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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Médias
Saignées dans les rédactions, fermetures de titres et redressements judiciaires en série : la désagrégation brutale du groupe Hersant a encore des conséquences dans l'outre-mer français. Les derniers soubresauts de cet empire qui possédait des journaux sur les trois océans mettent à mal le pluralisme et l'espace public, de La Réunion à Tahiti en passant par les Antilles.

Il fut un temps où le nom d'Hersant faisait trembler jusque dans les cabinets ministériels, jouissait d'un écho puissant dans les couloirs de l'Assemblée nationale et surtout signifiait un continent de papier quotidiennement imprimé de l'Atlantique au Pacifique en passant par l'océan Indien.

« Entre le début des années 1970 et sa mort en 1996, Robert Hersant possédait un bon tiers de la presse quotidienne régionale et une partie de la presse nationale », rappelle Patrick Eveno, historien des médias et auteur d’une Histoire de la presse française, de Théophraste Renaudot à la révolution numérique. « Pendant une vingtaine d'années, cet homme a été sur le devant de la scène, et une dizaine de députés, directeurs de journaux ou dirigeants de son groupe étaient ses salariés. Ce qui faisait dire à certains qu'il avait un groupe parlementaire. »

De tout cela, il ne reste aujourd'hui rien, ou presque. Les ruines de l’empire Hersant sont d'abord à chercher du côté de la Suisse et plus précisément de Genève, sur les rives du lac Léman. Philippe Hersant, héritier du groupe, s'y est réfugié après les déboires rencontrés par ses différentes entreprises et des relations tendues avec les banques, qui ont poussé à la vente de ses actifs. Il y est encore propriétaire de quatre journaux, à l'audience locale – « cantonale » pour reprendre le terme suisse –, employant tout de même environ 300 salariés. « Nous n'avons pas accès aux comptes, donc il est difficile d'être précis, mais de loin ses journaux ont l'air rentables : depuis dix ans le groupe se maintient et a trouvé un équilibre avec la concurrence », résume Yves Sancey, porte-parole de Syndicom, le syndicat des médias suisse. « Il n'y a pas eu de scandale récemment, à part la fermeture d'une imprimerie qui visait à faire des économies d'échelle et contre laquelle notre syndicat a protesté parce qu'elle nous rend dépendants de la concurrence pour imprimer les journaux. »

Ce qui reste du groupe Hersant semble donc aussi éloigné des bruyants scandales qui ont accompagné sa chute – il y a cinq ans lors de la vente de ses titres de presse régionale en France et de sa brève association avec Bernard Tapie – que de la puissance et de l'influence politiques qui ont été sa marque de fabrique pendant de nombreuses années.

Il ne faudrait pourtant pas croire que le nom d'Hersant a totalement disparu du monde de la presse écrite française. Lorsqu’il était au sommet, le père Hersant, celui qui était surnommé « le Papivore », a racheté des médias plus ou moins en difficulté et en a créé en Guyane, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie et à La Réunion. Ces journaux lui ont d'ailleurs servi de laboratoire pour une presse ultramarine aussi populaire que politique, offensive sur le plan commercial.

 

La une de "France Antilles", dernier pré carré du groupe Hersant en France © France Antilles La une de "France Antilles", dernier pré carré du groupe Hersant en France © France Antilles

 

Alors que de L'Union de Reims aux Nouvelles de Tahiti l’empire de papier a été dépecé en cinq ans à peine, Philippe Hersant contrôle encore aujourd'hui les quotidiens France-Antilles et France-Guyane. C'est donc dans l'outre-mer que l’on peut encore voir les conséquences de l'implosion du royaume de papier sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

À La Réunion, les salariés du groupe du Journal de l'île de La Réunion craignent pour la survie de leur journal : leur entreprise est en redressement judiciaire et la rédaction va subir un plan social qui l'amputera d'un tiers de son effectif, soit une trentaine de journalistes. Les journalistes polynésiens ont bien du mal à se remettre du traumatisme de la fermeture extrêmement brutale du titre Les Nouvelles de Tahiti. Enfin, dans la Caraïbe, les salariés de France-Antilles se demandent à quelle sauce ils vont être mangés ; ils sont les derniers survivants du giron de la famille Hersant, mais ne sont pas moins en danger que leurs confrères, liés au destin des restes peu glorieux de l'empire.

Juin 2016, coup de théâtre au Journal de l'île de La Réunion (JIR) : la direction annonce un changement à la tête de la rédaction en la personne de Jacques Tillier. Sur place, cet homme est loin d'être un inconnu, il a assumé ces fonctions pendant près de vingt ans, de 1990 à 2008, pendant toute la période où le groupe Hersant possédait ce titre de presse régionale d'outre-mer. Une différence de taille tout de même : aujourd'hui, le JIR n'appartient plus à Hersant et il est en redressement judiciaire depuis quelques mois.

« Lorsque Jacques Tillier est parti, nous ne savions pas quelle était la situation du JIR, en fait nous ne savions même pas que notre entreprise venait de changer de main ! » En 2009, Véronique Hummel, journaliste spécialisée dans l'éducation, membre active du Syndicat national des journalistes (SNJ), se sentait pourtant légitime pour suivre le processus qui a conduit à la sortie du JIR du groupe France-Antilles et à son rachat par un investisseur local.

 

JIR © Journal de l'Ile de la Réunion JIR © Journal de l'Ile de la Réunion

 

Cette cession d'actifs de Philippe Hersant a été décidée bien loin des rivages réunionnais. À ce moment-là, le groupe est déjà très endetté. Deux ans auparavant, Groupe Hersant Média (GHM) a fait l'acquisition de La Provence, Corse-Matin, Nice-Matin, Var-Matin et Marseille Plus. Et doit se débattre avec les déficits toujours plus importants du gratuit ParuVendu, face à une concurrence du Net chaque jour plus féroce.

Aux problèmes que traverse une grande partie de la presse écrite traditionnelle locale et nationale, il faut ajouter la réputation sulfureuse du groupe Hersant. Avant même d'émigrer en Suisse, ce groupe est connu pour son goût du secret et la façon opaque dont les pertes et profits des innombrables filiales et très nombreux titres se compensent entre eux. Ces pratiques ont d'ailleurs fait l'objet d'une plainte d'une intersyndicale SNJ-CGT-CGC à Nice-Matin, en 2013. Le parquet a ouvert une enquête et, selon les informations de Mediapart, la plainte a été classée sans suite en octobre 2015.

Jacques Tillier, l'homme de la situation pour Hersant, n'est pas moins sulfureux que ses patrons : ancien de Minute, victime du braqueur Mesrine dans des circonstances troubles, ce journaliste controversé a des méthodes expéditives. « À chaque fois qu'Hersant s’intéresse à un titre, il envoie son homme en éclaireur, en l'espèce ce sera Jacques Tillier, qui vient de la Françafrique, a passé quelques années au Gabon et ailleurs a conseillé des chefs d'État africains », précise Bernard Idelson, historien des médias à l'université de La Réunion et spécialiste des journaux de l’océan Indien. « Tillier a fait sa marque de fabrique des éditos de deux pages qui relayaient des dénonciations anonymes dans un style très “Troisième République”, avec une gouaille caractéristique. »

Après la vente du journal, Jacques Tillier poursuit logiquement sa carrière ailleurs dans le groupe Hersant. Ce sera L'Union de Reims et, là aussi, les polémiques suivront le rédacteur en chef, comme l'a raconté Mediapart à l'époque.

Son retour à la tête du JIR très récemment – presque en même temps que l'annonce d'un plan social qui concerne un tiers de la rédaction, soit une trentaine de journalistes – est diversement apprécié dans la rédaction. « Les conditions du retour de Tillier nous ont posé question au SNJ », confirme Véronique Hummel, qui préfère toutefois se concentrer sur les chances de survie de son journal.

« Si le JIR disparaît, ce sera une perte grave pour le pluralisme des médias réunionnais, ajoute Bernard Idelson. La Réunion est l'un des derniers départements avec deux titres de presse quotidienne et deux moyens d'impression propres. La disparition d'un de ces titres confirmerait le fait que nous sommes dans une période de régulation, qui implique des changements dans l'espace public, c'est-à-dire que l'information est de plus en plus lisse, avec moins de volonté de faire du journalisme professionnel au sens français ou anglo-saxon du terme, de croiser le fer avec le pouvoir. »

Par: julien sartre et MEDIAPART.

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