Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
citoyen18.overblog.com

citoyen18.overblog.com

La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Humeurs

Pour qu’elle renonce à toute poursuite devant les tribunaux et à toute action pouvant nuire à « la réputation » d’EDF, 220 000 euros ont été versés à la veuve d’un ouvrier décédé sur le chantier du terminal méthanier de Dunkerque. Deux autres ouvriers y sont morts depuis.

Avec plus de 1 200 salariés, et pour un coût de 1,5 milliard d’euros, le chantier du terminal méthanier à Dunkerque est le deuxième plus gros projet industriel de France. Commencée en 2012, la construction du futur terminal de gaz doit s’achever au printemps 2016. Pour diriger ce projet, EDF s’est associé à Total et Fluxys, opérateur belge spécialisé dans le transport de gaz naturel, en créant une coentreprise, Dunkerque LNG, dont EDF reste le principale actionnaire (65 %) et donc responsable du chantier. 

Présentée en 2011 comme la réponse gouvernementale pour lutter contre le chômage dans la région de Dunkerque, dont le taux avoisine 14 %, la construction du futur méthanier est vite devenue un modèle de dumping social. Sur 1 300 salariés, on estime que 800 sont des travailleurs dits « détachés », rattachés au régime de leur pays, Roumanie ou Portugal, où les cotisations sociales sont plus basses. Dès décembre 2013, la CGT révèle que certains ouvriers travaillent 60 heures par semaine, six jours sur sept et que d’autres ne sont payés que 600 euros. Le chantier est un « exemple de la surexploitation des salariés détachés », selon les termes de Jean-Jacques Candelier, député du Nord, dans un courrier adressé, le 11 décembre 2013, à Michel Sapin, alors ministre du travail.

Chantier de Dunkerque en janvier 2014. © EDF Chantier de Dunkerque en janvier 2014. © EDF

 

À quelques mois des élections municipales, pour éteindre l’incendie, Michel Sapin, accompagné de Manuels Valls, alors ministre de l’intérieur, se rend sur le chantier. Mais le 19 décembre 2013, jour de la visite ministérielle, un grand nombre de salariés détachés recevront l’ordre de ne pas venir travailler et de rester dans leur camping… Loin d’inciter EDF à revoir les conditions de travail et de sécurité sur le chantier, ce travestissement de la réalité à des fins médiatiques confortera l'électricien dans ses choix. Difficile pour le groupe public de se passer d’une main-d’œuvre à bas coût et flexible alors que les travaux accusent cinq mois de retard. 

Mais jusqu’où est prêt à aller EDF pour finir le futur port méthanier, qui doit lui assurer l’accès à de nouveaux marchés en Europe du Nord ? 

Ce cynisme a peut-être trouvé son paroxysme lors du décès d’un travailleur détaché. Le 22 juillet 2014, six mois seulement après les alertes lancées sur les conditions de travail et la sécurité du chantier, Antonio R., soudeur âgé de 41 ans, meurt asphyxié. Recruté au Portugal par Globatemp, une société d’intérim, il travaillait depuis mai 2014 sur le futur terminal, pour SMM, un sous-traitant d’EDF, spécialisé dans les montages mécaniques. 

Le 22 juillet, accompagné de deux collègues, ce salarié se rend sur le dôme de l’un des futurs réservoirs, à 50 mètres de hauteur, pour effectuer une soudure sur un tuyau. Une fois l’opération terminée, l’équipe tente alors de retirer des baudruches placées à l’intérieur du conduit, à l’aide de câbles placés à l’extérieur, mais les baudruches restent coincées. Les témoignages qui décrivent la suite de l’accident sont contradictoires et ne permettent pas de savoir ce qui s’est précisément passé. D’après les premières déclarations d’EDF et des entreprises sous-traitantes, les deux collègues du soudeur seraient partis chercher le chef d’équipe afin de trouver une solution. Plusieurs heures plus tard, le corps d’Antonio R. est découvert à l’intérieur du tuyau. Il est décédé par asphyxie, comme le confirme le rapport d’autopsie : « La mort est la conséquence d'un syndrome asphyxique induit par une hypoxie [manque d’oxygène] en milieu confiné. » 

Est-ce qu'Antonio R. a pris l’initiative d’entrer seul dans le tuyau pour décoincer les baudruches ou l’a-t-il fait sur ordre ? Avait-il connaissance des risques d’asphyxie qu’il courait ? Avait-il reçu la formation pour ce type d’intervention ? Ce danger était-il affiché comme le règlement l’oblige ? Ce tuyau était-il fermé comme il l’aurait dû l’être ? Était-il vraiment seul ? 

Chantier de Dunkerque en décembre 2015. © EDF Chantier de Dunkerque en décembre 2015. © EDF

 

Une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Dunkerque doit répondre à ces questions et établir la part de responsabilité des entreprises impliquées, dont EDF. À ce jour, l’inspection du travail n’a toujours pas rendu ses conclusions. 

Mais sans en attendre le résultat, EDF s’est empressé de se préserver de toute poursuite judiciaire de la part de la veuve et, espérait-il, de retentissements médiatiques. Dès septembre 2014, des échanges ont lieu entre EDF, les syndicats et l’épouse du défunt. Il est d’abord question de la prise en charge financière du rapatriement du corps et des obsèques. L’ensemble des entreprises verse, pour cela, 30 000 euros. 

Si, dans un premier temps, EDF joue les intermédiaires entre la veuve et les entreprises de sous-traitance impliquées dans l’accident mortel, son rôle devient de plus en plus compromettant. Le premier électricien de France prend une part centrale dans les négociations et en obtient des avantages non négligeables. C’est dans les propres locaux de la direction d’EDF à Lille qu’est décidée l’élaboration d’une transaction, en décembre 2014, en présence de deux responsables d’EDF, de SMM, l’entreprise sous-traitante employant le salarié et de Generali, compagnie d’assurances. Cette transaction est signée le 23 janvier 2015, par la veuve, SMM et Generali. Étonnamment, EDF ne la signe pas, mais son nom, via sa filiale Dunkerque LNG, responsable du chantier, apparaît dans les clauses les plus déterminantes. 

Ainsi, en échange de 220 000 euros et, selon les clauses de la transaction que Mediapart a pu se procurer, l’épouse du défunt s’engage à « mettre fin à toute contestation née ou à naître », à « ne plus formuler aucun grief et/ou réclamation », à « s’abstenir de tout acte qui serait de nature à porter atteinte ou à nuire à la réputation ou à l’image » de EDF. Et comme si cela ne suffisait pas, EDF négocie que la veuve renonce à « se constituer partie civile et à exercer l’action civile devant les juridictions pénales françaises, portugaises et toute autre juridiction étrangère » à l’encontre d’EDF, et certifie « ne pas témoigner ou transmettre des documents de quelque nature qu’ils soient ou fournir toutes informations à tous tiers en situation de litige, présent, passé ou à venir » avec EDF.   

Par Pascale Pascariello et MEDIAPART.

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog