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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Aide-Mémoire

L’ancien président de TF1, de France Télévisions et du Conseil supérieur de l’audiovisuel, se raconte dans un abécédaire intime (1). Il revient sur sa passion du journalisme, ses engagements anticolonialistes. Conversation à bâtons rompus avec une figure du paysage médiatique français.

Vous évoquez tout au long de ce livre votre parcours de journaliste, d’homme de télévision. Quel regard portez-vous sur le paysage audiovisuel d’aujourd’hui ?

Hervé Bourges La télévision numérique terrestre représente un progrès technique extraordinaire.Mais les exigences professionnelles et humaines ne sont pas à la hauteur de ce progrès. Peu maîtrisé, pas assez régulé, il peut conduire à toutes les erreurs : au pouvoir de l’argent, à la domination d’Internet et des réseaux sociaux. Avec le risque, pour les chaînes, de balbutier, de se répéter, de sacrifier à l’instantanéité sans aucun recul nécessaire. La pluralité, ce n’est pas le pluralisme… C’est un fait : la façon dont se produisent les chaînes d’information en continu privilégie, concurrence aidant, le spectaculaire, créant une sorte d’hystérie collective, le système se nourrissant de lui-même au détriment de la réalité des faits. Les deux mamelles de la télévision, aujourd’hui, sont malheureusement le populisme et la peopolisation. D’où l’importance d’une presse plurielle, avec des journaux aux lignes éditoriales différentes, suscitant la réflexion, le recul, l’analyse. Sur ce terrain, le service public continue, peu ou prou, de faire entendre sa différence par rapport aux chaînes privées sans être à l’abri de dérapages comme ce fut le cas après le carnage de Nice.

Vous brossez un portrait sans cruauté mais franchement distant des responsables politiques que vous avez côtoyés. Quel rapport entretenez-vous avec le champ politique ?

Hervé Bourges Un rapport de distance, en effet. Je suis un homme libre. L’esprit partisan, le sectarisme me sont étrangers. Contrairement à ce que certains auraient voulu croire, je n’ai jamais envisagé la moindre carrière politique. François Mitterrand, puis Jacques Chirac m’ont proposé de devenir ministre : j’ai refusé, comme j’ai toujours refusé tout mandat électoral. Je n’ai pas de carte de parti. Je suis progressiste, je ne m’en cache pas, et j’ai pris des engagements forts dans ma jeunesse contre le colonialisme. À la tête de RFI, de TF1, de France Télévisions, j’ai côtoyé des responsables politiques. J’ai eu affaire à eux lorsque j’étais président du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Je dois dire que, comme d’autres, j’ai subi des pressions, sans jamais y céder. Et je voudrais rendre hommage à l’ancien premier ministre Pierre Mauroy qui s’est montré le plus respectueux de la liberté de l’information et de celle des journalistes. Ses successeurs ont été plus interventionnistes. Avec François Mitterrand, nous n’évoquions pas la télévision, nos discussions portaient sur la situation du monde et de l’Afrique en particulier. J’ai beaucoup d’estime pour lui, tout en ayant conscience des reproches qu’on pouvait lui faire, sur son rôle de ministre de l’Intérieur, puis de la Justice, durant la guerre d’Algérie. Mais de cela, nous n’avons jamais parlé.

Comment s’est forgé votre engagement anticolonialiste ? Pourquoi vous êtes-vous opposé à la guerre d’Algérie ?

Hervé Bourges J’appartiens à deux anciennes familles françaises, d’origine terrienne, plutôt conservatrices, bretonne du côté paternel, berrichonne du côté maternel. À la maison, dans ma jeunesse rémoise, on était abonné au Figaro et on lisait le journal régional l’Union dont le correspondant parlementaire sera plus tard mon ami Roger Fressoz, futur directeur du Canard enchaîné et, alias André Ribaud, l’inoubliable chroniqueur de « la Cour ». Mon père était ingénieur à Gaz de France, il a dirigé deux usines à Bayonne et à Reims avant de terminer sa carrière à Paris. Je suis né à Rennes, en 1933, l’année de l’avènement d’Hitler et de l’incendie du Reichstag. Je me souviens de l’occupation allemande, de mon père ­rejoignant Londres et de deux de mes oncles, officiers, dont l’un sera fait prisonnier dès 1940 et l’autre tué à Saint-Gérard en Belgique. J’avais 7 ans en 1940. Le spectacle de la France pétainiste a contribué à forger mes engagements ultérieurs. Adolescent, je me rendais à la bibliothèque municipale de Reims, pour y consulter les Temps modernes et Esprit et emprunter des livres. Je feuilletais aussi tous les quotidiens et hebdomadaires. J’ai découvert le récit des guerres coloniales, dans les colonnes de l’Huma, de France Observateur, du Monde, de l’Express, du Canard et, par la suite, dans Libération. Nous n’en parlions pas à la maison, personne n’y prêtait vraiment attention. Ces journaux relataient ce qui se passait en Indochine, la déposition du sultan Mohammed V au Maroc, les combats de Bourguiba en Tunisie, les luttes de décolonisation, et la guerre d’Algérie. Puis, avec le service militaire – trente mois –je suis devenu témoin d’une guerre que j’avais dénoncée dans les colonnes de mon journal, Témoignage chrétien, un titre très engagé, tirant près de 100 000 exemplaires. Il avait été fondé dans la clandestinité par le père Chaillet, un jésuite qui avait contribué au sauvetage de centaines d’enfants juifs à Lyon. Je me sentais, enfant, très solidaire de cet homme. Pour cette raison, j’ai choisi, à la sortie de l’École supérieure de journalisme de Lille, de décliner l’offre intéressante du Figaro pour entrer dans ce journal issu de la Résistance. C’est par ce combat anticolonialiste que je suis devenu l’homme que je suis.

En Algérie, on a confié au jeune appelé que vous étiez l’organisation du théâtre aux armées et l’encadrement des jeunes d’Aïn Arnat…

Hervé Bourges J’étais deuxième classe, opposé à la guerre d’Algérie, fiché par la sécurité militaire, l’école d’officiers m’était donc interdite. Durant mes études secondaires, chez les jésuites de Reims, j’avais appris à faire du théâtre, je voulais être comédien. Lors d’une fête du régiment, j’ai proposé au colonel Crespin qui dirigeait la base d’hélicoptères d’Aïn Arnat de monter Antigone, de Sophocle, dans les ruines antiques de Djemila, près de Sétif. Il ne s’y est pas opposé. J’ai mis en scène cette pièce et joué le rôle de Créon. À l’issue de la représentation, je me suis retrouvé à expliquer le mythe d’Antigone devant 3 000 soldats, le général Salan et la maréchale de Lattre de Tassigny, marraine du régiment. C’est un des plus grands souvenirs de mon service militaire en Algérie que j’ai terminé avec deux citations et la croix de la Valeur militaire.

Au lendemain de l’indépendance, vous êtes devenu conseiller du président Ben Bella. Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter sa proposition ?

Hervé Bourges J’avais été, pour ainsi dire, son geôlier… Avant que je n’entre, en 1961, au cabinet du garde des Sceaux, Edmond Michelet, ancien résistant et déporté, celui-ci était entouré de deux compagnons de Dachau, Joseph Rovan et Gaston Gosselin. Ces deux-là avaient pris des contacts avec le FLN à la demande du ministre, qui en rendait compte chaque semaine au général de Gaulle. On commençait à parler de négociations : le général de Gaulle ne voyait pas cela d’un mauvais œil. Mais le premier ministre, Michel Debré, a exigé d’Edmond Michelet qu’il se sépare de ces conseillers jugés trop laxistes vis-à-vis du FLN. En réaction, Michelet s’est mis en tête de les remplacer par « quelqu’un de plus à gauche qu’eux ». Il m’a sollicité, j’ai intégré son cabinet. Je me suis alors occupé d’Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat et Mohamed Khider, les cinq responsables du FLN dont l’avion avait été détourné le 20 octobre 1956 par l’armée française. L’appareil, affrété par le roi du Maroc, avait décollé de Rabat, à destination de Tunis, avant d’être intercepté : premier acte de piraterie aérienne internationale. Tous les mois, je me rendais à Turquant, où étaient internés ces chefs du FLN, avec la mission de recueillir et de transmettre leurs demandes et de leur faire part des intentions du général de Gaulle. L’évolution politique était inévitable, des négociations allaient s’amorcer. Les accords d’Évian se profilaient. Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, de retour à Témoignage chrétien comme rédacteur en chef, j’ai reçu un appel de Ben Bella, qui était premier ministre avant de devenir président. Il me sollicitait pour « aider à créer l’Algérie nouvelle ». Je suis tombé des nues. Je ne voyais pas en quoi il pouvait avoir besoin de moi... Il a insisté, j’ai accepté et je n’ai jamais regretté ce choix. Je me suis occupé de la jeunesse et de l’information de 1962 à 1967. J’ai joué les intermédiaires entre Ben Bella et Aït Ahmed, lorsque celui-ci est entré en rébellion en Kabylie, en 1963. Certains, du côté de la sécurité militaire algérienne, voyaient peut-être en moi une barbouze. Pour l’OAS, j’étais sans doute un traître. Les factieux de l’Algérie française m’ont même condamné à mort comme l’a confirmé peu de temps avant sa mort le général Aussaresses et jusqu’à une époque récente, j’étais surnommé « Mohamed Bourges » dans les milieux ultras d’extrême droite. Alors que mon seul souci était d’aider à établir des relations nouvelles entre la France et l’Algérie.

Que retenez-vous de ces années algériennes ?

Hervé Bourges En Algérie et sur le continent africain, j’ai appréhendé la réalité, appris la patience et rencontré la fraternité. Une vraie fraternité, qui s’est perdue ici. J’ai noué, de Yaoundé à Alger, des amitiés sincères et durables.

En France, l’Algérie ne fait parler d’elle qu’à l’occasion de crises, de régressions. Son image médiatique correspond-elle à votre expérience de ce pays ?

Hervé Bourges Je regrette cette image. On peut critiquer la façon dont le pouvoir s’exerce aujourd’hui en Algérie. On peut penser que le président Bouteflika, qui a beaucoup fait pour son pays, aurait dû passer la main compte tenu de son état de santé. Il n’en reste pas moins que l’Algérie est un grand pays qui compte sur le continent africain, dans le monde arabe, sur la scène internationale. Les Algériens connaissent mieux que quiconque le terrorisme islamiste qu’ils ont subi et affronté les premiers. Il fallait voir, dans les années 1990, ces femmes clamant dans les rues d’Alger leur refus de subir le joug des intégristes. On n’évoque les femmes musulmanes que pour parler du voile. En oubliant ces milliers d’Algériennes qui, voilées ou non, continuent de se battre contre l’intégrisme. La France, à cette époque, détournait les yeux tandis que des centaines de journalistes, d’intellectuels, d’artistes étaient assassinés. On a si peu parlé des 200 000 morts de la décennie noire sinon pour exposer à la télévision les images de l’horreur. Connaître cette époque nous permettrait de mieux comprendre aujourd’hui le totalitarisme islamiste.

Vous établissez, dans ce livre, un parallèle entre les pouvoirs spéciaux et l’état d’urgence en vigueur depuis les attentats du 13 novembre. Pourquoi ?

Hervé Bourges Il ne faut pas avoir la mémoire courte. Mais les époques et les situations ne sont pas comparables. Durant la guerre d’Algérie, les pouvoirs spéciaux et l’état d’urgence permettaient de procéder à des arrestations n’importe où, à n’importe quelle heure et dans n’importe quelles conditions. Sous le gouvernement de Guy Mollet, je me souviens de mes amis, le professeur André Mandouze et le journaliste Robert Barrat, passant Noël à la prison de la Santé . Je me souviens des journaux censurés, l’Humanité, l’Express, France Observateur, Témoignage chrétien, qui paraissaient avec des pages blanches. C’était l’époque des exécutions capitales. Aujourd’hui, les images épouvantables de fanatiques procédant à des décapitations font le tour du monde. À l’époque, la France décapitait à la guillotine… Je pense à Fernand Iveton, un militant communiste qui avait pris le parti de l’indépendance de l’Algérie. Condamné à mort par un tribunal militaire, il a été exécuté, le président de la République, René Coty, ayant refusé sa grâce et le ministre de la Justice, François Mitterrand, n’ayant pas donné d’avis favorable à la commutation de la peine. Au total, 198 Algériens ont été guillotinés entre 1956 et 1962, Iveton étant le seul Européen à subir ce sort. « Pouvoirs spéciaux », « état d’urgence », ces simples appellations me rendent très prudent à l’égard de ce qui peut être considéré comme légal. Avec la légalité, on peut s’éloigner de l’État de droit. Alors il faut faire attention, garder l’histoire en tête et ne jamais laisser l’émotion et la passion l’emporter sur la raison quelles que soient les situations dramatiques que peut connaître notre pays confronté à la barbarie, comme récemment l’odieuse tuerie de Nice et l’assassinat du prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Que vous inspire la situation d’aujourd’hui ?

Hervé Bourges Comment croire que l’on pourra gagner le combat mondial contre le terrorisme – phénomène hélas de longue durée – uniquement par des mesures sécuritaires, pour indispensables qu’elles soient ? L’Occident n’a pas fini de payer les conséquences de l’intervention américaine en 2003 en Irak et celle de la France en Libye en 2011 ; toutes deux déstabilisatrices. L’effondrement des États, la porosité des frontières, l’éparpillement de djihadistes ont mené au chaos, à la multiplication des foyers terroristes. Assez des postures et des fuites en avant. L’unité nationale ne se décrète pas. Elle se construit. La surenchère politique comme le refus d’appréhender la réalité sont de dangereux poisons. En France, une minorité de citoyens conscients et de rares hommes d’État responsables refusent de transiger avec les valeurs de la Résistance et de la République. Ils tentent d’ébaucher une conscience planétaire, se référant à un même patrimoine de valeurs universelles. Et cependant, sur le terreau d’une Syrie brisée et martyrisée, d’un Irak éclaté et meurtri, d’une Libye devenue depuis l’intervention de nos apprentis sorciers le plus grand pourvoyeur de bandes criminelles, l’« État islamique » répand le sang des innocents à Paris, Nice et ailleurs en France, en Allemagne, en Belgique et jusqu’en Amérique.

En 2050, il y aura, dans le monde, 700 millions de francophones, dont 85 % sur le continent africain. La France prend-elle au sérieux cet enjeu qui vous tient à cœur ?

Hervé Bourges Une vraie politique de la francophonie est indispensable. Cette langue est une identité. Camus y voyait une patrie, Kateb Yacine, un magnifique « butin de guerre ». Ce qui prouve que même imposée, jadis, par la force, elle est devenue une langue de partage et de civilisation. Or je constate qu’elle est assassinée dans certains médias, malmenée dans l’expression des bureaucrates et des responsables politiques. Dans un monde dominé par la mode du globish, parler un anglais approximatif serait un gage de supériorité et les anglicismes nous envahissent. Je pense à Pierre Moscovici qui, à peine nommé commissaire européen, adressait à Michel Sapin un courrier en anglais. « Dear Michel… », c’est invraisemblable ! Dans ce combat pour défendre la langue, le rôle de la presse écrite demeure crucial. Quant à la radio et à la télévision, il faudrait qu’elles parviennent à se soustraire à la pensée unique et au suivisme jusque dans le domaine de la langue dont nous sommes les premiers prédateurs. Cette langue est le trait d’union d’une France plurielle, véritable pivot de notre identité multiculturelle. Comment ne pas profiter de cette diversité : ce pays est pourtant riche de ses populations, de ses terroirs et paysages multiples, de son histoire, de sa culture.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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