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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Santé

En 2012, François Hollande a aussi été élu sur une promesse de redressement des finances publiques. Qui s’en souvient ? Début septembre, la ministre de la santé fanfaronnait en présentant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017 : « L’histoire de ce quinquennat, c’est la fin des déficits sociaux », déclarait-elle aux Échos. Le plan de communication n’ayant pas pris, Marisol Touraine a donc fait plus sobre à l’ouverture des débats sur le projet de loi, mardi 25 octobre, devant un hémicycle atone, même pas hostile : « Notre Sécurité sociale était grevée par les déficits. Nous l’avons redressée, année après année. Elle avait été affaiblie par des années de renoncements, de reculs sur les droits sociaux, nous l’avons modernisée. »

Le bilan comptable est bon, en effet : malgré la crise économique, le régime général – qui comprend les branches maladie, retraite, famille et accidents du travail – doit presque revenir à l’équilibre en 2017, à – 400 millions d’euros. Il faut cependant y ajouter le déficit de moins 3,8 milliards d’euros du Fonds de solidarité vieillesse (FSV), qui finance le minimum vieillesse. Et surtout ne pas perdre de vue les 160 milliards d’euros de dette sociale accumulée, pris en charge chaque année par la Caisse d’amortissement de la dette sociale. Mais c’est un fait, les comptes sociaux n’ont jamais été aussi équilibrés en France depuis très longtemps, ainsi que le montre le graphique ci-dessous.

 

Ondam = Objectif national de dépenses d’assurance maladie Ondam = Objectif national de dépenses d’assurance maladie

Hélas, ce récit comptable d’une Sécurité sociale « sauvée » est en profond décalage avec le vécu des Français et des professionnels de santé. Car les sources du « redressement », selon le mot de Marisol Touraine, sont surtout des mesures d’économies : la réforme des retraites, la modulation des allocations familiales selon les ressources… Pour l’assurance maladie, le gouvernement a resserré comme jamais l’enveloppe financière dédiée à la santé : l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) n’a progressé que de 1,8 % en 2016. L’étreinte se desserre un peu en 2017, à + 2,1 %. Mais c’est un trompe-l’œil, car la croissance « tendancielle » des dépenses sera très forte l’année prochaine, selon le Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie : + 4,3 %, en raison du vieillissement de la population, des progrès techniques, de l’arrivée de médicaments très coûteux, des augmentations de tarif accordées aux médecins libéraux et de la hausse du point d’indice dans la fonction publique hospitalière.

Les agents hospitaliers ont bénéficié, comme tous les fonctionnaires, d’une hausse du point d’indice de 1,2 %, après un gel de six ans. Ces mesures salariales ont un coût pour l’hôpital de 700 millions d’euros. Et ce qui a été donné d’une main se reprend de l’autre : l’hôpital se retrouve en 2017 face à une montagne d’1,5 milliard d’euros d’économies à faire. Officiellement, il doit « optimiser ses dépenses et ses achats », procéder à des « mutualisations » au sein des groupements hospitaliers de territoire, en cours de constitution. Mais personne n’est dupe, lorsque la masse salariale représente 60 à 85 % des dépenses de l’hôpital : un nouvel effort de productivité sera réclamé aux agents hospitaliers, dégradant encore leurs conditions de travail.

Leur augmentation de salaire est décidément cher payée, car ils vont aussi perdre en possibilités de formation continue. C’est la dernière trouvaille budgétaire d’un PLFSS toujours très créatif : les réserves de l’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH) sont siphonnées à hauteur de 300 millions d’euros, notamment pour abonder le fonds de modernisation des établissements de santé, préalablement gelé pour équilibrer l’Ondam 2016… L’ANFH est pourtant financé par une contribution de tous les établissements publics. « La quasi-totalité de nos réserves est ponctionnée. Le ministère considère que cela n’aura pas de répercussions, mais c’est faux », prévient son président au titre de la Fédération hospitalière de France, Alain Michel. « Nous ne pourrons pas financer les études promotionnelles de nombreux agents, qui permettent à des aides-soignantes de devenir infirmières, à des infirmières de devenir infirmières anesthésistes », explique Luc Delrue, vice-président au titre du syndicat FO.

Mais la solidarité nationale n’a pas reculé, comme l’a rappelé Marisol Touraine aux députés : il n’y a pas eu « un seul déremboursement économique, aucune nouvelle franchise, aucun nouveau forfait. Au contraire, nous avons inversé la vapeur ». La part des dépenses prise en charge par la Sécurité sociale a en effet augmenté entre 2011 et 2015, passant de 77,1 à 78,2 %. La part des dépenses prise en charge par les complémentaires a au contraire baissé, passant de 13,6 % à 13,3 %, comme celles payées directement de leur poche par les Français (8,4 %). Mais là encore, ce bilan bien réel est en contradiction avec l’expérience quotidienne des Français, car la Sécurité sociale concentre de plus en plus ses dépenses sur les Français les plus malades, ceux qui sont en affection longue durée (ALD), pris en charge à 100 % par l’assurance maladie.

Par Caroline Coq-Chodorge et MEDIAPART.

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Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Ecologie.

 

Le quinquennat de François Hollande a été marqué par l’émergence et la multiplication de mouvements contestant la pertinence de certains grands projets d’infrastructures : l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes bien sûr, mais aussi le barrage de Sivens (Tarn), le village artificiel de Roybon (Isère), le méga centre commercial Europacity en région parisienne, la décharge industrielle de Nonant-le-Pin en Normandie, ou encore la ligne grande vitesse entre Lyon et Turin. Où en sont ces projets ? Les occupations et les recours en justice ont-ils réussi à les remettre en cause, à susciter un véritable débat sur leurs pertinences, ou non, au vu de leurs coûts et des pollutions et destructions qu’ils induisent ?

Ce 26 octobre, les mouvements opposés aux grands projets jugés inutiles et polluants, commémoreront la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, tué il y a deux ans par une grenade offensive sur le chantier du barrage de Sivens, dans le Tarn. Parallèlement, ces mêmes mouvements se préparent à une éventuelle évacuation de la « zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, qui fait obstacle à la construction d’un nouvel aéroport international. L’occasion de faire le point sur les grands projets contestés qui ont défrayé la chronique pendant le quinquennat de François Hollande.

 

 

Situé à 17 km au nord-ouest de Nantes et à 80 km de Rennes, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes défraie la chronique depuis plusieurs années. Initié en 1968, le projet est ensuite rangé dans un carton pour cause de crise pétrolière... pour être relancé trente ans plus tard, afin de remplacer l’aéroport de Nantes, jugé trop étroit. En février 2008, le projet est déclaré « d’utilité publique » et l’État confie au groupe de BTP Vinci la construction et la gestion – pour 55 ans – de ce futur aéroport. La mobilisation locale se relance et une association, l’Acipa, fédère agriculteurs, élus locaux et citoyens opposés au projet [1]. Des militants écologistes ou libertaires décident de venir vivre sur la « zone d’aménagement différée » – périmètre sur lequel doit être bâti l’aéroport – qu’ils rebaptisent « zone à défendre » (zad).

À l’automne 2012, l’État tente de faire évacuer la « zad » pour lancer les travaux. Les forces de l’ordre se heurtent à une très forte résistance. Elles sont obligées de renoncer à reprendre la « zad » après plusieurs semaines de violences. Sur place, les liens se resserrent entre opposants et de nombreux projets alternatifs voient le jour sur ses 1200 hectares de champs, de bocages et de bois : boulangeries, semailles, constructions, occupations des fermes abandonnées, friperie, ateliers de réparation agricoles.... le tout géré collectivement, au sein de diverses assemblées qui vivent et expérimentent une démocratie directe. De 100 à 300 personnes occupent désormais la zad en permanence, dont huit agriculteurs qui refusent leur expropriation.

Début 2016, quelques semaines après la conférence sur le climat, les agriculteurs demeurant sur la zad sont sommés d’évacuer leurs fermes. Un mois plus tard, des dizaines de milliers de personnes, venues de tout le pays se retrouvent à Notre-Dame-des-Landes, là où les travaux sont censés commencer deux semaines plus tard. Pour tenter de sortir de l’ornière, François Hollande lance une consultation, qui se déroule fin juin. Le « oui » l’emporte à 55% avec une participation de 51%. Mais les opposants dénoncent le périmètre restreint du référendum : seuls les habitants de Loire-Atlantique ont voté alors que deux autres départements – Ile-et-Vilaine et Morbihan – sont directement concernés. Ils annoncent la poursuite de l’occupation.

Alors que les travaux sont promis pour l’automne, et que les menaces d’expulsion planent à nouveau sur la zad, une nouvelle manifestation d’envergure s’est déroulée les 8 et 9 octobre dans le bocage nantais. 40 000 personnes ont défilé au « chant du bâton ». « Celles et ceux qui habitent et cultivent la Zad ne la quitteront pas ! Il n’y aura jamais d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ! » préviennent les opposants. En cas d’évacuation par la force, les comités de soutien créés dans toute la France annoncent des blocages, avec des centaines de tracteurs en renfort. Les syndicalistes CGT du groupe Vinci et ceux de l’aéroport de Nantes Atlantique ont également annoncé qu’ils se mobiliseraient en cas d’intervention policière.

 

Couverture

C’est un vieux projet de retenue d’eau, envisagé depuis 1989. Il est porté par le Conseil général et la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG). Le 2 octobre 2013, la préfecture du Tarn prend un arrêté de déclaration publique. Les 1,5 millions de m3 d’eau retenus, sur deux kilomètres de long pour 250 mètres de large, permettraient d’irriguer plus de 300 hectares de cultures alentour. Pour les opposants, ce projet, qui va submerger 30 hectares de zones humides, est un « réservoir d’eau à 25 maïsiculteurs pour leur arrosage ». Alors que l’ouvrage, dont le coût est estimé à 20 millions d’euros sur 29 ans, est intégralement financé sur fonds publics, il bénéficiera principalement à des exploitants privés.

Devant le démarrage imminent des travaux, une zone à défendre est établie le 23 octobre 2013 par le Collectif « Tant qu’il y aura des bouilles ». L’occupation permet de repousser les opérations de défrichement pendant plus d’un an. Les travaux démarrent finalement le 1er septembre 2014 sous présence policière, malgré les manifestations. Rémi Fraisse, militant écologiste, est tué dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 par une grenade offensive lancée par un gendarme. La mort de ce jeune manifestant marque l’arrêt du chantier. Elle est concomitante de la publication du rapport des experts nommés par le ministère de l’Écologie qui étrillent un projet « médiocre » (projet surdimensionné, bénéficiant à peu d’agriculteurs, faiblesse de l’étude environnementale…). Des arguments développés depuis des mois par les opposants à la construction du barrage. Le 6 mars 2015, alors que le Conseil général du Tarn vote le redimensionnement du projet, la Zad est évacuée.

Finalement, la justice donne raison aux opposants le 1er juillet 2016. Le tribunal administratif de Toulouse annule trois arrêtés fondateurs du premier projet de barrage de Sivens – relatifs à la déclaration d’utilité publique, à la destruction des espèces protégées et à l’autorisation de défrichement. En clair, les travaux entrepris étaient juridiquement illégaux, les occupants avaient donc toute la légitimité pour protéger la zone humide. Saluant ces décisions, la famille de Rémi Fraisse dit constater « avec douleur que si les recours administratifs et le dialogue environnemental avaient été respectés, les travaux n’auraient pas démarré et cette tragédie ne serait jamais arrivée ». Ces annulations compliquent par ailleurs le projet de nouveau barrage redimensionné car il doit se fonder sur une nouvelle déclaration d’utilité publique et une nouvelle enquête publique. Les opposants continuent de faire valoir d’autres voies alternatives pour alimenter en eau les terres agricoles alentour.

Par: , Simon Gouin, Sophie Chapelle

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Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Dossier-Débat

La perspective de la destruction du bidonville de Calais a fait fuir certains de ses occupants. Alors que la « jungle » partait en fumée mercredi 26 octobre, plusieurs centaines d’exilés avaient disparu des radars. Quelques-uns sont allés dans des squats aux alentours, d’autres sont revenus à Paris.

L'un a quitté Calais parce qu’il n’entendait pas renoncer à son rêve d’Angleterre, l’autre par manque d’information parce que personne ne lui avait dit que le démantèlement du bidonville serait accompagné d’une « mise à l’abri » de ses habitants.

Mohamed et Rhalid font partie du même groupe d’amis originaires du Darfour, province située à l’ouest du Soudan où les affrontements à répétition depuis 2003 entre le gouvernement et les rebelles provoquent de nombreux décès. Tous se sont rencontrés ces derniers jours à Paris, après avoir parcouru, chacun leur chemin, des milliers de kilomètres qui les ont menés en Libye ou en Égypte, puis en Italie ou en Grèce… jusqu’à se retrouver à dormir dans la rue à Paris, dans le XIXe arrondissement, sur la contre-allée de l’avenue de Flandre, au niveau du métro Stalingrad.

 

Devant la Rotonde, à Paris, deux réfugiés du Darfour, le 26 octobre 2016. © CF Devant la Rotonde, à Paris, deux réfugiés du Darfour, le 26 octobre 2016. © CF

 

Ce mercredi 26 octobre, ils déambulent près de la Rotonde. Des compatriotes, à l’aide de stylos-feutres, inscrivent des phrases : « We escaped barbary », « We fight inhumanity », « We want freedom and equality », sur une longue bande de tissu blanc qu’un activiste a posée par terre à cet usage le matin même.

Ils ne savent pas encore que la « jungle » est partie en fumée, à la suite de la multiplication des départs de feu vers midi. Alors que l’incendie paraissait avoir été maîtrisé, en début d’après-midi, la préfète du Pas-de-Calais Fabienne Buccio affirmait devant les journalistes que l’opération touchait à sa fin. « Dès ce soir, a-t-elle assuré, on sera en capacité de fermer le dispositif de sas. » « Il n’y a plus personne sur le camp. Tout le monde est à l’abri », a-t-elle prétendu, martelant que « c’est la fin de la “jungle” aujourd’hui ». Selon son décompte, 5 600 migrants (y compris 1 200 mineurs) auraient été « mis à l’abri » depuis lundi 24 octobre. Un chiffre qui laisse penser que Mohamed et Rhalid ne sont pas les seuls à avoir quitté précipitamment ce bidonville, dont le nombre d’habitants était estimé entre 6 500 et 8 000 il y a quelques semaines.

À Calais, Christian Salomé, de l’Auberge des migrants, dément qu’il n’y ait plus personne dans le campement. « D’où je suis, je vois des réfugiés à vélo », dit-il, joint au téléphone en milieu d’après-midi. Cet associatif historique de la ville a aussi eu connaissance de l’ouverture de campements sauvages dans les alentours. « Si 5 600 migrants ont été “mis à l’abri”, cela veut dire qu’au moins 1 000 sont partis de la ville par leurs propres moyens, et 1 000 autres sont encore à l’intérieur ou à proximité immédiate du camp », estime-t-il.

Âgé de 21 ans, Mohamed n’a pas attendu de voir débarquer les pelleteuses pour partir. Quand il est arrivé en France, il s’est rendu directement à Calais, où il a vécu six mois. Son objectif : la Grande-Bretagne, car comme la plupart des exilés du bidonville, l’anglais est la langue européenne qu’il parle le mieux. Il n’a pas de famille outre-Manche, mais est convaincu qu’il pourra y travailler « très vite ». Malgré plusieurs tentatives de passage, son projet a échoué, jusqu’à présent. Il a quitté la « jungle » à regret, la semaine dernière.

« On a commencé à être pourchassés par la police », dit-il. « J’ai appris qu’ils allaient tout détruire, et moi je ne voulais pas prendre le bus. Je ne veux pas demander l’asile en France. Pourquoi me retrouver dans un village loin de tout ? Vous avez vu l’accueil ici ? Pendant six mois dans la jungle, personne ne m’a aidé. C’était très difficile. Je préfère aller en Angleterre », répète-t-il. Son programme est le suivant : attendre que l’agitation policière et médiatique autour du démantèlement se termine et retourner vers le nord, direction la Belgique. « J’essaierai de passer de là-bas », dit-il. Beaucoup y sont déjà : selon différents observateurs, des groupes de réfugiés débarquent ces derniers jours sur le parvis de la gare du Nord à Bruxelles en provenance de Calais.

 

Un activiste a apporté du tissu et des crayons, une banderole s'improvise, à Stalingrad, à Paris, le 26 octobre 2016. © CF Un activiste a apporté du tissu et des crayons, une banderole s'improvise, à Stalingrad, à Paris, le 26 octobre 2016. © CF

Il est difficile de savoir combien de personnes se sont dirigées vers Paris, mais la surveillance policière des gares du Nord et de l’Est dans la capitale française laisse supposer que le cas n’est pas rare. Quelques semaines avant le début des opérations de démantèlement, le nombre de migrants recensés sur la lande a commencé à chuter, signe que les départs se sont étalés sur un certain laps de temps. Dimanche dernier, la préfète affirmait qu’« aucun nouveau squat n’[avait] été repéré jusqu’à présent ». « Ne soyons pas naïfs, il y aura des tentatives car les passeurs ont intérêt à ce que les migrants restent là. Ils leur mettent dans la tête de rester, car s’ils partent, le business s’arrête », ajoutait-elle. Mohamed assure de son côté que les passeurs ne lui ont rien mis dans la tête. « Je veux passer parce que c’est mieux de l’autre côté », insiste-t-il.

Alors qu’il vivait dans la boue du bidonville, Rhalid, lui, n’a pas eu la chance de croiser les maraudes des agents de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), qui sont allés à la rencontre des « leaders communautaires », selon l’expression nouvellement consacrée, pour inciter les exilés à déposer une demande d’asile en France. Le directeur général de cette institution indépendante, Pascal Brice, a beau répéter que le taux d’acceptation des dossiers des personnes passées par la « jungle » atteint 71 % (60 % en première instance à l’Ofpra, 11 % en plus après le recours devant la Cour nationale du droit d’asile), Rhalid n’a pas été destinataire de cette information précieuse.

Chacun écrit une revendication. © CF Chacun écrit une revendication. © CF

Lui qui a été contraint de laisser ses empreintes digitales en Italie n’a pas non plus entendu l’engagement du gouvernement de ne pas procéder au renvoi des migrants vers le premier pays d’accueil par lequel ils sont entrés dans l’Union européenne, selon le règlement de Dublin. Il a seulement su que le bidonville allait être détruit et que ses habitants en seraient « chassés ». « Des bus ? Ah oui, j’ai entendu parler des bus, mais je n’ai pas compris où ils iraient. Je me suis dit qu’il était plus sûr de revenir ici, à Paris, la capitale. » Pour ce faire, il y a deux jours, il a marché 40 minutes jusqu’à la gare de Calais en centre-ville et a pris le train. « Il n’y a pas eu de contrôle. Je suis venu seul, à la gare j’ai vu des policiers, mais ils ne m’ont pas vu », se félicite-t-il. Il estime que les conditions de vie dans les rues de Paris sont « encore plus difficiles » que dans la lande à Calais. « Il n’arrêtait pas de pleuvoir là-bas, et il faisait froid, mais il y avait moins de bruit, et surtout, je dormais dans un cabanon plus confortable que cette tente », dit-il en montrant son abri Quechua posé à même le bitume.

À ses côtés, Abdelatif est le plus optimiste de la bande. « Moi je me sens bien, ici, à Paris, assure-t-il. C’est là que je m’arrête. Je demande l’asile en France, c’est décidé ! Il faut arrêter de courir. Ce pays est si sûr par rapport au Darfour : pas d’armes, pas de violences, pas d’affrontements, pas de prison. » Personne, parmi eux, n’a entendu parler du centre d’accueil pour réfugiés, qui doit ouvrir ses portes début novembre à la porte de la Chapelle, avec un retard de deux mois sur le calendrier initialement prévu. Sauf Abdelatif. « Il paraît qu’il y aura des lits et des prises électriques », lance-t-il les yeux brillants. « Je suis quand même en France depuis plus d'un an, sans toit, sans logement. Ça commence à faire long, reconnaît-il, même si ce pays me plaît. »

Par Carine Fouteau

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    Publié le par "Citoyen 18"

    Un projet de méga-décharge quasi bloqué:

    « Virer une multinationale est un sacré défi ! », lançait à Basta !, en juin 2014, un opposant au projet de méga-décharge de Nonant-le-Pin, dans l’Orne. Un défi en passe d’être réalisé ? En mai dernier, la Cour d’appel de Nantes a donné raison aux opposants de ce projet de décharge mené par Guy Dauphin Environnement (GDE), une filiale d’un groupe lié à la société de courtage pétrolier Trafigura. Cette dernière est tristement connue pour avoir déversé des produits toxiques dans le port d’Abidjan, il y a 10 ans, provoquant la mort de 17 personnes et l’intoxication de milliers d’autres (lire notre article).

    Depuis 2006, GDE tente d’installer une nouvelle décharge en plein cœur d’un territoire réputé mondialement pour son élevage de chevaux. Au total, le site recueillerait 2,5 millions de tonnes de déchets, notamment de l’industrie automobile, sur l’équivalent de 50 terrains de football, pendant 17 ans. L’entreprise affirme que ce projet créerait 12 emplois directs, puis 90 autres grâce à une nouvelle usine de retraitement des déchets à quelques kilomètres de Nonant-le-Pin. Les riverains, eux, voient rouge : l’ouverture d’une décharge provoquerait des pertes économiques considérables pour le monde du cheval et la région, ainsi que la pollution de l’environnement et des eaux de surface.

    A partir d’octobre 2013 et pendant un an, l’entrée du site est bloquée par les opposants afin d’empêcher GDE de déposer des déchets. Les procédures judiciaires se multiplient, notamment grâce à la solidarité financière du monde du cheval. La lutte est marquée par une forte mixité sociale des opposants : du propriétaire de haras jusqu’au boulanger retraité du coin, le projet de décharge rassemble des mondes sociaux qui, d’ordinaire, ne se croisent que rarement. Quand certains tiennent un barrage, distribuent des tracts ou proposent un plan alternatif de développement économique de la région, d’autres assurent un travail de lobbying au sommet de l’État, notamment auprès de Ségolène Royal.

    C’est d’ailleurs la ministre de l’Environnement qui s’est rendue sur place, le 20 mai dernier, après l’annonce de la Cour d’appel de Nantes. La juridiction, qui estime que l’exploitation de cette décharge entraîne en effet des « risques pour la santé, la sécurité, la salubrité publique, et pour l’environnement », annule l’autorisation d’exploitation de la décharge. GDE affirme « ne pas comprendre un tel revirement de la part de la justice et des pouvoirs publics, qui crée une insécurité juridique défavorable à tout investissement industriel dans notre pays ». L’entreprise a déposé un recours devant le Conseil d’État, tandis que d’autres procédures, civiles, pénales et administratives, déposées par les associations d’opposants ou GDE, sont toujours en cours. « Notre mobilisation sera active tant que ces terres n’auront pas été rendues à des activités respectueuses de l’environnement », préviennent les opposants qui espèrent que la jurisprudence de cette mobilisation servira à d’autres combats.

    Le Center Parcs de Roybon en suspens:

    C’est à mi-chemin entre Lyon, Grenoble et Valence qu’un autre projet d’envergure suscite une forte opposition, jusqu’à entraîner la création d’une nouvelle « zad » depuis fin 2014. En cause ? Le groupe Pierre & Vacances, 1,18 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel, veut y implanter un Center Parcs : 1 021 cottages sur 200 hectares, au cœur du bois des Avenières, en pleine zone humide (lire notre article). Largement soutenu par la collectivité, à hauteur de 113 millions d’euros d’après les calculs de l’association Pour Chambaran sans Center Parcs (PCSCP), le projet doit entraîner l’embauche de 700 personnes pour faire tourner les installations, dont une bulle tropicale de 9 000 mètres cubes « à 29 degrés toute l’année ». Sauf qu’une grande partie des emplois s’annoncent précaires et très mal payés (notre enquête).

    Décidé en 2007, ce projet a été retardé par les nombreux recours déposés par l’association PCSCP. De nombreux avis négatifs ont été rendus [3]. Mais ceux-ci n’étant que « consultatifs », le Préfet de l’Isère a décidé d’autoriser les travaux. Alors que le groupe entame le défrichement en octobre 2014, la mobilisation sur place croît rapidement (notre reportage dans la Zad). Depuis le 16 juillet 2015, les travaux sont bloqués : le tribunal administratif de Grenoble a invalidé l’arrêté préfectoral autorisant la destruction de la zone humide (voir ici). 40 hectares de forêt sur les 80 prévus ont pourtant déjà été défrichés. Pierre & Vacances a fait appel de la décision.

    Alors que la Cour d’appel n’a toujours pas rendu sa décision, le Conseil régional d’Auvergne Rhône-Alpes a adopté le 14 avril, une subvention de 4,7 millions d’euros en faveur de ce Center Parcs. Une décision étonnante alors même que Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne - Rhône-Alpes, a promis de serrer la ceinture du budget régional, avec 75 millions d’euros d’économies annoncées. Dans l’éventualité d’une reprise des travaux, l’association PCSCP mène d’autres recours, notamment à l’échelle européenne. Les occupants de la Zad de Roybon organisent régulièrement des chantiers de construction participatifs. Une première réunion de coordination des opposants aux Center Parcs s’est par ailleurs tenue au printemps 2016 en Saône-et-Loire pour « partager expériences et idées pour la suite »

    Le coût de la ligne grande vitesse Lyon-Turin fortement contesté:

    Initié au début des années 90, le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin est confirmé par un accord franco-italien signé le 30 janvier 2012. La société franco-italienne Tunnel Euralpin Lyon Turin (TELT [4]), dont l’État français est actionnaire à 50 %, est en charge de la construction du tunnel transfrontalier sous les Alpes de 57,5 kilomètres. Côté italien, le projet suscite une vaste opposition de la part des « No Tav » (pour Treno a alta velocità, train à haute vitesse). Entre occupations de chantier, batailles rangées contre les forces de l’ordre et manifestations de milliers de personnes, ils sont parvenus à retarder de plusieurs années le lancement des travaux.

    Les critiques portent notamment sur le coût pharamineux de l’ouvrage qui ne cesse d’augmenter. En 2012, la direction du Trésor estime le coût du Lyon - Turin à plus de 26 milliards d’euros, dont 11,3 milliards d’euros pour les aménagements côté français ! [5] « Pour le seul tunnel de base de 57 km, le kilomètre coûterait plus de 200 millions d’euros ! », s’insurge Daniel Ibanez, fervent opposant au projet. « Comment expliquer que ce projet sera équilibré économiquement, quand on sait que l’axe Perpignan-Figueras, dont le coût était de 25 millions d’euros par kilomètre, a fait faillite en juillet 2015 au bout de cinq ans ? » Un nouveau référé de la Cour des comptes publié le 29 août 2016 confirme que le financement du Lyon-Turin est « largement hors de portée budgétaire ». Des soupçons de corruption massive, au profit de la mafia italienne, plane également sur le chantier (lire ici).

    Selon les opposants, ce projet à 26 milliards permettrait de gagner une heure seulement de trajet entre Paris et Milan (voir ici)... Les associations mobilisées regrettent l’absence de véritable débat public sur l’utilité de ce projet pharaonique, et préfèrent la modernisation de la ligne « historique » qui relie déjà les deux métropoles. Le 18 avril 2016, la majorité écologiste et citoyenne de la ville de Grenoble a voté le désengagement du protocole de financement signé par la majorité socialiste précédente. Un vote qui pourrait être suivi par d’autres collectivités.

    Le méga complexe Europacity : une consultation publique ignorée:

    Annoncé en 2011, ce projet qui pourrait engloutir les dernières terres agricoles de la Plaine de France, au nord de Paris. Le géant de la distribution Auchan envisage d’ouvrir en 2024 un méga-centre commercial de 80 hectares, dont 23 hectares de commerces – l’équivalent de 33 terrains de football ! –, 2 700 chambres d’hôtels, des restaurants, et même des pistes de ski et de luge (notre enquête). Le chantier du complexe EuropaCity s’inscrit dans une zone d’aménagement concertée (Zac) qui projette de bétonner 280 hectares au total.

    L’investissement de 3,1 milliard d’euros est entièrement privé, assure Alliages & Territoires [6]. Mais selon le Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG [7]), les aménagements préalables de la Zac – routes et bretelles, ligne 17 du métro, gare, murs anti-bruits... – sont estimés à 686 millions d’euros par l’autorité environnementale [8]. Pour justifier l’utilité publique, les promoteurs avancent la création de 11 500 emplois directs et de 6 000 emplois indirects [9]. De quoi appâter de nombreux élus locaux malgré le manque de fiabilité de ce type d’estimations.

    Une consultation publique s’est déroulée du 15 mars au 30 juin au cours de laquelle les opposants au projet ont pointé le risque de destruction du tissu économique existant. Mais la commission nationale du débat public avait à peine présenté les résultats des débats, que Alliages & Territoires annonçait la poursuite du projet [10] Cette annonce « montre que l’utilité de ce débat n’a été qu’une mascarade » ont réagi les opposants. Une initiative est prévue à Paris le 8 novembre pour « régionaliser l’opposition à Europacity » et élaborer des alternatives au projet, précise Bernard Loup du CPTG, à Basta !. Des procédures juridiques sont en cours à l’échelle nationale et européenne.

    Par: Sophie Chapelle, Simon Gouin et Nolwenn Weiler

    Photos : Basta !, Laurent Guizard, Yann Guillotin

    Notes

    [1Au collectif d’agriculteurs et à l’Acipa, s’ajoutent des élus, des naturalistes et des occupants.

    [2Coût de construction du site établi dans la demande d’autorisation d’exploitation déposée par GDE, avant le début du projet.

    [3L’impact environnemental du complexe touristique a fait l’objet d’avis négatifs de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, de la Direction régionale de l’environnement et du Conseil national de protection de la nature. En juillet 2014, le projet a aussi été retoqué par la commission d’enquête publique au titre de la « loi sur l’eau ».

    [4TELT a succédé en 2015 à la société Lyon-Turin ferroviaire (LTF) – filiale commune de Réseau Ferré de France (RFF) qui gère le réseau ferré national et de son homologue italien Rete Ferroviaria Italian

    [5Source : dossier d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique 2012 (page 19)

    [6Ce montant intègre le coût des études et des travaux, ainsi que l’acquisition du foncier à l’aménageur public et les frais financiers. 80 % de l’investissement, soit 2,6 milliards d’euros, seraient portés par le maître d’ouvrage, en capital et par emprunt. Les opérateurs exploitants, spécialisés dans les loisirs, le commerce et la restauration, prendraient en charge des aménagements intérieurs, contribuant à hauteur de 500 millions d’euros au financement de l’opération. Voir le dossier du maitre d’ouvrage d’Europacity (page 73)

    [7Le CPTG regroupe une quinzaine d’associations, dont quatre structures départementales – Les Amis de la Terre Val-d’Oise, Environnement 93, MNLE 93, Val d’Oise Environnement — et a reçu le soutien du FNE Île-de-France. Voir ici leur site internet.

     

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    Publié le par "Citoyen 18"
    Publié dans : #Santé

    Opacité, incapacité récurrente à tirer les leçons de ses propres erreurs, défauts d’organisation : du Mediator à l’essai clinique de Rennes, l’ANSM (Agence nationale de la sécurité du médicament) reproduit les mêmes mécanismes, provoquant des crises sanitaires à répétition. « Il ne s’agit pas d’un produit à risque. » Telle est la mention portée en tête d’un rapport sur la molécule BIA 10-2474 par le docteur Jean-Louis Demolis, évaluateur clinique à l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Un rapport d’importance cruciale, daté du 4 juin 2015, sur la base duquel l’ANSM a autorisé l’essai clinique du BIA 10-2474, molécule du laboratoire portugais Bial. L’essai, mené à Rennes de juillet 2015 à janvier 2016 par la société Biotrial pour le compte de Bial, a entraîné la mort d’un volontaire de 49 ans, Guillaume Molinet, en a gravement accidenté quatre, et a provoqué une série d’effets secondaires chez plusieurs autres participants dont, selon nos informations, certains continuent de souffrir un an après avoir reçu le produit.

     

    Locaux de l'ANSM © DR Locaux de l'ANSM © DR

     

    L'Agence du médicament était tellement persuadée que la molécule testée à Rennes était inoffensive que lorsque Biotrial a tenté, après l'accident, de joindre Philippe Vella, chef de l'unité essais cliniques et médicaments de l'ANSM, celui-ci n'a pas répondu, révèle Le Figaro, « car Biotrial l'appelle régulièrement pour accélérer son travail »

    Pour sa part, le docteur Demolis avait affirmé que « la sécurité des sujets [était] bien assurée dans cette étude ». Il avait pourtant reçu, quelques jours avant de conclure son rapport, un mail d’alerte de Farida Ouadi, évaluatrice « non clinique », autrement dit chargée d’analyser les études sur l’animal. Ce mail signalait des risques de toxicité de la molécule pour plusieurs organes. Parmi les différentes cibles, le système nerveux central était visé chez la souris, le rat, le chien et le singe.

    Quatre espèces différentes présentant un risque de toxicité pour le même organe, ce n’était pas seulement une alarme, c’était une sirène d’incendie. Tel un touriste qui traverserait la place de la Concorde sans voir l’obélisque, le docteur Demolis a ignoré ce signal, jugeant que les conséquences neurologiques « étaient observées à des concentrations très élevées chez l’animal qui ne se retrouveraient pas chez l’homme et donc n’étaient pas pertinentes pour l’essai et ne nécessitaient pas de modifier le protocole ». C’est en ces termes qu’il s’est expliqué lors de son audition, dans le cadre de l’enquête de flagrance, par les officiers de police judiciaire de l’OCLAESP (Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique). Mediapart a pu accéder au contenu de cette audition.

    Pour Jean-Louis Demolis, l'alerte sur les animaux n'était pas significative parce qu'on leur avait administré des doses beaucoup plus fortes que celles qui devaient être données aux volontaires. Malheureusement, un effet observé chez l’animal à une certaine dose peut se manifester chez l’homme à une dose plus faible. Quand le docteur Demolis a écrit son rapport, il n’existait aucune étude permettant de comparer le profil entre les différentes espèces. Aucun argument scientifique ne permettait d’assurer que les effets observés chez l’animal ne se reproduiraient pas chez l’homme, à des doses inférieures. C’est ce qui s’est produit. Certains des effets constatés chez l’homme ressemblent de manière troublante à ceux que Farida Ouadi avait notés dans son évaluation. Par exemple, un chien exposé à la molécule pendant quatre semaines, et qui a survécu, a souffert de tremblements, perte d’équilibre, démarche anormale, activité motrice diminuée, faiblesse, etc. Des troubles très similaires ont été constatés chez certains des volontaires de l’essai.

    Le docteur Demolis était, à l’ANSM, la seule personne chargée de l’évaluation clinique des essais de phase 1, ceux qui portent sur des molécules jamais testées sur l’homme. Aucun autre membre de l’agence n’a donc émis d’avis divergent de celui de l’évaluateur clinique. Il ne s’agit pas de jeter la pierre à ce dernier. Demolis a indiqué aux enquêteurs qu’il avait évalué 163 dossiers en 2015. L’étonnant serait qu’aucune erreur ne soit commise en évaluant, seul, un tel nombre de dossiers. Ce qui est à blâmer, c’est l’organisation de l’ANSM, qui laisse reposer sur une seule personne un enjeu aussi important que l’appréciation du danger potentiel de toutes les molécules nouvelles.

    L’ANSM aurait pu reconnaître sa responsabilité. Elle s’est entêtée à soutenir qu’elle avait agi correctement, et s’est efforcée d’escamoter l’erreur fatale consistant à avoir ignoré le signal issu des études animales. Au lendemain de l’accident de Rennes, le directeur général de l’agence, Dominique Martin, a chargé Cécile Delval, directrice de l’évaluation, d’établir un rapport sur le processus qui avait conduit à autoriser l’essai (voir notre article). Ce rapport a mis en lumière l’encombrante vérité, à savoir que l’alerte de Farida Ouadi n’avait pas été prise en compte : « Le rapport d’évaluation clinique n’intègre pas les signaux de l’évaluateur NC sur les effets neurologiques observés chez l’animal », écrivait la directrice de l’évaluation.

    Le rapport de Cécile Delval devait être communiqué à l’Igas (Inspection générale des affaires sociales), chargée par Marisol Touraine, ministre de la santé, d’enquêter sur l’accident. La direction de l’agence a jugé que c’était un rapport « à charge » et a décidé de le réécrire. Interrogée par Mediapart, l’ANSM nous a indiqué qu’il y avait eu « trois ou quatre versions » du rapport, dont la dernière a été transmise à l’Igas. Selon la déposition de Cécile Delval à l’OCLAESP, que Mediapart a pu consulter, la version finale a été expurgée des informations gênantes, le nom de Cécile Delval a été retiré et « la conclusion en gras était politiquement correcte ».

    Le directeur général de l’ANSM a donc remis un rapport édulcoré à l’Igas. Il a aussi menti par omission au conseil d’administration de l’agence. Celui-ci s’est réuni le 25 février 2016. Le compte-rendu de la séance, que Mediapart s’est procuré, ne comporte pas la moindre allusion au problème de l’alerte ignorée, ni à l’enquête de la directrice de l’évaluation. On s’en tient à la version selon laquelle l’agence n’a commis aucune faute, l’accident étant imprévisible.

    Cette cuisine interne serait passée inaperçue si, en avril, le Figaro n’avait divulgué le rapport confidentiel de Cécile Delval. Quelques jours après la parution de l’article du Figaro, Cécile Delval quittait l’ANSM, officiellement parce qu’elle avait trouvé un nouveau poste.

    Par Michel de Pracontal

     

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    Publié dans : #Europe

    Le PiS (Droit et Justice) au pouvoir en Pologne a tenté début octobre d’interdire complètement l’avortement. Après un premier recul face à la mobilisation de milliers de personnes, dont 300 000 à Varsovie le 3 octobre, il ne lâche pas le dossier. À la veille d'une nouvelle journée de protestation, rencontre avec des femmes en colère, qui pour certaines s’habillent désormais en noir en guise de protestation.

    Bożena Przyłuska, cadre dans une entreprise, 40 ans.

    « Je suis l’une des organisatrices des manifestations contre l’interdiction totale de l’avortement. Je le fais à titre personnel, pas pour le compte d’une organisation. Je ne fais pas partie du milieu féministe polonais qui, durant des années, n’arrivait pas à rassembler. C’est en tant que mère de deux adolescents que j’ai commencé à prendre conscience du poids de l’Église dans ma vie : l’année dernière, constatant qu’il était difficile d’échapper aux cours de religion à l’école, j’ai créé un mouvement pour une école laïque. Très vite, j’ai été suivie par d’autres parents d’élèves… Je ne voulais pas m’arrêter à ce premier succès. J’ai commencé alors à me mobiliser pour le droit à l’avortement. Ce lundi 24 octobre, pour la prochaine manifestation, je vais parler devant l’une des églises de Varsovie : nous organisons une “conférence épiscopale des femmes”. Mon discours portera sur ce que veut dire défendre la vie des femmes dans le monde contemporain. Malgré le retrait du premier projet d'interdiction totale de l'avortement, le gouvernement ne va pas lâcher : l’Église a fait campagne pour lui, il doit payer sa dette. Or il n’a rien d’autre que nos droits pour le faire. Ce qui caractérise la situation actuelle, c’est le mépris de nos dirigeants. Ils veulent décider pour nous, dans ce qui est une affaire très personnelle. Ces dernières années, la Pologne a connu de grands succès matériels mais ça n’a pas suivi sur le plan démocratique : les pratiques mafieuses dominent dans les partis et les électeurs ne sont jamais écoutés. Il faut peut-être avoir atteint le fond pour grandir enfin. »

    Joanna Olech, auteure de livres pour enfants, 61 ans.

    « Je suis allée à la manifestation du 3 octobre avec mon mari. Cela m’agace que certains considèrent ça comme une affaire de femmes. Lorsque je suis arrivée à Nowy Świat [l’une des artères principales du centre de Varsovie – ndlr] et que j’ai vu toutes ces femmes en noir converger, j’étais très impressionnée. Nous sommes remontées en direction de la vieille ville, en passant devant la cathédrale. Soudain, nous avons vu l’archevêque sortir, pour se rendre au palais présidentiel. On voyait qu’il avait peur… Depuis des années, j’ai le sentiment que les femmes ne sont pas traitées à leur juste valeur en Pologne. Le stéréotype de l’homme intelligent face à la blonde idiote est encore vivace. Il n’y a pas de média dirigé par une femme. Dernièrement, j’ai vu un débat à la télévision où huit hommes débattaient de l’avortement ! Ce qui m’agace le plus, c’est l’hypocrisie autour de tout ça. Les députés qui se prononcent contre la contraception n’ont qu’un ou deux enfants. Comment ont-ils fait pour ne pas en avoir plus ? Ce gouvernement me fait honte. Il agit de manière brutale et obsessionnelle. Il mine nos relations internationales. J’ai l’impression de vivre dans une dictature des imbéciles. »

    Marta Czajkowska, monitrice d’escalade, 37 ans.

    « Le 3 octobre, c’est la première fois de ma vie que je manifestais. Moi qui n’aime pas la foule et qui ne m’intéressais pas vraiment à la politique – je ne me souviens même plus pour quel parti j’ai voté il y a un an –, cette fois-ci, je voulais participer. Je ne suis pourtant pas quelqu’un qui défend l’avortement. Mais lorsque le PiS [Droit et Justice, le parti au pouvoir – ndlr] prétend qu’il faut mener une grossesse à son terme même si le bébé doit mourir dès la naissance, je me sens attaquée personnellement. C’est une énorme hypocrisie : si on défend la “vie”, pourquoi ne met-on pas en place des allocations pour les enfants handicapés ? Le gouvernement s’intéresse à notre ventre… et après ? Je ne suis pas a priori contre tout le programme du PiS : sa proposition de fermer les commerces le dimanche, par exemple, je suis pour. Mais depuis qu'il est au pouvoir, c’est mensonge sur mensonge. Il est en train de faire de la Pologne une nouvelle Corée du Nord. Il récrit l’histoire ; maintenant il veut réformer l’éducation en supprimant les collèges alors que notre système se situe parmi les quinze meilleurs au monde selon le classement PISA [Enquête sur les systèmes éducatifs menée tous les trois ans par l’OCDE – ndlr]… Je suis croyante, je me suis mariée à l’église. Mais pour moi, le PiS n’est pas chrétien : c’est un parti qui attise la haine et les divisions. Ces derniers temps, j’ai cessé d’aller à la messe, j’en ai assez de voir les évêques faire de la politique. »

    Justyna Bacz-Kazior, chanteuse, 53 ans.

    « Je manifeste pour le droit à l’avortement mais je m’interroge : est-ce la bonne méthode ? Ne risque-t-on pas de s’épuiser ? Quand on entend le ministre des affaires étrangères, au lendemain de notre rassemblement massif, dire “Eh bien, qu’elles s’amusent !”, c’est désespérant. Le niveau de cette classe politique, son langage, son comportement nous emmènent très très bas. Mais ce gouvernement a été élu démocratiquement : que peut-on faire ? Il est là pour encore trois ans… Pour moi, le PiS est un parti d’extrême droite avec quelques éléments socialistes, comme l’allocation familiale de 500 zlotys mensuels par enfant [115 euros – ndlr]. C’est grâce à cette mesure qu’il a encore le soutien d’une partie de son électorat. Mais le niveau de haine dans la société polonaise a considérablement augmenté à cause de sa politique. Le pays n’a jamais été autant divisé. Je ne comprends pas quel est son but. À qui profitent ces divisions ? Ma génération, qui a connu le régime communiste, se sent menacée. Cela me rassure que la Commission européenne ait mis la Pologne sous surveillance pour non-respect de l’État de droit, et que la commission de Venise réagisse elle aussi. Si on fait partie d’un groupe de pays, il faut s’adapter. On était tellement content d’entrer dans l’Union en 2004 que d’entendre aujourd’hui Kaczyński et Orbán remettre en cause les valeurs européennes me rend malade. »

     

     

     

    Agata Diduszko, journaliste à Krytyka Polityczna, 40 ans.

    « La guerre est ouverte. Le prochain projet de loi en préparation vise à interdire la contraception hormonale. Ces gens qui nous gouvernent sont des fondamentalistes, des fanatiques. Je suis très heureuse que les femmes commencent massivement à prendre conscience de ce qu’il se passe. Pour la première fois, le 3 octobre, j’ai vu des adolescentes manifester, alors que les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas d’autres réalités que celle des cours de religion à l’école et du droit très restrictif à l’avortement introduit en 1993 ! Ils ont grandi dans une société beaucoup plus conservatrice que moi. La question de l'IVG est une vaste hypocrisie en Pologne : on compte environ 150 000 avortements clandestins chaque année… Les femmes qui ont les moyens vont à l'étranger pour se faire avorter. Plus la loi est stricte, plus elle est créatrice d'inégalités. Aujourd'hui, l’Église est au pouvoir. On continue de payer le tribut pour son rôle dans la chute du communisme. Mais la pratique religieuse est en chute libre : seulement 40 % des Polonais baptisés vont à la messe. Moi-même, je veux faire mon apostasie. Il faut juste que je trouve le temps ! »

     Par Amélie Poinssot et MEDIAPART.

     

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    Publié le par "Citoyen 18"

    « On marche sur la tête ! », alerte une aide-soignante. Tandis que les baby-boomers quittent le monde du travail et que la population vieillit, les réductions budgétaires dans les maisons de retraite déstabilisent le travail des personnels. Les repas, les soins, l’hygiène, de même que les activités proposées aux personnes âgées subissent de plein fouet ces politiques d’austérité – quand il s’agit du public – ou de « préservation des marges » – lorsqu’il s’agit du privé. Pour quelles conséquences ? Une pression devenue insupportable pour les soignants, et des conditions d’accueil à la limite – voire au delà – de la maltraitance pour les résidents. Témoignages sur une situation explosive.

    Les grèves de personnels de maisons de retraite se sont multipliées depuis le printemps, en Ile-de-France, à Niort, à Bordeaux, ou encore en Indre-et-Loire, dans des établissements privés comme publics. Les grévistes dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail, le manque de personnel, le non remplacement des salariés malades, le recours systématique aux vacataires et CDD… et l’effet désastreux de ces politiques sur les conditions de vie des résidents. Du fait du vieillissement de la population, ceux-ci sont de plus en plus nombreux : environ 700 000 personnes vivent en maison de retraite [1].

    Pour en prendre soin, 360 000 professionnels s’activent à leurs côtés : infirmiers, aides médico-psychologiques, aides-soignants, agents de service hospitalier, cuisiniers, ou encore animateurs [2]. Les résidents intègrent une maison de retraite à plus de 80 ans en moyenne, et sont de plus en plus dépendants. « La forte dépendance des résidents contribue à faire réaliser aux professionnels des prises en charge plus lourdes, demandant donc un temps accru, qui ne sont pas compensées par un accroissement des moyens humains », pointe une toute récente étude du ministère de la Santé [3].

    Une douche par semaine... voire toutes les deux semaines.

    « Aujourd’hui, avec les réductions de personnel, nous ne pouvons plus donner qu’une vraie douche par semaine aux résidents. Et encore, parfois c’est une douche toutes les deux semaines », témoigne Anne, aide-soignante dans un établissement public d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) dans une commune rurale près de Tours. Elle et ses collègues sont en grève depuis mai dernier pour demander davantage d’effectifs et de meilleures conditions de travail. Depuis cinq mois, tous les jours, elles se déclarent grévistes. Elles sont néanmoins assignées à travailler quand même pour dispenser les soins. Leur mouvement vient d’être reconduit jusqu’au 18 octobre.

    « Nous ne demandons pas d’augmentation de salaire. Nous voulons simplement des conditions de travail dignes. Lors des négociations, on nous dit que pour donner de l’oxygène au personnel, il suffit de ne donner aux résidents qu’une douche tous les 10 à 12 jours, et de l’expliquer aux familles. Mais nous ne pouvons pas accepter cela. Je ne peux pas défendre ça devant les familles ! Chez nous, tous les départs en retraite depuis 2014 ont été couverts par des contractuels, avec des temps partiels imposés, et des horaires qui changent tout le temps. Dans ces conditions, c’est impossible pour les filles de chercher du travail ailleurs pour compléter un temps partiel. Elles sont vraiment exploitées. »

    Une employée renvoyée... après neuf ans de CDD.

    Anne est devenue aide-soignante après une reconversion, à 40 ans passés. « C’est toujours ce que j’avais voulu faire, et j’aime mon métier. » Il est pourtant difficile, mentalement et physiquement. « Dans notre établissement, les résidents entrent souvent à plus de 85 ans. Ils arrivent de plus en plus dépendants. Nous avons trois ou quatre centenaires. Et la moyenne d’âge du personnel est de 48 ans. Pour un travail aussi physique, ce n’est pas toujours facile. » Alors, quand les salariés malades ou en disponibilité ne sont pas remplacés pour faire des économies, continuer en se taisant devient impossible.

    « Une nouvelle direction est arrivée en 2015. Elle a renvoyé les remplaçantes qui étaient en CDD. Puis les a reprises, mais uniquement sur des contrats au mois. Quand nous nous sommes mises en grève, cela faisait un an que nous subissions cela. Nous avions une collègue qui était en CDD depuis neuf ans, comme agente de service hospitalier. La direction l’a jetée, sachant qu’elle était sur le point de finir une validation des acquis de l’expérience pour acquérir le grade « d’aide-soignante », souligne Anne. C’est ce jour-là que les salariés se sont mis en grève. Il y avait alors six personnels de soins au lieu des neuf normalement nécessaires, « pour 83 résidents à lever, faire manger, laver… ». Soit une aide-soignante pour 14 personnes de plus de 85 ans.

    Des élus qui « ne se sentent pas concernés »

    C’est la première fois de sa vie qu’Anne fait grève. Ce qu’elle ressent, après cinq mois de cette lutte peu visible puisque le travail est fait chaque jour sur réquisition, c’est un grand mépris de la part des pouvoirs publics. Pour elles, aides-soignantes et agents de service, et pour les résidents. « Nous avons rencontré toutes les instances, l’Agence régionale de santé, le Conseil départemental, la maire de la commune qui est aussi présidente du conseil d’administration de l’établissement. Nous leur avons dit à tous la même chose : “les conditions de travail se sont fortement dégradées, cela ne peut plus durer”. »

    Ces démarches n’ont rien donné de concret pour l’instant. « Nous avions déjà alerté en décembre les élus municipaux de la situation, sans réponse. Personne n’a réagi. Aucun membre du conseil municipal n’est venu nous voir. Nous avons l’impression que nos dirigeants ne se sentent pas concernés par ce qui se passe dans les maisons de retraites », conclut l’aide-soignante.

    Équation intenable

    Pourtant, la pression que subissent les personnels a des conséquences directes sur les résidents. « Certains soignants ont aussi un diplôme d’aide médico-psychologique. Ils sont là pour aider les gens les plus en difficulté. Normalement, du temps est dégagé pour cela. Mais ce temps, nous ne l’avons plus ! », décrit Anne. « Il y a des personnes atteintes d’Alzheimer, très angoissées. Ces postes nous permettaient de calmer ces angoisses. Nous avions mis en place de la relaxation, des discussions, des massages, pour traiter les personnes dépendantes comme des êtres humains et pas seulement comme des résidents qui mangent et qu’il faut laver. Nous faisions de la gym douce et des ateliers l’après-midi. Nous ne pouvons plus. Aujourd’hui, il y a même des salariés de l’équipe de nuit qui doivent coucher des résidents à minuit parce que nous n’avons pas assez de personnels pour le faire le soir. Des infirmiers sont obligés de venir aider à laver la vaisselle et à préparer les petits-déjeuners ! Le résident n’est plus pris en compte. On fait des économies sur de l’humain. On marche sur la tête ! »

    L’équation devient d’autant plus intenable que les institutions leur en réclament toujours plus, avec toujours moins. « Avec la prévention antiterroriste, des caméras ont été installées à l’entrée de l’établissement. On nous demande qu’une personne surveille en permanence les écrans. Or, le week-end, il n’y a personne à l’accueil. C’est une aide-soignante qui doit le faire, rapporte Sandrine Ossart, aide-soignante dans une petite maison de retraite privée à Nantes. C’est impossible ! Nous ne sommes pas assez nombreuses pour avoir quelqu’un devant les écrans toute la journée. »

    « Les pouvoirs publics n’appliquent rien de ce qu’ils préconisent »

    Pourtant, les plans « dépendance », « canicule » ou « Alzheimer » se sont succédé. « En, 2012, avec le plan Alzheimer, des moyens avaient été débloqués. Mais depuis quatre ans, c’est une catastrophe ! Dans mon établissement, nous avons un pôle de soins dit "adaptés" pour les personnes les plus dépendantes. L’Agence régionale de santé dit qu’il faut deux personnes pour y travailler. Mais elle ne nous donne les moyens que pour une seule. Les pouvoirs publics n’appliquent rien de ce qu’ils préconisent, » poursuit-elle.

    Résultat : sans les moyens nécessaires, la masse de travail augmente pour les personnels, et les conditions se dégradent. « Dans mon établissement, chaque aide-soignante doit faire la toilette de 12 résidents chaque jour », déplore Sandrine Ossart. Or, laver des personnes dépendantes qui, pour beaucoup, ne peuvent pas se lever de leur lit, prend du temps et beaucoup d’énergie. Ailleurs, l’« objectif » managérial à remplir peut monter jusqu’à 15 toilettes par jour pour une seule salariée. Il faut donc se dépêcher toujours plus pour les réaliser.

    Ce constat vécu au quotidien par les personnels soignants est confirmé par la récente étude du ministère de la Santé sur les conditions de travail en maison de retraite. « La principale conséquence des évolutions du public [c’est-à-dire des résidents, ndlr] et des modes d’organisation durant la période récente est l’intensification des cadences qui apparaît, sans augmentation importante des moyens, comme la seule possibilité pour effectuer l’ensemble des tâches imparties aux soignants », expliquent les auteurs.

    « Nos groupes maintiennent leurs marges opérationnelles »

    Face à ces difficultés, que font les autorités ? Qu’il s’agisse de maisons de retraite publiques ou privées, ce sont en partie les pouvoirs publics qui les financent, à travers une convention tripartite entre l’établissement, le conseil départemental et l’agence régionale de santé (ARS) – c’est à dire l’État. Dans ces conventions, les effectifs sont définis et budgétisés. Mais sur le terrain, les embauches ne suivent pas toujours, les remplacements non plus.

    « Nous n’avons pas accès à ces conventions. Nous ne savons pas ce que les tutelles, ARS et conseils départementaux, donnent à nos établissements, précisent Guillaume Gobet et Albert Papadacci, cuisiniers en maison de retraite privée et responsables syndicaux dans deux des plus importants groupes privés à but lucratif du secteur. Ce que nous savons, c’est que le bénéfice est le nerf de la guerre. Nos groupes maintiennent leurs marges opérationnelles en jouant sur les CDD. Les directions réduisent aussi de plus en plus les coûts sur l’entretien, le matériel – comme les gants – et la cuisine. On fait baisser les coûts en cantine, avec une dégradation des produits et des rations. Face à cette situation, nous n’avons pas de soutien des tutelles. Car moins elles donnent, mieux elles se portent. »

    « De l’argent, si on veut il y en a »

    Une place en maison de retraite coûte cher. Au moins 1 800 euros dans l’établissement public où travaille Anne, 3 à 4 000 euros dans le privé. Anne, elle, gagne 1 600 euros nets par mois, en travaillant en horaires décalés, et un week-end sur deux. Dans la maison de retraite de Sandrine Ossart, à Nantes, aucune catégorie de personnel, sauf ceux qui sont au Smic, n’a été augmentée depuis six ans. « Les aides-soignantes finissent par être payées au même niveau que les agents de service. Dans ces conditions, notre diplôme ne vaut plus rien. Nous ne trouvons plus d’aides-soignants à embaucher dans nos maisons. Et ce sont des personnels sans diplôme qui arrivent. Tant que les familles ne se plaindront pas pour demander des conditions de prise en charge dignes et les conditions de travail qui vont avec, rien ne changera. »

    Avec un nombre de personnes de plus de 85 ans qui devrait quadrupler en France d’ici 2050, passant de 1,4 à 4,8 millions, et donc un besoin en personnels de maisons de retraite qui va s’accentuer d’année en année, il serait pourtant urgent que la situation évolue [4]. « Les autorités tentent de mettre le dossier de la dépendance dans un tiroir. Mais un jour, il va exploser », alertent Albert Papadacci et Guillaume Gobet. « On nous fait des grands plans “Alzheimer“, des plans “canicule“, mais il n’y a pas les moyens pour les mettre en œuvre, pointe Anne. C’est de la maltraitance institutionnelle. De l’argent, si on veut, il y en a. C’est une question de volonté. »

     

    [1Fin 2011, 693 000 personnes vivaient dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées, selon une étude de 2014 de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé. Cela représentait 5,5 % de plus qu’à la fin 2007.

    [2En équivalents temps plein. Source : « Des conditions de travail en EHPAD vécues comme difficiles par des personnels très engagés », Les Dossiers de la Drees, n°5, septembre 2016.

    [3« Des conditions de travail en Ehpad vécues comme difficiles par des personnels très engagés », Les Dossiers de la Drees, n°5, septembre 2016.

    [4Source.

     

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    Publié le par "Citoyen 18"
    Publié dans : #Politique

    Le Parti socialiste d'Espagne a choisi de laisser la droite de Mariano Rajoy revenir au pouvoir. Par peur d'Unidos Podemos, le PSOE s’abstiendra lors du vote de confiance pour laisser la droite, minoritaire, poursuivre sa politique conservatrice.

    Le roi d'Espagne a donc entamé ce lundi les consultations avant de confier au conservateur Mariano Rajoy la formation d'un nouveau gouvernement. Il se présentera alors devant le Parlement, où il est assuré d'être investi avec le soutien des 137 députés de son Parti populaire (PP) et des 32 libéraux de Ciudadanos, grâce à l'abstention des 85 élus socialistes.

    Sans majorité au Parlement Rajoy aura les mains liées. Le Parti socialiste (PSOE) laisse la droite gouverner mais incarner l'opposition, et ne pas la laisser à l’alliance Unidos Podemos. Mais surtout le PSOE avait le pouvoir de déclencher de nouvelles législatives, les troisièmes, lors desquelles les socialistes risquaient une sacré déroute électorale. "La répétition des élections serait nuisible aux intérêts de l'Espagne et des Espagnols" essaye de se justifier le parti. Le comité fédéral du PSOE, qui fixe la ligne du parti entre les congrès, a pris sa décision après un débat bien ordonné, contrairement aux invectives et aux menaces de la réunion chaotique du 1er octobre, qui a abouti à la démission forcée du secrétaire général du parti, Pedro Sanchez. Celui-ci refusait catégoriquement de laisser le conservateur Mariano Rajoy se maintenir au pouvoir, après un premier mandat marqué par les scandales de corruption, la volonté de limiter l’IVG et des inégalités croissantes. Les socialistes ont pourtant préféré Rajoy plutôt que de risquer un résultat électoral encore plus humiliant qu'en décembre 2015 et en juin 2016. Avec une ligne bien à gauche et sans compromission, l’alliance entre Izquiedra-Unida et Podemos pourrait les dépasser.

    Le Parti populaire (PP) avait remporté de peu ces deux derniers scrutins, mais sans majorité absolue et sans alliés. Le PSOE préfère l’opposition et espère des concessions de la droite sans majorité, plutôt que de gouverner fermement à gauche.
    Malgré le vote de dimanche, certains députés PSOE, notamment les catalans, refusent de se plier à la discipline de parti. "Nous désobéissons, et nous sommes prêts à en assumer les conséquences", a déclaré lundi à la radio leur chef, Miquel Iceta.
    Ils accusent le PP d'être responsable de la montée de l'indépendantisme et dénoncent le divorce entre les organes dirigeants du parti et les militants, plus favorables au "non à Rajoy".
    Pablo Iglesias a déclaré dès dimanche soir que "les masques sont tombés", dénonçant la formation d'une "grande coalition" entre les socialistes et la droite.

    Par: Humanite.fr

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    Publié le par "Citoyen 18"
    Publié dans : #Santé

     

    Rachel Knaebel, Simon Gouin

    Chaque année, les grands laboratoires pharmaceutiques dépensent des millions d’euros en « études observationnelles ». Le principe ? Rémunérer des médecins pour qu’ils transmettent à ces mêmes labos des données concernant les effets des médicaments prescrits sur leurs patients. Problème : entre des objectifs scientifiques et sanitaires louables, et des pratiques commerciales visant à assurer la prescription de leurs produits par les médecins concernés, la frontière est parfois floue. Et les intérêts économiques en jeu colossaux. La pratique est très répandue en Allemagne, mais aussi en France. La transparence, beaucoup moins. Les patients et la Sécurité sociale, qui finance les prescriptions, s’y retrouvent-ils ? Basta ! a mené l’enquête.

    [Lire la suite de Comment des laboratoires pharmaceutiques rémunèrent des médecins pour des études scientifiquement contestées]

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    Publié le par "Citoyen 18"
    Publié dans : #Humeurs
    75% des personnes interrogées souhaiteraient la mise en place de dispositifs pour permettre aux citoyens "de participer plus activement aux décisions qui les concernent".
    75% des personnes interrogées souhaiteraient la mise en place de dispositifs pour permettre aux citoyens "de participer plus activement aux décisions qui les concernent". ©
    DAVID Thierry

    Selon un sondage, plus de la moitié des Français pensent que les personnes qui exercent le pouvoir sont, "pour une grande partie d'entre elles", corrompues.

    A quelques mois de l'élection présidentielle, le fossé entre les citoyens et leur dirigeants semble encore s'agrandir. Selon un sondage Harris Interactive pour l'association Transparency international France et le cabinet Tilder, plus d'un Français sur deux (54%) pense que "les personnes exerçant des responsabilités importantes ou ayant du pouvoir sont pour une grande partie d'entre elles corrompues".

    40% des personnes interrogées estiment ainsi que seule "une petite partie d'entre elles" est corrompue, et 6% considèrent qu'elles ne sont "pas corrompues". Les politiques comptent parmi les catégories qui suscitent le plus de méfiance.

    En tête des responsables jugés les plus corrompus figurent les parlementaires français (77%), les députés européens (76%) et "le pouvoir exécutif national" (72%). Les juges (37%), les militants associatifs (34%) et dirigeants de PME (22%) arrivent en bas de classement. Les syndicalistes (64%) et les journalistes (58%) sont dans la moyenne.

    Permettre aux citoyens de donner leur avis

    Pour lutter contre "la corruption de la vie politique", les personnes interrogées jugent à 84% qu'il serait positif de "favoriser le renouvellement des responsables politiques (limitation des mandats dans le temps et interdiction du cumul d'un mandat de parlementaire avec un mandat d'exécutif local). 83% estiment également efficace de limiter et contrôler plus strictement le financement de la vie politique "venant des partis, des entreprises et des particuliers".

    Un encadrement plus strict du lobbying (79%), un renforcement de l'indépendance de la justice (78%) et un contrôle a priori de la situation fiscale des ministres et des hauts fonctionnaires (78%) sont également plébiscités.

    Les dispositions pour permettre aux citoyens "de participer plus activement aux décisions qui les concernent" (développer les pétitions, les "consultations citoyennes" en ligne...) recueillent l'assentiment de 75% des personnes interrogées.

    L'enquête a été réalisée en ligne du 23 au 25 août auprès de 1 000 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. 

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