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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

« Les labos agissent en fonction de leur intérêt commercial, pas de la santé publique »

Entretien avec André Grimaldi, professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie au CHU La Pitié-Salpêtrière (Paris). Il est l’un des auteurs de la Vérité sur vos médicaments (Odile Jacob, mars 2015).
Il existe plus de 11.000 références de médicaments dans nos pharmacies. Y en a-t-il trop, et surtout trop d’inutiles ?
André Grimaldi. La réponse est oui, bien sûr. Il y a d’abord ces médicaments remboursés à 15% ou 30% en raison d’un « service médical rendu insuffisant » et qui ne devraient pas être remboursés du tout. Et puis il y a les « me too » (les "copies"). Dès qu’une classe de médicaments correspond à un grand marché, tous les labos s’y précipitent, créant des produits semblables. Chaque labo met en place un marketing agressif pour tenter de démontrer que son produit est meilleur, qu’il a une petite différence avec les autres… Certes, parfois, la tolérance peut être meilleure d’une molécule à l’autre. Mais on pourrait limiter à deux ou trois ces « copies ». Or, aujourd’hui, on a jusqu’à dix produits semblables. C’est la même chose pour les génériques, ce qui conduit à des changements permanents de marque, si bien que les patients ne s’y retrouvent plus. Au fond, le problème est plus général et plus grave : c’est le mélange entre santé publique et business. La logique commerciale pousse les laboratoires à se positionner sur des marchés, comme si les produits en question étaient des marques de lessive. L’industrie est guidée d’abord par un impératif de rentabilité. Résultat : si le volume de vente est limité, les prix sont exorbitants, quel que soit le prix coûtant. Ce n’est que si le marché est très large qu’on peut espérer des prix plus bas. C’est la rentabilité pour les actionnaires qui détermine les prix !
 
D’où la nécessité de mécanismes de régulation de ce « marché » des médicaments, aujourd’hui très imparfaits…
André Grimaldi. Oui. Pourtant, il ne s’agit pas d’un marché libre. C’est la santé publique qui est censée nous guider, et pas le profit. Mais cela ne fonctionne pas ainsi. Il faudrait, pour commencer, que la puissance publique puisse formuler des demandes à l’industrie , en  définissant les études à mener, sur quel tel type de patients, pour quel tel type de pathologie, à quel stade d’évolution de la maladie, etc. Or, ce n’est pas ce qui se passe : les laboratoires sont entièrement libres de mener les études qu’ils veulent. Et ce, non pas en fonction de l’intérêt de santé publique mais bien en fonction de leurs intérêts commerciaux. Il leur suffit de démontrer une supériorité par rapport à un placebo ou une « non infériorité » par rapport aux médicaments existants. C’est un système pervers. Car l’autorisation de mise sur le marché va se contenter de recopier les indications choisies par le laboratoire. La caricature absolue de ces stratégies commerciales qui dévoient l’intérêt public, ce sont les traitements contre la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge). Au départ, il y a un grand progrès thérapeutique qui permet de lutter contre la cécité. Et ce grâce à deux molécules, à l’efficacité strictement identique. L’une est le Lucentis de Novartis, l’autre l’Avastin de Roche. La seule des deux à avoir l’autorisation de mise sur le marché (AMM) est le Lucentis, qui se trouve être 20 fois plus cher que l’Avastin. Pourquoi ? Parce que ces deux laboratoires ont un actionnariat commun et que Roche, du coup, n’avait pas demandé que l’Avastin soit autorisé dans le traitement de la DMLA. Après des années de polémique, une autorisation temporaire d’usage (ATU) vient enfin d’être donnée à l’Avastin.
 
Quels sont les leviers pour mettre fin à ces arrangements ?
André Grimaldi. Une vraie transparence et une régulation plus efficace. Ce qui veut dire que les pouvoirs publics s’impliquent encore plus dans les prises de décisions. Y compris en co-finançant, avec les labos, des recherches qu’ils jugent prioritaires. Il faut aussi que chacun joue son rôle. L’industrie n’a que « l’intérêt des malades » à la bouche, mais on sait qu’elle pense d’abord aux profits. Mais les agences publiques et l’Etat prennent souvent des décisions qui ne sont guère motivées, elles non plus, par la santé publique. Exemple : l’affaire du Médiator. Certes, il s'agit d’abord une escroquerie du laboratoire Servier. Mais cette escroquerie n’a été possible que parce que l’Etat - les ministres successifs de gauche et de droite - ont décidé de défendre coûte que coûte un labo français et les emplois qu’il représentait. N’oublions pas que le Médiator n’a jamais été un anti-diabétique. Et pourtant, par le biais d’une décision ministérielle, il a été décidé qu’il serait remboursé à 100% pour les diabétiques. Une décision peut-être « bonne pour l’emploi » mais très mauvaise pour la santé publique! Autre exemple : si les cures thermales continuent à être  remboursées pour 300 millions d’euros par an, c’est fondamentalement parce que les élus des villes concernées font valoir que ces cures représentent aussi des emplois. On dit que les curistes en tirent bénéfice. Très bien. Mais faire du vélo, un séjour en thalassothérapie ou manger du poisson sont des activités aussi très bénéfiques pour la santé, et la Sécurité sociale ne les rembourse pas pour autant !
 
Les conflits d’intérêts continuent-ils de polluer toute la chaîne de décision du médicament, comme des révélations récentes de Médiapart le suggèrent ?
André Grimaldi. Mediapart met en cause le président de la commission transparence de la HAS, chargée de déterminer "l’amélioration du service médical rendu" des médicaments. Ce que décrit Mediapart, c'est tout simplement de la corruption. Des plaintes ont été déposées. A l'Agence du médicament (ANSM), l’ancien président Dominique Maraninchi semble avoir mis de l'ordre. Ce qui est sûr, c'est qu'il existe un lobby des industries du médicament comme il existe un lobby du tabac. Le problème, c'est qu'avec tous ces scandales, bien réels, une défiance s'est installée. Beaucoup de Français se disent : qui croire ? Or, cette  défiance touche au cœur de la relation médecin-patient, qui doit être une relation de confiance. Contrairement à ce qu'on dit parfois, les malades, quand ils vont chez le médecin, n'achètent pas d’abord une prescription, ils achètent une confiance. C'est d'ailleurs pourquoi la profession de médecin est une profession assermentée, les médecins prêtant serment de ne pas abuser de cette confiance. Au fond, si cette défiance s'installe, elle fera le jeu de ceux qui proposent de remplacer cette relation de confiance par les lois du commerce, à commencer par les assureurs privés, avec pour corollaire la judiciarisation de la médecine, comme on le voit aux Etats-Unis. 
 
Ce que vous dénoncez aussi, c'est le manque de réaction de la communauté médicale après l'affaire Mediator...
André Grimaldi. Oui, d'autant que ce scandale arrivait après d'autres: le sang contaminé, le Vioxx... Sans s'ériger en juge, la communauté médicale aurait dû dire: « on rompt nos relations avec le laboratoire Servier ». Ce qu'a d’ailleurs fait l'industrie pharmaceutique elle-même, plus maligne, qui a exclu Servier du LEEM, l'association professionnelle du secteur. Mais l'Académie de médecine s'est tue; la Société de Diabétologie s'est tue; la Société de Cardiologie s'est tue... C'est sur ce silence que peuvent prospérer des discours antiscientifiques : des gens qui disent que les vaccinations ne servent à rien, ou pire, sont dangereuses; ou que les statines sont totalement inutiles pour lutter contre les maladies cardiovasculaires alors qu’il est prouvé qu’elles diminuent les accidents cardiovasculaires et la mortalité des personnes à risque... Le désarroi grandissant fait le lit de propos paranoïaques sur le "complot mondial", le "mensonge généralisé", le « tous pourris ».
 
La loi Bertrand post Mediator n'a pas vraiment permis de restaurer la confiance...
André Grimaldi. Elle constitue un pas en avant, mais, elle est insuffisante. Car la défiance est telle aujourd'hui, qu'il faut instaurer une transparence absolue. Mais cette transparence, à elle seule, ne suffira pas, il faut aussi une autre politique du médicament impliquant une évaluation médico-économique des médicaments. Sur ce point, on pourrait s’inspirer du système anglais plus rigoureux. 
 
Au delà, l'idée de définir une liste de 150 médicaments essentiels vous paraît-elle crédible?
André Grimaldi. C'est difficile à dire pour moi qui suis diabétologue. Je crains que cette idée simple soit difficile à concrétiser. A mon sens, il vaut mieux essayer de promouvoir des principes. Par exemple: pas plus de trois médicaments « mitous » ("me too drugs"). On pourrait aussi décider que, dans une même classe de médicaments, la Sécu ne rembourse que sur la base du prix des génériques existants, ou de médicaments à la même efficacité, mais moins chers. Il n'y a aucune raison pour que la Sécu, c'est-à-dire la solidarité nationale, verse une rente d'un million d'euros par jour à Novartis pour son Lucentis, alors qu'il existe un médicament 20 fois moins cher!
 
Vous pointez aussi du doigt les visiteurs médicaux...
André Grimaldi. Oui, c'est une vraie question. A l'heure d'internet, la visite médicale n'a plus d'autre justification que la vente, et pas l'information des médecins. Je ne suis pas sûr qu'il faille maintenir ce dispositif dont l'objectif premier est d'obtenir un maximum de prescriptions. 
 
Pr André Grimaldi, Diabétologue au CHU 
La Pitié-Salpêtrière.
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