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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Humeurs

Ils étaient, comme des centaines d'autres, dans la salle où le directeur et le DRH de l'usine Goodyear d'Amiens ont été retenus pendant trente heures, en janvier 2014.

Mais eux, presque tous militants de la CGT, ont écopé de prison ferme. La vraie violence, celle exercée par un groupe qui a jeté ses salariés et laissé crever son usine, reste impunie.

Témoignages de quatre des huit condamnés, recueillis devant une usine en plein démantèlement.

«Le plus dur, ce n'est pas pour moi, c'est pour ma femme, mes enfants, l'image que tu laisses... » « Mes amis, ma famille me connaissent, savent de quoi je suis capable. Mais imagine le gamin à qui on dit à la récréation : "Ferme-la, ton père est en prison !" » Michaël Mallet et Reynald Jurek ont travaillé pendant 17 et 29 ans à l'usine Goodyear d'Amiens. Ils sont de ces huit ouvriers condamnés, le 12 janvier, à quinze mois de prison, dont neuf ferme, pour avoir participé à ce que la justice qualifie de « séquestration » du directeur et du DRH de l'usine, il y a deux ans. À leurs côtés, Jean-François Quandalle et Hassan Boukri, que le tribunal a punis de la même façon. Ils nous reçoivent dans le bungalow de la CGT, installé sur le parking de l'usine, où ils militent tous les quatre. « Je pensais qu'il y avait une justice en France, confie Hassan. Tout ce qu'on m'a reproché, c'est soi-disant un regard menaçant... » « Ce n'est pas une décision de justice mais une décision politique, assure Reynald. Il faut qu'on fasse fermer leur gueule à ceux qui se battent. Ils veulent instituer un contrat précaire (1), retirer mille articles du Code du travail... » Heureusement, il y a aussi les communiqués de soutien qui se multiplient, « l'Appel des Goodyear », qui a explosé la barre des cent mille signatures (lire cicontre), et les témoignages au quotidien. « Hier, je suis allé au supermarché près de chez moi, raconte ainsi Reynald. Je bois un diabolo au bar de la galerie marchande et le serveur me dit : "Les gens ne parlent que de ça !" »

« Ça fout le cafard... » Charles Tientcheu regarde, de l'autre côté du grillage, la presse sur laquelle il a travaillé pendant des années, posée sur une remorque, prête à être embarquée. D'ici quelques semaines, il ne restera plus rien de l'outil de travail de l'usine Goodyear d'Amiens, qui a employé jusqu'à 1 500 personnes. Chaque machine est déboulonnée, soigneusement emballée et chargée par des ouvriers de la société polonaise Kabat. Aucun échange possible avec eux : « Dès qu'ils nous voient arriver, ils s'arrêtent », explique Hassan Boukri. Plusieurs camions immatriculés en Pologne attendent leur tour sur le parking. Destination ? « On peut mettre notre main à couper que ça ira dans la nouvelle usine Titan en Russie, à Volgograd », parie Richard Jouhannet, secrétaire du CHSCT. Titan, le fabricant américain de pneus qui avait un soi-disant projet de rachat. Son PDG, Maurice Taylor, avait, dans une lettre à Arnaud Montebourg, insulté les syndicats et les ouvriers français, qui, selon lui, « ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures ». Aujourd'hui, le démontage de l'usine d'Amiens est méticuleux : « Ils prennent les rambardes des escaliers, des bouts de plaques de 50 cm, une petite échelle... On dirait qu'ils vont reconstruire à l'identique ; tout est marqué à la peinture », détaille Michaël Mallet. L. F.

LES VOEUX DE 2014

« En faisant appel, notre but n'est pas de minimiser les neuf mois ferme, mais d'obtenir la relaxe », insiste Reynald. Car ces quatre-là n'ont pas vécu la même histoire que celle racontée par le tribunal d'Amiens. « Ça commence début janvier 2014, après trois semaines de vacances forcées, se souvient Reynald. Comme tous les ans, on va présenter nos voeux à notre direction, dans son bureau. » La production de l'usine a dégringolé et les salariés ne savent toujours pas ce qu'ils vont devenir. L'américain Titan est encore en embuscade, tandis que la CGT défend un projet de reprise en coopérative. « Ça faisait sept semaines qu'on bloquait le dépôt », rappelle Michaël. Le « climat anxiogène et pathogène » n'était donc une surprise pour personne, note Reynald, reprenant une formule de l'inspection du travail. Les élus CGT repartent du bureau de la direction avec une invitation pour le lundi suivant et la promesse d'obtenir des informations. Ils en font part aux salariés, à qui ils annoncent qu'ils leur rendront compte de l'entrevue dans la foulée. Le jour dit, personne au bureau. Le directeur et le DRH sont déjà dans la salle où l'équipe du matin ­ environ 150 personnes ­ est réunie. On leur balance alors que « les négociations ont déjà eu lieu et qu'il n'y aura pas d'amélioration, raconte Jean-François. La CFE-CGC avait déjà négocié pour les cadres. Les gars répondent : "Vous ne sortirez pas, tant que vous ne viendrez pas à la table de négociations !" Et nous (la CGT ­ NDLR), on essaie de gérer ». Pendant trente heures, des centaines de salariés se relaient dans la salle, en fonction des heures de poste. Les journalistes arrivent en nombre, tandis que « deux flics des RG (renseignements généraux) étaient présents en permanence. Ils ont vu ce qui s'est passé », se souvient Michaël. L'un d'eux a assisté au rendu du jugement : « Il n'en revenait pas, il a dit que c'était aberrant », assure Jean-François.

CADRES « ABANDONNÉS » PAR LA DIRECTION

Évelyne Becker, elle aussi ancienne de Goodyear, pousse la porte du bungalow pour saluer ses camarades de la CGT et prend part à la conversation. Elle se souvient que les deux cadres séquestrés « ont été laissés à l'abandon » par le groupe Goodyear : « Personne ne les a appelés. » L'épisode débouchera néanmoins sur un « accord de fin de conflit » prévoyant l'augmentation de l'indemnité supralégale de licenciement, le renforcement du congé de reconversion et l'arrêt de toutes les poursuites. « Ça n'a pas été facile mais Mickaël Wamen (responsable de la CGT Goodyear Amiens, lui aussi condamné ­ NDLR) a organisé une assemblée générale et l'usine était évacuée à 14 heures, sans heurts », poursuit Évelyne. « En deux heures, tous les bureaux et les toilettes ont été remis en ordre. La direction nous a même donné du papier toilette », sourit Reynald. « Les lances à incendie ont été mises à notre disposition pour nettoyer », précise Franck Jurek, le frère de Reynald. Mais, quelques jours plus tard, dix salariés sont convoqués par la police d'Amiens. Ils ont droit au grand jeu, avec quinze heures de garde à vue : « Les trois mots qui revenaient tout le temps étaient "organisation, préméditation, séquestration" », retient Reynald. « On nous posait beaucoup de questions sur Mickaël Wamen. Ils voulaient qu'on le charge », dénonce Jean-François. À l'audience, le 24 novembre dernier, le procès à sens unique continue. Preuve des failles de l'enquête : à la barre, on confond les frères Jurek. Reynald se voit attribuer des propos tenus par Frank, qui n'a pas été poursuivi.


PLAINTES RETIRÉES

Bien que les deux dirigeants aient retiré leur plainte, c'est « uniquement sur leurs déclarations », estime Reynald, qu'ont été condamnés les huit Goodyear, dont six militants CGT, parmi lesquels cinq élus du personnel. « Quelqu'un a tapé sur la table ; un autre a pincé l'oreille (d'un des deux cadres). La violence, c'est ça ! » s'étrangle Jean-François. La vraie violence, plus insidieuse, n'a jamais été prise en compte. Celle qui consiste à obliger pendant des mois des salariés à prendre leurs postes sans leur confier de travail, ou si peu. Les portes des douches sont alors démontées et transformées en tables pour jouer aux cartes... Un dortoir est même bricolé. « On a surtout vu que le gros fléau, c'est l'alcool », témoigne Michaël. Malgré la situation, « des gens étaient menacés pour cinq minutes de retard. Ils ont détruit mentalement des centaines de personnes », s'indigne Reynald. Des centaines de plaintes ont d'ailleurs été déposées contre Goodyear, pour « harcèlement » et « mise en danger ». « Le procureur a tout jeté à la poubelle », peste Jean-François, par ailleurs membre du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Depuis la fermeture officielle de l'usine, le 22 janvier 2014, on compte douze décès, dont trois suicides, sur un peu plus de 1 100 salariés. Des dépressions aussi, des divorces, des maisons vendues dans l'urgence, sans compter les cancers, qui continueront sûrement de se déclarer à cause des solvants et des fumées. Avant, « le boulot était dur mais il y avait une putain d'ambiance dans cette usine ! » se remémore Reynald. Pas question d'oublier les accidents du travail, notamment dus au manque d'investissement, mais « dans la période où ça tournait, tu venais travailler avec le sourire, confirme Michaël. Les trois dernières années sont vraiment à zapper... ».

Par: Journal l'HUMANITE.

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