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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Plus jamais ça ! Cazeneuve doit démissionner.

non-au-barrage-de-siviens-web-1000px.jpgJe suis d’une génération qui a commencé réellement à s’engager dans l’action politique en novembre 1986 en demandant le retrait d’un projet de loi qui concernait l’enseignement supérieur et qui prévoyait de limiter les conditions d’accès à l’université. Ce projet de loi, porté alors par un gouvernement dirigé par Jacques Chirac comme Premier Ministre en cohabitation avec François Mitterrand, se nommait le projet Devaquet. Il fut finalement retiré après plusieurs semaines de grèves et surtout la mort tragique d’un étudiant matraqué par les forces de l’ordre rue Monsieur le Prince à Paris. Cet étudiant qui ne demandait rien à personne, qui n’était même pas manifestant et selon certains témoignages avait des idées plutôt proche du RPR se nommait Malik Oussekine. Son nom restera pour ma génération comme un symbole. Deux autres étudiants seront grièvement blessés.  François Rigal perdra l’œil gauche en raison d’un tir tendu d’une grenade lacrymogène et Jérome Duval aura le nez détruit et une fracture frontale profonde. Le Ministre de l’intérieur se nommait alors Charles Pasqua.

 

Le lendemain de la mort de Malik Oussekine nous étions des centaines de milliers dans toutes les villes de France à scander les mots d’ordres « Pasqua démission ! » et « Plus jamais ça ! ». Un Comité de solidarité avec les familles de victimes policières dénonçait dans son texte fondateur : « Il suffit de manifester contre un projet de loi pour être grièvement blessé par des grenades tirées horizontalement et à hauteur d’homme, ou pour être frappé à mort ». Pour nous tous, c’était une évidence que la responsabilité du ministre était directement engagée. Il devait démissionner. Faisant preuve d'une grande dignité, le ministre de l'enseignement supérieur, M. Alain Devaquet, sans même attendre les conclusions de l'enquête sur la mort de Malik Oussekine, présentait sa aussitôt démission.

Un des porte-parole du mouvement étudiant, tirant le bilan de ces semaines de mobilisation et de cette mort, écrivait à raison que  « l’incompréhension, le refus d’écouter peuvent être mortels ». Il ajoutait aussi que « « Plus jamais ça ! » exprime un double refus : celui de se voir imposer un projet de loi éducatif contre la volonté de tous, et celui d’une violence entrainant morts et blessés, contre l’expression démocratique de la rue.» L’auteur de ces lignes se nommait David Assouline, aujourd’hui Sénateur et Conseiller de Paris et il y a peu de temps encore porte-parole du PS. Curieusement, le même, d'ordinaire si bavard, semble avoir oublié ses propres paroles en 2014. Pourtant oui, il est encore des moments où le refus d’écouter peut être mortel. Je m'étonne enfin que toute une équipe militante qui dirige aujourd'hui le PS à des postes divers, (MM. Cambadélis, Valls, Dray, Désir, Borgel et compagnie) qui a vécue si intensément ces semaines de grève étudiante en 1986 ne voit pas la terrible actualité de cette époque. Une part d'oubli forge les caractères des esprits forts, il dessèche ceux des esprits lâches.

Chacun aura bien compris que si je raconte tout cela 28 ans plus tard, c’est que je pleure la mort du jeune Rémi Fraisse. Bien sûr, aucune situation n'est jamais comparable à une autre, mais tout de même bien des similitudes me désolent et résonnent dans ma tête. Il semble établi désormais que c'est une grenade offensive tirée par les forces de l’ordre sur place qui est responsable de sa mort. Rien ne justifie que les forces de l’ordre causent la mort d’un manifestant. Rien. Le plus terrible est que cette mort était pratiquement prévisible. Depuis des semaines, les opposants au barrage du Testet (Tarn) se voyaient opposés à des forces de l’ordre qui avaient des consignes de fermeté totalement disproportionnées. Ce projet de barrage est inutilement couteux en argent public (près de 10 millions d’euros désormais au lieu de 4,5 annoncés au début). Il met en cause la vie de 94 espèces animales. 70 % de l’eau de ce futur barrage serait utilisé pour la culture intensive du maïs, alors que cette pratique est en recul dans la vallée. Trois recours devant la justice étaient pendants tandis que les travaux continuaient. Cette obstination à avancer, coûte que coûte, à ne rien écouter, à ne pas concerter, était dû à l’aveuglement du Président du Conseil Général M. Thierry Carcenac et du Ministre de l’intérieur M. Bernard Cazeneuve.

Depuis des semaines, différents représentants politiques étaient venus sur place pour prévenir que les choses allaient dégénérer, que le dialogue devait reprendre avec les opposants. Les mêmes prévenaient aussi que l’attitude des forces de l’ordre posait lourdement problème car il semblait clair qu’elles n’avaient pas de consigne d’apaisement mais bien au contraire de sévérité que de nombreux témoignages ne cessaient de dénoncer.

A présent, chacun peut constater les dégâts. Un homme est mort. Qui est responsable ? M. Manuel Valls n’a cessé ces derniers mois de bomber le torse. Violentant la gauche, affrontant son propre groupe parlementaire, il a exigé de chacun de la « responsabilité ». Le 15 septembre, avec un ton martial il disait aux députés PS « Quand on gouverne, on doit assumer ses responsabilités. » Oui. Alors qui est responsable de la mort de Rémi Fraisse ? Qui ?

Je refuse que les fonctionnaires de police sur place soient les boucs émissaires de cette tragédie. Ils ont obéi à des ordres. Si aujourd’hui le Ministre de l’intérieur demande l’arrêt de l’utilisation des grenades offensives, c’est bien la preuve que leur utilisation n’était pas adaptée. Si aujourd’hui le président du Conseil Général du Tarn suspend les travaux du barrage, c’est bien la preuve qu’il était absurde de s’entêter. C’est pourquoi avec mes camarades du Bureau national du Parti de Gauche, maintenant que le Procureur a rendu ses premières conclusions et qu'il semble clair que du TNT a causé la mort de Rémi et que seul les forces de l'ordre utilisent un tel explosif, nous réclamons la démission du Ministre de l’intérieur et celle du président du Conseil Général du Tarn également sénateur. Les deux portent une part de responsabilité. Ils doivent en assumer les conséquences, en toute dignité. Sans quoi, qui est responsable ? Personne ? Les opposants au barrage qui auraient dus ne pas être là ? La présence de manifestants violents sur place ? Mais le maintien de l'ordre, ce n'est pas une intervention militaire et à tout moment la police doit doser ses formes d'intervention avec les dangers qu'elle peut faire encourir aux manifestants. C'est une règle élémentaire dans un Etat démocratique. Ce soir le ministre Cazeneuve croit bon d'invectiver ceux qui demandent sa démission en déclarant que "nous chassons en meute". Cet homme doit garder son sang-froid et comprendre que nous ne sommes pas des chiens qui doivent lui obéir, seulement des femmes et des hommes qui, prenant acte de son incompétence à renouer le dialogue avec les opposants au barrage et à garantir la liberté de manifester sans que quelqu'un ne perde la vie, pensent qu'il n'est plus l'homme de la situation. M. Cazeneuve dit qu'il faut attendre les conclusions de l'enquête, que la mort de Rémi "n'est pas une bavure"(de quoi s'agit 'il alors ? Du bon fonctionnement des choses ?) etc..... Dois-je rappeler qu'en 1986, le Ministre Alain Devaquet a démissionné sitôt que la mort de Malik Oussekine fut connue.

A l'heure où le PS n'est plus que l'ombre glacée de ce qu'il fut jadis, j'invite François Hollande et Manuel Valls à méditer sur ce que disait François Mitterrand à la tribune de l'Assemblée nationale le nationale le 8 mai 1968 : "Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort".

Par: Front de Gauche.

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