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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Aide-Mémoire

L’audience du 16 juin devant la cour d’appel de Versailles marque un tournant dans l’affaire Kerviel. Entre l’audition partielle de l’enregistrement de la parquetière dénonçant une justice « manipulée », et des témoins qui démontrent que la banque ne pouvait rien ignorer des agissements du trader, c'est toute la version officielle du dossier qui est mise en loques.

Les juges de la cour d’appel de Versailles, qui conduisent le procès pour déterminer au civil les responsabilités entre Jérôme Kerviel et la Société générale, s’attendaient certainement à un procès compliqué, avec des coups d’éclat et le « cirque médiatique » si souvent dénoncé par les avocats de la Société générale. Mais ils n’avaient sans doute pas anticipé ce qui s’est passé à l’audience du 16 juin. Brusquement, le brouillard qui entoure ce dossier depuis plus de huit ans a commencé à se déchirer. Des témoins sont venus raconter à la barre des faits qui n’avaient jamais été entendus auparavant. Les juges eux-mêmes ont semblé mesurer une réalité qu’ils n’avaient jamais perçue dans les enquêtes judiciaires et les jugements d’appel.

Ce changement fut perceptible dès le début d’audience. Le président de la cour d’appel, Patrick Wyon, avait pris en fin de séance, la veille, une décision inattendue : la cour allait écouter des extraits de l’enregistrement du vice-procureur de la République, Chantal de Leiris, révélé partiellement par Mediapart et 20 minutes en janvier, que la défense de Jérôme Kerviel avait déposé au dossier.

Cet enregistrement d'une conversation entre Chantal de Leiris et Nathalie Le Roy, ancienne policière en charge de l'enquête, avait déjà causé beaucoup d’agitation dès l’ouverture du procès. Les avocats de la Société générale avaient tenté de s’opposer à sa prise en compte dans le dossier par tous les moyens. Était-on bien sûr qu’il s’agissait de Chantal de Leiris, avait questionné Jean Reinhart, avocat de la Société générale, mis en cause dans l’enregistrement pour essayer d’en différer l’écoute.

 

Plusieurs contre-feux avaient été allumés auprès des journalistes afin d’en minimiser la portée : cette conversation n’était qu’amicale, la parquetière avait raconté à Nathalie Le Roy, qui aurait de «graves problèmes de santé et familiaux »( sic), ce qu’elle voulait entendre. Chantal de Leiris était une « vieille » parquetière, qui n’avait jamais vraiment traité l’affaire. D’ailleurs, que penser de ses propos, elle qui avait docilement requis pour amnistier Jacques Chirac dans le procès de la Mairie de Paris ? Bref, tout cela était « beaucoup de bruit pour rien ».

Pourtant, quand la voix de Chantal de Leiris en conversation avec la commandante de police Nathalie Le Roy commença à être diffusée dans la salle, cela fit un certain effet, malgré la mauvaise qualité sonore. Toutes les questions posées de longue date sur le dossier Kerviel, sur la façon dont l’enquête avait été menée, sur l’indépendance de la justice face à la banque, trouvaient un certain écho.

« C’était surtout Maes [chef de la section financière de Paris à l’époque], sans arrêt il me disait : “Tu vas pas mettre en porte à faux, en défaut la Société générale”. » « J’ai trouvé que Van Ruymbeke [juge d’instruction chargé du dossier Kerviel en 2008], ça l’intéressait pas, je pense. C’est facile de dire “À toute vitesse, on avance, on boucle l’affaire”. Quand on voit que les scellés n’ont jamais été exploités. » « La Générale savait, savait, c’est évident, évident. Et alors, c’est vrai que sur le montant du préjudice, les 4 milliards et quelques, y a aucune expertise, y a rien », avait raconté la parquetière à la commandante de police.

Plus les extraits passaient, plus les avocats de la Société générale se tassaient sur leurs chaises, plus la cour était attentive, stupéfaite par ce qu’elle entendait. Une certaine vision de la justice s’émiettait. « Ils [le parquet de Paris] étaient complètement sous la coupe des avocats de la Générale. » « Ce que l’on dit, c’est que c’est pas Aldebert [ procureur au parquet de Paris en 2008] qui a rédigé l’ordonnance de renvoi, c’est un des avocats qui lui a communiquée. » « Reinhart, du temps d’Aldebert et même encore Maes, il était tout le temps, tout le temps là. Il arrivait pour parler d’un autre dossier avec M. Aldebert, il se positionnait, il s’asseyait, “Ah mais, je serai peut-être bientôt l’avocat de telle société”. Ce que j’ai appris, c’est un type qui renseignait tous les grands cabinets parisiens des affaires nouvelles pour se partager le gâteau. »

La diffusion était à peine terminée que l’avocat de Chantal de Leiris, Olivier Baratelli, déboula dans la salle. Il annonçait que sa cliente allait déposer plainte, demandait le retrait de l’enregistrement compte tenu de la manière illicite dont il avait été obtenu. « Sur le fond, précisait l’avocat, ma cliente ne regrette rien. C’est une conversation strictement privée. Mais cet enregistrement a été obtenu de manière illicite », a-t-il expliqué avant de demander son retrait du dossier.

Après un long de débat de procédure, le président trancha : dans un tribunal pénal, la preuve est libre ; les faits reprochés s’étaient passés en dehors de la cour ; et de toute façon, la plainte n’avait pas encore été déposée, donc l’enregistrement restait au dossier. Sage prudence : en janvier, à la suite de nos révélations, Jean Veil, avocat de la Société générale, avait déjà annoncé que Chantal de Leiris allait déposer plainte. L’annonce est restée sans suite.

Que dire après l’audition d’un tel témoignage qui décrit une justice manipulée, des petits arrangements entre parquet et avocats, au point qu’un procureur aurait pu accepter de se faire écrire une ordonnance de renvoi, les manœuvres en coulisses des grands cabinets pour se partager les dossiers ? Il n'y avait pas de mot. Le silence s'installa un moment. L’avocat de Jérôme Kerviel a toutefois annoncé qu’il allait déposer cette pièce comme nouvelle preuve auprès de la cour de révision.

Par martine orange et MEDIAPART.

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