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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

La génération de stagiaires à vie.

En Espagne, comme dans nombre de pays occidentaux, des millions de stagiaires occupent des postes de travail structurels. Situation rendue possible par un système pervers, sans cesse renouvelé, et qui empêche les jeunes d’accéder au véritable marché du travail.

En Espagne, les stagiaires font figure d’employés et exercent leur travail comme ceux qui sont réellement embauchés, avec moins de droits. La plupart des jeunes acceptent ce genre de proposition, y voyant l’opportunité d’accéder plus tard, et avec un peu de chance, au véritable marché du travail. « Les grandes entreprises savent ce qu'elles cherchent quand elles sollicitent un stagiaire : déguiser un emploi, ce qui se révèle être très avantageux pour elles, ainsi les taxes sont bien inférieures et il n’y a presque pas de frais administratifs », explique l’inspecteur du travail Mario Duque, auteur du livre Becas y becarios (Des bourses et des stagiaires). En outre, les stagiaires ne sont pas représentés par un syndicat et il n’y a pas obstacle quand il s’agit de licencier.  

Selon l’étude Study on a Comprehensive Overview on Traineeship Arrangements in Member States, datant de 2012 et rédigée par la Commission européenne, « en Espagne, la plupart des diplômés doivent adhérer et rééditer plusieurs fois les méthodes de ce système qui s’est mis en place afin d'acquérir l'expérience nécessaire tout en cherchant un emploi réel. C’est un phénomène répandu et une préoccupation croissante, car les employeurs entretiennent des pratiques douteuses, il y a potentiellement un risque d'abus ou d'exploitation, [...] où les victimes, souvent étudiantes, rêvent de trouver un travail, mais en vérité cela conduit rarement à un emploi stable ».

L'analyse de la Commission européenne fait valoir qu'en raison du chômage élevé, la société espagnole est prête à justifier et à accepter toutes opportunités susceptibles de déclencher des offres pour les jeunes, même si ce sont des emplois qui ne nécessitent pas de qualification. À cet égard, le système fonctionne.

En Espagne, il n’y a pas de chiffre officiel qui recense le nombre de stagiaires travaillant dans le monde de l’entreprise. En 2013, la Cour suprême a modifié la loi qui se rapporte aux stagiaires, les obligeant désormais à payer un impôt même si ces derniers sont faiblement rémunérés. Le syndicat Comissionnes Obreras a assuré que plus de deux millions de personnes avaient ce statut. En 2010, selon la même source, 20 000 de ces jeunes occupaient des postes indispensables dans diverses structures. Chez les publicistes, les avocats, et surtout les journalistes, la figure du “stagiaire employé” est tellement habituelle et intégrée que ces milieux ne pourraient fonctionner autrement.

Le scandale au sein de Cadena Ser, l'une des stations de radio qui connaissent le plus de succès en Espagne, est un exemple de la déplorable situation des stagiaires en Espagne. En 2014, une inspection du ministère du travail a constaté que les contrats avaient tendance à se renouveler, les jeunes étudiants devenant "Stagiaires à vie": ils travaillent dans des rédactions, occupant de vrais postes de travail à temps plein et parfois même de nuit, avec une infime rémunération à la clé – celle d’un apprenti. Ces étudiants enchaînent un contrat de stage après l'autre, certains d'entre eux pouvant exercer ainsi pendant deux années successives, toujours en tant que stagiaires. Après cette polémique, l’organisation Oficina Precaria (“Bureau des précaires”, une organisation qui dénonce les mauvaises conditions d’emploi chez les jeunes) a révélé un licenciement collectif déguisé : peu avant l'arrivée des inspecteurs du travail, l’entreprise avait résilié les contrats de 60 à 80 jeunes.

Les entreprises ne sont pas les seules mises en cause ; les universités et l’administration publique sont aussi responsables de ce « système de professionnalisation des stagiaires » (expression forgée par l'organisation Oficina Precaria pour définir la situation des milliers de jeunes exploités à travers ces emplois d’apprenti). Les employés sont remplacés par des stagiaires, et ceux-ci sont convaincus qu’accepter le statut de stagiaire, même si c’est abusif, est le seul moyen de trouver un travail dans l'avenir. 

La législation espagnole permet de maintenir ce système où les étudiants n’ont pratiquement aucun droit. La loi 27/2011 reconnaît « la protection sociale des stagiaires et oblige les entreprises à inscrire les non-licenciés à la Sécurité sociale pour leur donner une protection minimale, ceux qui ont fini leurs études devraient ainsi avoir droit au chômage ». Mais ce principe, qui est établi dans l'une des dispositions additionnelles, n’intervient pas de manière systématique, explique Duque. « La trésorerie de la Sécurité sociale, qui est finalement le bras exécutif du gouvernement, a imposé une condition selon laquelle tous les stagiaires, licenciés ou pas, dépendent de la “troisième disposition annexe”, qui annule ce droit au chômage. » Au bout du compte, aucun stagiaire n’a donc droit au chômage, même après des mois et des mois de travail.

Du point de vue strictement juridique, le but de la période d’apprentissage ne se résume pas à mettre en contact l’étudiant avec l’entreprise, mais consiste plutôt à suivre une formation pratique que l’université ne peut pas offrir. « Les entreprises devraient dépenser leurs ressources pour former les apprentis et ceux-ci ne devraient, en aucun cas, exécuter un travail productif », explique l’inspecteur du travail Mario Duque. Ainsi, il souligne que « le statut de stagiaire est autorisé dans la mesure où il reçoit exclusivement une formation, cette convention ne permet pas non plus aux apprentis d’occuper un véritable poste de travail ».

Cependant, les jeunes Espagnols ne devraient pas se sentir seuls dans cette situation conflictuelle. Le phénomène est commun à tous les pays de la sphère occidentale. Au mois de septembre, le journal The Economist a consacré un long reportage intitulé « Generation b ». Temporaires, irréguliers et généralement sans salaire, les stages sont un passage obligé pour trouver ensuite un emploi professionnel. Le journal estime qu’au Congrès américain travaillent un minimum de 6 000 stagiaires. En Allemagne, l'expression "Generation Praktikum" fait référence à une manière très courante d'accéder à un poste de travail potentiel : il s’agit alors de travailler bénévolement pendant quelques mois. En Autriche, 59 % des diplômés deviennent stagiaires et un tiers d'entre eux ne sont pas rémunérés. Selon le National Council for the Training of Journalists du Royaume-Uni, dans le pays, 92 % des apprentis en journalisme ne perçoivent pas d’allocation.

En définitive, des millions de stagiaires occupent des postes de travail structurels, et de nombreuses entreprises profitent de cette main-d'œuvre bon marché. Tout cela est possible grâce à un système pervers, qui ne fait que se renouveler et qui empêche les jeunes d’accéder au véritable marché du travail.

* L'article a été publié en juin 2015 dans le journal tintaLibre, partenaire de Mediapart.

Par: Irene CASADO SANCHEZ.

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