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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Politique

C’est une élection énorme et minuscule. Minuscule car c’est une départementale partielle, à Orange, dans le Vaucluse. Mais énorme par le symbole : elle oppose l’extrême droite à l’extrême droite, sous le regard d’une droite volatilisée, d’un PS absent, et d’une gauche représentée par un ancien ministre socialiste passé depuis trois mois chez Jean-Luc Mélenchon.

A Guignol, cette histoire serait une farce : l’histoire du gendarme qui taperait sur le gendarme. Plus drôle encore : le gendarme numéro 1, candidat élu en mars 2015, Yann Bompard, est le fils du maire d’extrême droite Jacques Bompard, fondateur de la Ligue du Sud, et de Marie-Claude Bompard, maire de Bollène, à vingt kilomètres d’Orange. Une PME familiale. Yann a battu de six voix le gendarme numéro 2, Jean-François Mattei, candidat Front national, envoyé là par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, députée de la ville voisine de Carpentras. Cette bataille est donc une sorte de Sisco entre héritiers, dans des partis connus pour dénoncer le népotisme et le privilège des assistés. Le Conseil d’État a cassé l'élection, et les Orangeois sont appelés à retourner aux urnes les 2 et 9 octobre prochains.

Dans la vraie vie, cette petite élection n’est pas un sketch. Elle concentre et amplifie des mouvements de fond qui travaillent le pays depuis de longues années, et dont la tectonique pourrait décider du sort de la prochaine présidentielle. Puissance d’une extrême droite installée qui vampirise la droite, droite qui reprend mot pour mot le discours de l’extrême droite en croyant stopper l’hémorragie, gauche de gouvernement réfugiée localement dans le clientélisme et nationalement dans l’imitation de la droite gestionnaire, populations sensibles aux discours identitaires, sentiment d’abandon…

Il y a, à Orange, tous les ingrédients généralement mis en avant dans l’analyse du phénomène Le Pen. Sauf qu’ici la poussée n’est pas une perspective mais une réalité, et que l’effondrement des partis de gouvernement, le fameux UMPS, n’est pas une projection mais un fait vérifié.

La ville d’Orange est passée au Front national en 1995, à peu près en même temps que celles de Toulon, Marignane, puis Vitrolles. Depuis 1977, comme tant d’autres, elle avait été gérée par des maires RPR, communistes ou socialistes. Les maires Front national de la vague 1995-1997 sont tous passés à la trappe ou partis vers la droite classique, pas à Orange. À Orange, Jacques Bompard, autocrate fort en gueule mais bien organisé, s’est installé comme un notable éternel, sans rien abandonner de son idéologie, mais cultivant sa clientèle et son « bon sens » de gestionnaire. Une réussite électorale qui le fera rêver d’un destin national. Il rompra avec Jean-Marie Le Pen, se rapprochera de Philippe de Villiers, avant de s’en éloigner, de fonder son propre parti, la Ligue du Sud, et de s’enfermer dans son donjon du Nord-Vaucluse.

Le résultat électoral est là. Élu avec une poignée de voix d’avance à l’issue d’une triangulaire en 1995, il est réélu au premier tour en 2001, 2008, et 2014 avec 60 %. Entre-temps, le grand élu (RPR puis UMP) du Nord-Vaucluse, le député Thierry Mariani, aura cherché à contrer cette expansion en orientant progressivement son discours vers les thèmes et les mots de son rival. Un mimétisme extrême-droitier, et un talent personnel, qui l’ont conduit à un double résultat. Mariani est devenu ministre des transports en 2010, appelé par un Nicolas Sarkozy en mode Buisson, pendant que la droite disparaissait progressivement du terrain.

Aujourd’hui, Mariani s’est exilé dans un Coblence du bout du monde, la zone Asie-Océanie-Europe de l’Est, pour devenir député des Français de l’étranger tandis que Bompard a digéré la droite classique qui hésite entre découragement et ralliement.

Le temps passant, le maire d’Orange a installé toute sa famille dans les fauteuils de la République, avec l’assentiment des électeurs : Madame à la mairie de Bollène, son fils Guillaume au conseil municipal d’Orange (chargé de la communication) et son fils Yann au conseil départemental. Un peu de patience, et les petits-enfants ne manqueront pas de ressentir la vocation.

Le seul tracas de cet identitaire brutal à la carrière de rad-soc cassoulet, c’est l’héritière Le Pen installée à Carpentras : Marion, petite-fille de Jean-Marie et nièce de Marine. Marion admet mal que cette terre d’extrême droite échappe à son emprise familiale, et Bompard ne supporte pas que cette cousine politique vienne chasser dans son fief héréditaire. Depuis 2012, de Carpentras à Sorgues en passant par Le Pontet, Avignon, Bollène, Orange, ou Marseille pour la Région, c’est la guerre de cent ans. Les coups de main succèdent aux poignées du même nom. Cette “cantonale”, comme on disait avant la dernière réforme des collectivités locales, est le dernier épisode d’une espèce de primaire permanente à la droite de la droite.

Et la gauche dans tout ça ? Elle a tenu la ville et la députation en un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Le parti socialiste a même eu, par deux fois sous François Mitterrand, un jeune et fringant ministre, Jean Gatel, secrétaire d’État à la défense en 1983, puis secrétaire d’État à l’économie sociale en 1984.

Or, pour cette élection, Jean Gatel est l’autre grand symbole. Il est de retour, en binôme avec la communiste Fabienne Haloui, mais le PS a renoncé à présenter un candidat ! Gatel, ancien du Ceres, donc proche de Jean-Pierre Chevènement, puis de Marie-Noëlle Lienemann ou Benoît Hamon, puis cofondateur de la Nouvelle Gauche, a quitté le navire socialiste pour se rallier à Jean-Luc Mélenchon ! « Une adhésion de raison, et pas une allégeance, explique-t-il. Je le côtoie depuis trente ans, et je connais ses travers et son sale caractère, mais c’est le plus cohérent à gauche. » En contrepoint, Gatel évoque les candidatures multiples des socialistes frondeurs : « Lienemann, Hamon, Filoche, Montebourg… Franchement, où vont-ils ? Cette primaire est absurde… »

Ainsi, dans une commune où les triangulaires envoyaient tour à tour aux commandes, comme dans tant d’autres villes, des socialistes ou des élus de droite classique, l’élection se joue désormais entre l’extrême droite et l’extrême droite, sous le regard de la droite balayée, et l’arbitrage d’un ancien dignitaire socialiste passé chez Mélenchon, et associé à la secrétaire départementale du parti communiste.

Au moins, la gauche est-elle unie ? Ce serait trop simple. Ce canton symbolique illustre aussi les divisions byzantino-florentines qu’on connaît au niveau national. Accrochez-vous : un candidat écologiste, qui avait fait équipe en mars 2015 avec la candidate communiste aujourd’hui associée à Gatel, a mal supporté d’être exclu du ticket. Serge Marolleau a donc d’abord sollicité la droite en vue de constituer un « front républicain », avant de poser sa candidature au nom d’une « alliance écologiste ». Ainsi, les chances infimes de qualifier la gauche au second tour sont quant à elles à peu près sûres d’être réduites à rien !

Dans de telles (mauvaises) conditions, comment expliquer le retour de Jean Gatel, sorti de sa retraite ? Il répond en souriant : « En rentrant de vacances, je me suis dit : si au moins je pouvais garder, ou faire revenir quelques électeurs perdus, qui se souviendront du vieux Gatel, ce serait déjà ça… » Il ne se fait aucune illusion : « Accéder au second tour, ce serait Lisieux, Lourdes et Fatima réunis, mais on ne peut pas rester les mains dans les poches à regarder la bataille entre les Bompard et les Le Pen. »

Sur l’effondrement local du PS, l’ancien secrétaire d’État et ancien socialiste porte un regard accusateur : « Le PS en est là parce qu’il a été incapable de faire de la politique. Il a longtemps tenu par son réseau de petits notables, et sa fédération d’apparatchiks strauss-khaniens passés à François Hollande puis à Manuel Valls, et ne s’est pas rendu compte que ça fondait sous ses pieds. » 

À propos de la déliquescence de la droite classique et de la domination absolue de l’extrême droite dans le Nord-Vaucluse, Gatel est encore plus lapidaire : « De ce côté-là, au fond, il n’y a aucun changement. La ville d’Orange était prête depuis longtemps, avec son substrat de population pied-noir mal remise de l’Indépendance de 1962, avec le glissement des personnels de la défense vers la droite dure, ils représentent un tiers des électeurs et je constatais déjà ce phénomène quand j’étais au ministère, avec ces viticulteurs très riches qui ont peur de perdre leur pouvoir et ces maraîchers très pauvres qui haïssent la mondialisation, avec ces gens très pauvres aussi, venus du centre ou du nord de la France et qui ne trouvent pas leur place… Depuis quarante ans, ici, la droite et l’extrême droite représentent de 60 à 65 % de la population. Quand la droite de Thierry Mariani s’est mise à tenir un discours extrême, Bompard qui est un rouleau compresseur n’a plus eu qu’à ramasser la mise, et voilà où nous en sommes ! »

Le premier tour aura lieu le 2 octobre, et le second le 9. Comme toujours avec ce genre d’élection partielle, les abstentionnistes seront sans doute beaucoup plus nombreux que les votants, mais on saura dans huit mois si cette confrontation est une curiosité locale enfermée dans son théâtre antique, ou la préfiguration d’un séisme de force 10, qui bousculera la France.

Par Hubert Huertas et MEDIAPART

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