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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Aide-Mémoire
 
rue des archives:

Douze morts à Chicago en 1886, dix morts à Fourmies en 1891… Le 1er Mai fut d’abord marqué par de violents affrontements. Si la fête du travail a pu au fil du temps prendre des airs de promenade de printemps, elle est restée un symbole fort de l’internationalisme ouvrier, qu’ont façonné 130 ans de luttes sociales.«Premier mai, c’est le renouveau / Comme aux arbres monte la sève / L’idée aussi monte au cerveau / Et la sociale se lève / Plus haut que l’homme… » En 1893, les paroles de « la Marche du 1er mai » s’accordaient à la sensibilité et aux attentes des militants. Ses mots et ses images évoquent un temps où l’avènement de la « sociale », République et révolution confondues, semblait n’être affaire que de savoir et de raison. Telle était la façon dont les avant-gardes d’alors concevaient leur rôle. La métaphore printanière du renouveau participe elle-même d’une confiance absolue en l’avenir, synonyme de progrès, deux termes éponymes d’associations, cercles, coopératives, mutuelles et syndicats de l’époque.

Au commencement était la revendication de la journée de 8 heures. Unificatrice, elle figure dans le programme de l’Association internationale des travailleurs des années 1860. Elle rebondit deux décennies plus tard, notamment aux États-Unis, où les syndicats se proposent de l’imposer le 1er mai 1886, à l’occasion du moving day, date du renouvellement de maints contrats. À l’échéance, plusieurs centaines de milliers de travailleurs sont en grève dans tout le pays. L’action se prolonge à Chicago et vire au tragique. L’explosion d’une bombe et des affrontements font une douzaine de morts, le 4 mai, au Haymarket Square. Sept des huit syndicalistes anarchistes arrêtés sont condamnés à la peine capitale au terme d’un procès inique. Ces événements sont connus des délégués du congrès international ouvrier socialiste qui, réunis à Paris en juillet 1889, fixent au 1er mai la date d’une « grande manifestation internationale » organisée « de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à 8 heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès international de Paris ».

églantine écarlate

Dans les faits, les modalités d’application sont laissées à l’appréciation des organisations nationales. Ainsi, les Anglais ou les Allemands reportent-ils la démonstration plutôt festive au dimanche qui suit le 1er mai 1890. À Vienne, en Autriche, la date est respectée, marquée par d’importants arrêts de travail. Des dizaines de milliers de personnes manifestent en Belgique, à Barcelone, à Stockholm… Dans une cinquantaine de localités françaises, des grèves ou des cortèges appuient les délégations auprès des élus. En province, les socialistes sont souvent à l’initiative aux côtés des bourses du travail et des syndicats, parfois avec le concours de municipalités. Le 1er Mai parisien est plus âpre face aux forces de l’ordre, promptes à disperser les amorces de manifestations au sortir des meetings et à s’emparer des drapeaux rouges tenus pour séditieux. En 1891, le sang coule à Fourmies (Nord). La troupe ouvre le feu sur le cortège. La fusillade fait 10 morts. Outre deux enfants de 11 et 14 ans, la plupart, dont quatre jeunes femmes, n’ont pas 21 ans, à l’instar de Maria Blondeau, fauchée une branche d’aubépine à la main. En leur mémoire, les manifestants des années suivantes arboreront une églantine écarlate, en plus du triangle rouge qui, épinglé à la boutonnière, résume la revendication : 8 heures de travail, 8 heures de repos et 8 heures de loisir. Déjà présent, le muguet, orné d’un ruban rouge, ne l’emportera définitivement qu’à la Libération.

D’abord boudé par les syndicalistes révolutionnaires, hostiles à une journée soumise à « l’influence des politiciens », le 1er mai recèle un potentiel revendicatif qui séduit les partisans de la grève générale. La CGT en dispute dès lors l’organisation aux socialistes. En 1904, elle appelle à « une propagande active d’éducation (…) afin qu’au 1er mai 1906 aucun ouvrier ne consente à travailler plus de 8 heures ». Réactivé au feu de l’action directe, le 1er Mai hexagonal acquiert un nouveau souffle. Au jour dit, le pouvoir masse plus de 50 000 soldats dans la capitale. Aux alentours de la bourse du travail, les dragons interdisent tout rassemblement. La police procède à plus de 860 arrestations, dont 300 débouchent sur des poursuites pour voies de fait, menaces, cris séditieux, etc.

Malgré la décrue ultérieure, le rituel est rodé. Baromètre du mouvement social, il s’emballe au sortir de la Grande Guerre, porté par l’espérance révolutionnaire venue de Russie. À Paris, les affrontements font 3 morts en 1919, et encore 3 autres en 1920. Du moins la poussée sociale a-t-elle précipité le vote, en avril 1919, de la loi des 8 heures.

en 1937, une foule énorme

La prochaine vague intervient avec le Front populaire. Le 1er mai 1937, une foule énorme défile entre République et Nation. La répression anticommuniste déclenchée en 1939 redouble avec l’Occupation et sous Vichy, qui fait du 1er Mai, en 1941, une « Fête du travail et de la concorde sociale ». « Vive le 1er Mai ! » lui réplique « l’Humanité », clandestine, dans un long appel à la lutte. Après la Libération, une loi de 1946 confirme la singularité du 1er Mai, chômé et payé. La grève n’est plus à l’ordre du jour, mais la CGT s’applique à entretenir la double dimension combative et internationaliste de la journée. Durablement pacifié, le 1er Mai échappe aux violences de rue des années de guerre froide, mais non à l’interdiction de manifester instaurée en 1954.

Près de 120 000 Parisiens saluent sa levée en 1968, succès annonciateur des « événements » des prochaines semaines. Sensible dès les années 1960, la banalisation du jour férié s’accentue sous l’effet des départs en week-end et des « ponts » printaniers, tandis que la taille des cortèges varie au gré de la conjoncture sociale et des relations intersyndicales. Indissociable de l’identité cégétiste, le 1er Mai ne s’y réduit pas. FO et la FEN en revendiquent l’héritage, la CFDT s’y rallie, sans garantir l’organisation de manifestations unitaires. Mettons à part l’inauguration, en 1988, d’un 1er Mai du Front national, défi dans la lignée du précédent vichyste, que la droite « décomplexée » sarkozyste de 2012 tentera à son tour de lancer en prétendant fêter le « vrai travail ».

Avec ses hauts et ses bas, le 1er Mai du mouvement ouvrier mit à l’épreuve ses promesses de solidarité internationale. L’ambition n’a rien perdu de sa pertinence quand la mondialisation néolibérale attise comme jamais la concurrence entre les travailleurs.

« Ah, frères, croyez-vous vraiment / La fraternité chimérique ? » interrogeait « la Marche » de 1893.

Par. Michel Pigenet

Michel Pigenet a dirigé, avec Danielle Tartakowsky, l’ouvrage « Histoire des mouvements sociaux en France, de 1814 à nos jours ». éditions La Découverte (2012, 800 pages).

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