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citoyen18.overblog.com

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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Europe

Le PiS (Droit et Justice) au pouvoir en Pologne a tenté début octobre d’interdire complètement l’avortement. Après un premier recul face à la mobilisation de milliers de personnes, dont 300 000 à Varsovie le 3 octobre, il ne lâche pas le dossier. À la veille d'une nouvelle journée de protestation, rencontre avec des femmes en colère, qui pour certaines s’habillent désormais en noir en guise de protestation.

Bożena Przyłuska, cadre dans une entreprise, 40 ans.

« Je suis l’une des organisatrices des manifestations contre l’interdiction totale de l’avortement. Je le fais à titre personnel, pas pour le compte d’une organisation. Je ne fais pas partie du milieu féministe polonais qui, durant des années, n’arrivait pas à rassembler. C’est en tant que mère de deux adolescents que j’ai commencé à prendre conscience du poids de l’Église dans ma vie : l’année dernière, constatant qu’il était difficile d’échapper aux cours de religion à l’école, j’ai créé un mouvement pour une école laïque. Très vite, j’ai été suivie par d’autres parents d’élèves… Je ne voulais pas m’arrêter à ce premier succès. J’ai commencé alors à me mobiliser pour le droit à l’avortement. Ce lundi 24 octobre, pour la prochaine manifestation, je vais parler devant l’une des églises de Varsovie : nous organisons une “conférence épiscopale des femmes”. Mon discours portera sur ce que veut dire défendre la vie des femmes dans le monde contemporain. Malgré le retrait du premier projet d'interdiction totale de l'avortement, le gouvernement ne va pas lâcher : l’Église a fait campagne pour lui, il doit payer sa dette. Or il n’a rien d’autre que nos droits pour le faire. Ce qui caractérise la situation actuelle, c’est le mépris de nos dirigeants. Ils veulent décider pour nous, dans ce qui est une affaire très personnelle. Ces dernières années, la Pologne a connu de grands succès matériels mais ça n’a pas suivi sur le plan démocratique : les pratiques mafieuses dominent dans les partis et les électeurs ne sont jamais écoutés. Il faut peut-être avoir atteint le fond pour grandir enfin. »

Joanna Olech, auteure de livres pour enfants, 61 ans.

« Je suis allée à la manifestation du 3 octobre avec mon mari. Cela m’agace que certains considèrent ça comme une affaire de femmes. Lorsque je suis arrivée à Nowy Świat [l’une des artères principales du centre de Varsovie – ndlr] et que j’ai vu toutes ces femmes en noir converger, j’étais très impressionnée. Nous sommes remontées en direction de la vieille ville, en passant devant la cathédrale. Soudain, nous avons vu l’archevêque sortir, pour se rendre au palais présidentiel. On voyait qu’il avait peur… Depuis des années, j’ai le sentiment que les femmes ne sont pas traitées à leur juste valeur en Pologne. Le stéréotype de l’homme intelligent face à la blonde idiote est encore vivace. Il n’y a pas de média dirigé par une femme. Dernièrement, j’ai vu un débat à la télévision où huit hommes débattaient de l’avortement ! Ce qui m’agace le plus, c’est l’hypocrisie autour de tout ça. Les députés qui se prononcent contre la contraception n’ont qu’un ou deux enfants. Comment ont-ils fait pour ne pas en avoir plus ? Ce gouvernement me fait honte. Il agit de manière brutale et obsessionnelle. Il mine nos relations internationales. J’ai l’impression de vivre dans une dictature des imbéciles. »

Marta Czajkowska, monitrice d’escalade, 37 ans.

« Le 3 octobre, c’est la première fois de ma vie que je manifestais. Moi qui n’aime pas la foule et qui ne m’intéressais pas vraiment à la politique – je ne me souviens même plus pour quel parti j’ai voté il y a un an –, cette fois-ci, je voulais participer. Je ne suis pourtant pas quelqu’un qui défend l’avortement. Mais lorsque le PiS [Droit et Justice, le parti au pouvoir – ndlr] prétend qu’il faut mener une grossesse à son terme même si le bébé doit mourir dès la naissance, je me sens attaquée personnellement. C’est une énorme hypocrisie : si on défend la “vie”, pourquoi ne met-on pas en place des allocations pour les enfants handicapés ? Le gouvernement s’intéresse à notre ventre… et après ? Je ne suis pas a priori contre tout le programme du PiS : sa proposition de fermer les commerces le dimanche, par exemple, je suis pour. Mais depuis qu'il est au pouvoir, c’est mensonge sur mensonge. Il est en train de faire de la Pologne une nouvelle Corée du Nord. Il récrit l’histoire ; maintenant il veut réformer l’éducation en supprimant les collèges alors que notre système se situe parmi les quinze meilleurs au monde selon le classement PISA [Enquête sur les systèmes éducatifs menée tous les trois ans par l’OCDE – ndlr]… Je suis croyante, je me suis mariée à l’église. Mais pour moi, le PiS n’est pas chrétien : c’est un parti qui attise la haine et les divisions. Ces derniers temps, j’ai cessé d’aller à la messe, j’en ai assez de voir les évêques faire de la politique. »

Justyna Bacz-Kazior, chanteuse, 53 ans.

« Je manifeste pour le droit à l’avortement mais je m’interroge : est-ce la bonne méthode ? Ne risque-t-on pas de s’épuiser ? Quand on entend le ministre des affaires étrangères, au lendemain de notre rassemblement massif, dire “Eh bien, qu’elles s’amusent !”, c’est désespérant. Le niveau de cette classe politique, son langage, son comportement nous emmènent très très bas. Mais ce gouvernement a été élu démocratiquement : que peut-on faire ? Il est là pour encore trois ans… Pour moi, le PiS est un parti d’extrême droite avec quelques éléments socialistes, comme l’allocation familiale de 500 zlotys mensuels par enfant [115 euros – ndlr]. C’est grâce à cette mesure qu’il a encore le soutien d’une partie de son électorat. Mais le niveau de haine dans la société polonaise a considérablement augmenté à cause de sa politique. Le pays n’a jamais été autant divisé. Je ne comprends pas quel est son but. À qui profitent ces divisions ? Ma génération, qui a connu le régime communiste, se sent menacée. Cela me rassure que la Commission européenne ait mis la Pologne sous surveillance pour non-respect de l’État de droit, et que la commission de Venise réagisse elle aussi. Si on fait partie d’un groupe de pays, il faut s’adapter. On était tellement content d’entrer dans l’Union en 2004 que d’entendre aujourd’hui Kaczyński et Orbán remettre en cause les valeurs européennes me rend malade. »

 

 

 

Agata Diduszko, journaliste à Krytyka Polityczna, 40 ans.

« La guerre est ouverte. Le prochain projet de loi en préparation vise à interdire la contraception hormonale. Ces gens qui nous gouvernent sont des fondamentalistes, des fanatiques. Je suis très heureuse que les femmes commencent massivement à prendre conscience de ce qu’il se passe. Pour la première fois, le 3 octobre, j’ai vu des adolescentes manifester, alors que les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas d’autres réalités que celle des cours de religion à l’école et du droit très restrictif à l’avortement introduit en 1993 ! Ils ont grandi dans une société beaucoup plus conservatrice que moi. La question de l'IVG est une vaste hypocrisie en Pologne : on compte environ 150 000 avortements clandestins chaque année… Les femmes qui ont les moyens vont à l'étranger pour se faire avorter. Plus la loi est stricte, plus elle est créatrice d'inégalités. Aujourd'hui, l’Église est au pouvoir. On continue de payer le tribut pour son rôle dans la chute du communisme. Mais la pratique religieuse est en chute libre : seulement 40 % des Polonais baptisés vont à la messe. Moi-même, je veux faire mon apostasie. Il faut juste que je trouve le temps ! »

 Par Amélie Poinssot et MEDIAPART.

 

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