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citoyen18.overblog.com

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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #International

Olivier-Berruyer.jpgOlivier Berruyer est rédacteur du blog les-crises.fr, et membre du Think Tank « les Econoclastes »

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Les tensions entre la Russie et l’Ukraine, donc l’Europe et les Etats-Unis par la même occasion n’ont jamais été aussi fortes au cours des deux dernières décennies. De nombreux militaires ukrainiens ont perdu la vie dans des affrontements à l’instar de plusieurs dizaines de civils et soldats du côté des indépendantistes ces derniers jours.

 

News360x - M.Berruyer, comment interprétez-vous l’attitude de la Russie durant ces dernières semaines fortement agitées ?

Nous sommes aujourd’hui dans une situation où l’on accuse la Russie de menacer la paix mondiale, et d’actes dont la gravité me paraît bien moindre que celle des interventions et soutiens financiers avérés des occidentaux à une classe politique ukrainienne dangereuse et corrompue.

Nous les accusons par exemple d’avoir participé à la destruction d’un avion civil et ce sans la moindre preuve concrète alors que les dernières informations rendues momentanément disponibles par un des experts de l’OSCE sur le sujet laissaient à penser qu’ils ne sont responsables de rien. On les accuse de soutenir militairement et financièrement les pro-russes, pendant que M.Obama annonce officiellement vouloir former et armer la garde nationale ukrainienne, soit des soldats obéissant à un régime terriblement hostile à Moscou.

On se refuse à sortir d’une spirale suicidaire qui se dirige dans une direction contraire au bon sens, et à nos intérêts économiques et politiques.

 

La réponse russe cinglante au nouveau stade des sanctions financières européennes vous inquiète t’elle quant au devenir des relations russo-françaises ?

Les sanctions économiques que nous avons prises sont les prémices à une guerre économique qui a de fortes chances de prendre de plus en plus d’ampleur au cours des semaines à venir. Le plus drôle dans tout cela, c’est que l’on prend ces mesures théoriquement pour aider l’Ukraine alors qu’elle sera la première à subir les conséquences de ces sanctions qui s’avèrent terribles pour son économie déjà fragile.

 

On a l’impression que l’on fait tout pour que la Russie se referme sur elle-même et se soude définitivement derrière son dirigeant pourtant déjà très populaire parmi les siens. Il faut remettre au centre de l’équation nos intérêts tout en nous rappelant que ceux-ci vont de pair avec notre sécurité et d’un partenariat économique sain avec nos voisins.

 

Nous avons semble-t-il oublié toute notion de diplomatie et de géo-stratégie, et nous nous trouvons dans une phase qu’Emmanuel Todd considère avec justesse comme « primitive ». On se moque des intérêts réciproques, on ne cherche plus à comprendre l’autre, on cherche simplement à lui faire mal en espérant naïvement qu ‘il n’aura pas la moindre réaction.

 

Comment cette situation est-elle vécue en Russie selon vous ?

Mettons-nous quelques secondes à la place d’un citoyen russe lambda :

Si vous habitez à Moscou, et que vous vous apercevez que vous êtes sanctionné économiquement par les nations européennes et que vous ne trouvez  aucun écho ou soutien parmi les pays membres de l’UE, vous vous sentez ignoré.

 

Si vous voyez l’essentiel des organisations occidentales soutenir un régime frontalier qui vous est pourtant publiquement hostile et possède dans sa classe politique nombre de personnalités n’hésitant pas à exprimer publiquement leur russophobie, vous vous sentez exclu.

 

Si en plus de cela, vous constatez que l’on accuse et pénalise votre pays pour un appui supposé à des rebelles qui affrontent et donc tuent des militaires ukrainiens, alors que dans le même laps de temps, aucune sanction n’est prise contre Israël après les presque 2000 morts civils, vous vous sentez humilié.

 

Les potentiels interventionnismes russes et occidentaux ne sont-ils pas tous deux critiquables ?

Ce que la Russie fait c’est apporter son soutien à une partie de la population vivant à l’Est de l’Ukraine, qui selon toute vraisemblance (sondages et référendum du 11 mai) ne veut pas de la tutelle du nouveau gouvernement de Kiev, hostile aux russophones. Elle semble également avoir du mal à digérer que l’Ukraine se retrouve sous influence étrangère, et potentiellement bientôt intégrée à l’OTAN, ce qui me semble parfaitement compréhensible.

 

Aujourd’hui les pressions et les financements politiques comme militaires de l’Europe et des États-Unis auprès des organisations et partis ukrainiens sont des faits avérés, là où l’envoi de matériel de combat et d’avoirs russes aux autonomistes sont encore au stade de la spéculation. Il n’est pas difficile de déterminer lequel des deux camps participe le plus activement au conflit.

 

Si l’on prend du recul et qu’on s’amuse à imaginer quelle serait la réaction des nations occidentales si la Russie incitait le Royaume-Uni ou la Belgique à sortir de l’Europe, il y a fort à parier que celle-ci serait d’une ampleur similaire ou supérieure.

 

Quelle serait la réaction du gouvernement français si la Russie mettait tout en œuvre pour que le gouvernement allemand lui soit hostile ? Pourquoi alors que nous avons des problèmes de compétitivité nous faisons tout pour intégrer un partenariat de libre-échange avec l’union européenne un pays où le SMIC horaire est plus faible qu’en Chine ou en Roumanie ?

 

Est-ce que cette guerre économique a une chance de voir éclore un volet militaire?

Honnêtement je n’en sais rien. La seule chose que je sais c’est que si on avait géré cette situation intelligemment et surtout que l’on ne l’avait pas provoquée, vous ne me poseriez pas cette question.


Je crois à titre personnel que la crise et les conflits économiques à venir vont nous priver d’intervention militaire, car il sera très difficile de faire financer par les populations des conflits armés pendant que leur pouvoir d’achat s’écroule.

 

Après bien sûr, je ne garantis rien, car il n’est pas dit que Poutine reste de marbre face aux dernières déclarations clairement interventionnistes de Barack Obama, et à une Union Européenne qui a voté une aide de plusieurs milliards d’euros à un régime clairement hostile à la Russie et à la partie des ressortissants russes qui vit encore dans la région.

 

Quant aux dirigeants européens qui pensent que la Russie va se laisser intimider par les sanctions et leur potentielle escalade, ils oublient sans doute que la Douma est déterminée à assurer la sécurité des citoyens russes à travers le monde, et que, contrairement aux français, les russes soutiennent leur président et le suivront si il demande de leur part plus d’efforts.

 

En tant que français c’est de la folie, on participe à une guerre économique pour espérer faire perdre 1 point de PIB à la Russie, alors que c’est un peuple qui est soudé, uni, et qui a perdu il n’y a pas si longtemps que cela dans les années 1990 plus de 50 points de PIB et a su rebondir.
Ce serait une première historique de voir les russes céder face à des pressions étrangères, ce qui explique par ailleurs en grande partie pourquoi les États-Unis voient en eux leurs adversaires les plus directs.

Ce conflit aura au moins permis de mettre en lumière aux yeux de beaucoup, en plus de la complexité de l’identité et de l’importance stratégique de l’Ukraine, la douce imbécillité de nos dirigeants qui ont abandonné tout forme de mesure et de diplomatie.

 

Par et suite à l'entretien avec Olivier Berruyer réalisé pour News360x
Lilian Delfau – News360x

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