidienne par Thatcher quand elle avait été ministre de l’Éducation et des Sciences au début des années soixante-dix), les écoles durent trouver de nouvelles ressources. D’où, dans cette école comme dans d’autres, la création de clubs de toutes sortes (photo, football, philatélie, aéromodélisme etc.) que les enfants ne pouvaient fréquenter que contre espèces sonnantes et trébuchantes. Comme je me trouvais dans un environnement bourgeois et de droite, je n’entendis aucune récrimination parentale.

Le mythe fondateur de Maggie, c’est sûrement le père qui, épicier et brièvement maire de sa ville, fut le premier membre de la famille à sortir de la condition ouvrière. Sans oublier non plus l’humiliation qu’elle put connaître alors que, étudiante, elle fréquenta un jeune de la haute société. La famille du joli cœur refusa de la recevoir.

Intellectuellement, Thatcher fut un mélange d’idéologie dure et de pragmatisme débridé. Le credo de toute son existence est connu : « la société, ça n’existe pas » (There is no such thing as society), sauf, bien entendu, lorsqu’elle reçut diverses bourses durant toute sa scolarité et qu’elle bénéficia, à partir de 1945, de la gratuité totale des soins. Dans le domaine religieux, elle abandonna le méthodisme rigoriste et très petite-bourgeoisie de ses parents pour l’anglicanisme plus établi et plus chic de son riche mari divorcé. Comme parlementaire chevronnée, Thatcher fut une artiste en matière de négociations et de compromis.

Lorsqu’elle parvient au 10 Downing Street, elle rompt avec le consensus d’après-guerre, connu pour les Britanniques sous le nom de “ Butskellism ” , mot-valise forgé à partir de Butler (conservateur progressiste) et Gaitskell (travailliste modéré). L’héritage d’un État providence accepté par la droite, Thatcher va le refuser. En détruisant ce qui coûte et en privatisant ce qui rapporte. À Leeds, pour ne donner que cet exemple, j’ai assisté à une révolution dans les transports publics. Du jour au lendemain, la régie municipale dut laisser la place à des compagnies privées. On vit alors trente sociétés se battre pour le centre de la ville tandis que les quartiers périphériques étaient délaissés. La jungle libérale dans toute sa splendeur.

Par diverses lois et par le naufrage des industries traditionnelles, Thatcher affaiblit un syndicalisme jusqu’alors puissant, et elle insulta la dignité et l’intelligence de la classe ouvrière en criminalisant sa résistance. Comme son modèle Churchill dans l’entre-deux-guerres. Elle développa un discours idéaliste sur la réussite par l’effort, la prééminence de la famille (la sienne n’eut rien d’exemplaire) et de la propriété privée. Elle s’aligna sur les États-Unis reaganiens, fut hostile à l’Europe tout en sachant très subtilement exploiter les contradictions entre la France et l’Allemagne. Elle glorifia les valeurs de décence (sauf pour faire mourir Bobby Sands à petit feu) et de parcimonie, alors qu’autour d’elle ce ne fut qu’enrichissement fulgurant et corruption. Durant son règne de onze ans, la société britannique devint de plus en plus clivée et violente. Dans ce pays où l’on ne prenait pas forcément garde de fermer la porte à clé quand on partait de chez soi, toutes les habitations furent munies d’alarmes. Uni, le royaume devint désuni, avec des régions partant à la dérive et des millions de chômeurs et de précaires qui ne pouvaient plus se payer un morceau de viande. Les familles se décomposèrent. Je n’en mettrais pas ma main au feu, mais je pense qu’il n’est pas totalement fortuit que les deux grands drames footballistiques des années 1980 (Le Heysel et Sheffield, 140 morts en tout) impliquèrent des équipes anglaises. Le symptôme de maux très profonds.

Pour masquer les dégâts, en particulier ceux concernant les chômeurs, les services de Thatcher inventèrent quatorze (14 !) manières successives de les compter. Preuve que la fille d’épicier pouvait faire dire aux chiffres ce qu’elle voulait. Le nombre des Britanniques propriétaires de leurs maisons augmenta substantiellement, tandis que celui des actionnaires tripla. Tout comme le nombre des familles vivant en dessous du seuil de pauvreté. Les plus pauvres virent leurs revenus baisser de 10% en dix ans ; ceux des plus riches augmentèrent de 60% dans le même temps.

Thatcher citait son père à tout bout de champ, se servant de son enseignement dans ses discours sur la moralité, mais elle ne lui rendait jamais visite. Elle n’a jamais rien dit de sa mère, décédée en 1960, sauf pour mentionner qu’elle lui avait appris à repasser les chemises de son futur mari...

Lorsque son Alzheimer fut rendu public, je fis la proposition suivante dans les colonnes de je ne sais plus quel site de gauche : on prend la Maggie, on la plante toute seule à Piccadilly Circus et là, au nom du libéralisme, de la philosophie de Hayek, de sa propre philosophie, on la laisse se débrouiller.

Je reçus une bordée d’insultes.

Le Front national de Marine Le Pen ne réussit pas toujours à cacher son identité. L’antilibéralisme de façade, pour exploiter et détourner la colère des travailleurs, est vite démasqué.

Ainsi le FN vient d’expédier au Parti conservateur britannique un message de condoléances à l’occasion de la mort de Margaret Thatcher : « … Le FN salue la mémoire d’une dirigeante de conviction profondément attachée à la souveraineté de son pays et adversaire résolue de l’Europe fédérale ».

Pas besoin de rappeler que Thatcher a été l’ennemie la plus résolue de la classe ouvrière britannique, la destructrice méthodique de ses acquis sociaux, qu’elle a été la destructrice zélée de l’industrie nationale (« souveraineté » ?) mais la libératrice zélée, avec les USA et l’UE, de la finance internationale qui ponctionne les richesses des travailleurs, qu’elle a été l’amie des régimes fascistes de l’Apartheid ou du Chili et d’ailleurs.

Marine Le Pen se voit-elle devenir une Thatcher à la française ? 

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