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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Humeurs

Deux mois après le décès d’Adama Traoré, cet homme noir de 24 ans mort après son interpellation par les gendarmes, le procureur de Pontoise est fortement mis en cause pour sa gestion du dossier. Yves Jannier n’a eu de cesse de communiquer des éléments faux ou tronqués. Le magistrat doit quitter prochainement son poste… mais il est muté en raison de problèmes de management.

« Il est allé un peu vite en besogne dans sa communication », reconnaît Marc Robert, procureur général de la cour d'appel de Versailles et supérieur hiérarchique d’Yves Jannier, procureur de la République de Pontoise en charge de l’affaire Adama Traoré. Yves Jannier est sous le feu des critiques pour sa gestion des suites de la mort de cet homme de 24 ans à la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise, le 19 juillet. Et il devrait changer de poste, comme l’a écrit Le Monde le 15 septembre, pour endosser la fonction d'avocat général près la cour d'appel de Paris. D'ici quelques semaines, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) aura à entériner cette demande.

Mais le procureur général de Versailles, Marc Robert, est « formel ». Ce départ « n’a rien à voir avec l’affaire Traoré ». Comprendre : ce n'est en rien une sanction en représailles de la conduite du dossier par le procureur. Yves Jannier a, par exemple, omis de faire part d'un point crucial des deux rapports d'autopsie dans lesquels il est écrit noir sur blanc qu'un « syndrome asphyxique » pouvait être une cause du décès.

Adama Traoré. © DR Adama Traoré. © DR

Son nom en tout cas restera associé à une affaire qui a connu, en deux mois, des rebondissements incessants. Le procureur lui-même a contribué à exacerber les passions, en s'échinant à construire un récit partial pour essayer d'exonérer les forces de l'ordre de toute responsabilité dans la mort du jeune homme. Malgré les alertes de la famille du défunt et ses soutiens qui veulent savoir en détail ce qui s’est passé entre 17 h 45 et 19 h 05, entre l'arrivée d'Adama Traoré à la gendarmerie et le prononcé de son décès par les secours. Malgré le témoignage d'un pompier (révélé le 13 septembre par l’émission « Quotidien ») affirmant que dès son arrivée à la gendarmerie, il n'a pas senti le pouls d'Adama Traoré et a pris l’initiative de procéder à un massage cardiaque…

 

Sans eux, l’histoire d’Adama Traoré, mort à 24 ans le jour de son anniversaire à la suite d’une interpellation injustifiée par les gendarmes, serait restée dans les tréfonds de la rubrique faits divers. Il serait la simple victime d’une santé défaillante et d’un peu de malchance. Car ainsi parlait le procureur.

Il faut dire que le magistrat, surnommé « le discret Jannier », a dérogé à son silence habituel. Il a eu à cœur d’orienter la presse vers des pistes inexactes ou permettant de dessiner une vérité alternative. Chaque fois, il est sorti de son silence pour livrer les seuls éléments susceptibles d’écarter toute responsabilité des gendarmes, dans l’interpellation d’abord, puis dans la prise en charge de la victime lorsque les premiers signes de malaise se sont manifestés.

Yves Jannier a choisi un canal de communication privilégié, l’Agence France-Presse (AFP). Aucun communiqué de presse n’a jamais été diffusé, rendant les journalistes dépendants de cette seule source d’information sans pouvoir placer le procureur face à ses contradictions. Et les éléments livrés étaient soigneusement sélectionnés, quitte à faire des impasses béantes.

Reprenons le fil.

Le 21 juillet, soit à peine 48 heures après les faits, le procureur a partagé les conclusions du médecin légiste chargé de pratiquer l’autopsie du corps de la victime. Celle-ci se révèle peu concluante, puisqu’il y est mentionné « une absence de cause immédiate au décès ». Il insiste alors sur un point : il n’y aurait « pas de traces de violence significatives ». Il ajoute que « manifestement cette personne n’aurait pas subi des violences, comme certains membres de sa famille ont pu le dire »

Il s'agit d’évacuer tout soupçon de violences policières susceptibles d’envenimer une histoire déjà complexe. Les quatre jours qui ont suivi le décès d’Adama Traoré, la commune de Beaumont-sur-Oise, dans le quartier populaire de Boyenval où le jeune homme a grandi, a connu des affrontements avec les forces de l’ordre. Là-bas, tout le monde réclamait la vérité sur cette mort, suspecte à leurs yeux. C’est ce contexte d’embrasement qui aurait décidé le procureur Jannier à s’exprimer aussi vite et à insister sur l’absence de violences imputables aux gendarmes, assure Marc Robert, de la cour d'appel de Versailles. « Il a voulu communiquer là-dessus car l’urgence était de répondre à cette rumeur. Il n’y a pas eu de volonté de tromper même s’il est allé un peu vite en concluant à une mort naturelle », décrypte le magistrat.

Le procureur avait alors expliqué que la mort d’Adama Traoré « sembl[ait] être médicale chez un sujet manifestement en hyperthermie au moment où il a été examiné par les services de secours ». Puis il a évoqué la présence d’une « infection très grave », « touchant plusieurs organes », laissant entendre que la mort du jeune homme pourrait être due à un problème de santé et non à une conduite inappropriée des gendarmes.

Dans ce rapport sont simplement mentionnées « des lésions d’allure infectieuse » touchant les deux poumons et le foie. Le procureur a profité de sa prise de parole pour livrer des éléments de contexte tronqués. Il a assuré que le jeune homme s’était interposé pour empêcher son frère d’être appréhendé par les gendarmes qui le recherchaient pour une histoire d’extorsion de fonds, ce qui a conduit à sa propre interpellation. En réalité, Adama Traoré s’est simplement enfui à leur vue, n’ayant pas ses papiers d’identité sur lui, d’après sa famille. Ensuite, ajoute Yves Jannier, il a « fait un malaise pendant le trajet dans le véhicule », précisant que les pompiers étaient intervenus, sans toutefois parvenir à le réanimer.

Dès le début, la famille et ses soutiens demandent une contre-expertise. Laquelle est rendue publique le 28 juillet. Le procureur Jannier se fend d’une formule jumelle et annonce que ce second examen, effectué le 26 juillet, ne révèle encore une fois « aucune trace de violence » susceptible d’expliquer la mort du jeune homme. Plus prudent cette fois-ci, il explique, mettant encore en avant des paramètres extérieurs aux conditions d’interpellation : « Lorsque les secours sont intervenus, la température du jeune homme était très élevée, et c’était un jour de canicule. » Le procureur ajoute : « L’explication de la cause du décès ne pourra être apportée qu’avec l’ensemble des analyses [bactériologie, toxicologie, anatomopathologie] » dont les résultats devaient être attendus « dans le courant du mois d'août ». Pour le moment, deux mois après les faits, les conclusions n’ont toujours pas été rendues.

Miracle de la médecine, l’infection grave invoquée par le procureur après la première autopsie a disparu. Dans le second rapport, il est précisé qu’il n’y avait pas de « point d’appel infectieux sévère ». Mais Yves Jannier évoque alors une pathologie cardiaque, suggérant ainsi que le poids du cœur, supérieur à la normale, relevé sur le corps du défunt, pourrait être à l’origine du malaise provoquant le décès. Une version dont ne se satisfait pas la famille, qui assure qu’Adama Traoré était en pleine santé et réclame à la justice, en vain, une troisième expertise, refusée cette fois-ci au nom du respect de la dignité humaine.

Un décès dans de telles circonstances rend crucial le rapport d’autopsie. Quand il est correctement lu et relaté. En réalité, Adama Traoré ne souffrait ni d’une maladie cardiaque, ni même d’une « infection grave ». Mais là encore, la lecture des rapports d’autopsie par le procureur souffre, étonnamment, de l'omission concernant le « syndrome asphyxique ».

À deux reprises donc, il n’a pas fait mention de cet élément décisif. En clair, Adama Traoré a manqué d’air, ce qui aurait conduit à sa mort. Ce qui corrobore l’idée que le jeune homme est décédé après avoir subi la technique dite du « contrôle dorsal costal » ou « décubitus ventral », interdite dans certains pays comme le Canada et épinglée à intervalles réguliers par des associations comme l’Acat, ONG chrétienne contre la torture et la peine de mort (lire ici l’intégralité de son rapport sur les violences policières).

Le « contrôle dorsal costal », précise l'Acat, consiste à « plaquer et à maintenir une personne ventre au sol, tête tournée sur le côté. Les forces de l’ordre ajoutent parfois à cette position d’autres moyens de contention, tels que le menottage des poignets derrière le dos et l’immobilisation des chevilles (avec parfois les genoux relevés), et peuvent aller jusqu’à exercer un poids sur le dos de la personne ainsi maintenue à terre ». Une technique de maintien pouvant conduire à l’asphyxie.

 

Par Faïza Zerouala et MEDIAPART.

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sophia 26/09/2016 15:59

c'est vraiment honteux !

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