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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Comment Jaurès fut assassiné par deux fois. "n°2"

Raoul Villain, qui a tué Jean Jaurès en 1914, est jugé en 1919. Son acquittement, incompréhensible aux socialistes déboussolés, apparaît hélas dans l'ordre des choses. Retour sur ce procès instructif, qui parle de et à la gauche. Deuxième volet : l'assassin se voit grimé en Jeanne d'Arc et l'assassiné se retrouve sanctifié. Ce qui trahit Jaurès et le socialisme sans émouvoir un seul instant les vestales du nationalisme. Le Figaro ironise : « Pour un peu on eût cru qu'il s'agissait de Paul Déroulède. »Action française ne cache pas sa joie, le 24 mars 1919 : « Après cinq ans moins trois mois de détention préventive, Villain va donc passer en cour d’assises. Enfin !… Nous allons voir et entendre l’assassin. Quant à l’assassiné, Urbain Gohier lui a dressé son dossier dans un volume et une brochure qu’il faut lire : La Sociale et Comment je n’ai pas tué le traître Jaurès. »

Urbain Gohier (1862-1951) est un polémiste entraîné par son méchant verbe. Venu du camp dreyfusard (il travaillait avec Clemenceau à L’Aurore), ce pamphlétaire devait glisser dans le nationalisme puis la collaboration. En 1913-1914, son antisémitisme aussi furieux que délirant le pousse à publier, sous le pseudonyme d’Isaac Blümchen, deux livres prétendument édités à Cracovie : À nous la France !, puis Le Droit de la race supérieure. Plus royaliste que le roi, il trouve Charles Maurras un rien métèque et soupçonne Léon Daudet de vague mais honteuse judéité…

Cependant, tout ce monde se retrouve dans la haine de Jaurès. Et La Sociale, libelle publié en 1914, prend la forme, p. 55, d'un appel au meurtre : « S'il y a un chef en France qui soit un homme, M. Jaurès sera “collé au mur”, en même temps que les affiches de mobilisation. Sinon, les Français auront l'ennemi devant eux et la trahison dans le dos. » L'expression entre guillemets, “collé au mur”, revient dans un article de Paris-Midi publié le 17 juillet 1914 sous la signature de Maurice de Waleffe : « À la veille d'une guerre, le général qui commanderait à quatre hommes et un caporal de coller au mur le citoyen Jaurès et de lui mettre à bout portant le plomb qui lui manque dans la cervelle, pensez-vous que ce général n'aurait pas fait son plus élémentaire devoir ? Si ! Et je l'y aiderais ! »

Jaurès caricaturé (la bouteille d'eau du Jourdain, en guise d'oreille gauche, est une allusion au baptême de sa fille).Jaurès caricaturé (la bouteille d'eau du Jourdain, en guise d'oreille gauche, est une allusion au baptême de sa fille).

Les salauds étant maîtres dans l'effacement des traces, Maurice de Waleffe, le 25 mars 1919, écrit à Me Paul-Boncour, avocat de la famille Jaurès, le courrier impudentissime suivant : « Voyant qu'un rédacteur de L'Humanité mêlait l'autre jour mon modeste nom à celui des journalistes qui auraient dit de Jaurès : “Il faut le tuer”, je me permets de mettre sous vos yeux ma véritable pensée à cet égard. En isolant une phrase de trois lignes prise parmi mille articles on peut leur faire dire tout ce qu'on veut, mais un de mes lecteurs habituels n'aurait jamais assassiné personne. En conseil de guerre, devant l'ennemi, j'aurais condamné un Jaurès prônant la grève générale. Mais un Jaurès se faisant l'homme de la défense nationale, comme il le faisait quand il a été frappé, je l'aurais au contraire protégé, défendu et servi de toutes mes forces. »

Nous avons là les ingrédients du procès Villain : la réécriture de l'Histoire en un perpétuel jeu de cache-cache avec la mémoire. Et Joseph Paul-Boncour, incapable de la moindre “défense de rupture”, comme nous le soulignions dans le volet précédent, assène lors de sa plaidoirie aux assises de la Seine : « Cet hommage à la mémoire de Jaurès honore M. de Waleffe. Je regrette qu'il ait été seul à comprendre ce devoir. » Maurice Cartuyvels, dit de Waleffe, a échappé à la boucherie – on lui devra, en 1920, la création du concours de “la plus belle femme de France”, devenu depuis “Miss France” ! Si bien que M. de Waleffe peut mimer l'amende honorable en 1919. C'est chose impossible pour Charles Péguy, fauché au début de la guerre, qui s'était pris d'une détestation folle et dépitée envers Jaurès, l'assassinant, lui aussi, en 1913, avec des mots, les mêmes mots odieux, qui circulaient au sujet du leader socialiste avant le crime : « Dès la déclaration de guerre, la première chose que nous ferons sera de fusiller Jaurès. Nous ne laisserons pas derrière nous un traître pour nous poignarder dans le dos. »

Ou encore, toujours en 1913 : « Je suis un bon républicain. Je suis un vieux révolutionnaire. En temps de guerre il n'y a plus qu'une politique, et c'est la politique de la Convention nationale. Mais il ne faut pas se dissimuler que la politique de la Convention nationale c'est Jaurès dans une charrette et un roulement de tambour pour couvrir cette grande voix. » La confusion était donc à son comble, puisque Péguy, devenu patriotard convulsif, s'imaginait sans-culotte au point de comparer le lucide Jaurès à Louis XVI en route pour l'échafaud !

Caricature de Charles Maurras (1868-1952).Caricature de Charles Maurras (1868-1952).

Lors du procès Villain, ceux qui sont visés par le reproche voilé de Me Paul-Boncour tirent leur épingle du jeu tout en versant de l'huile sur le feu : ce sont les tristes sires de L'Action française. Charles Maurras avait tout de même, avant guerre, lancé ce signal : « Nous ne voudrions déterminer personne à l’assassinat politique, mais que M. Jean Jaurès soit pris de tremblements… » Au soir du 31 juillet 1914, ces messieurs monarchistes n'en menaient pas large. Ils s'étaient fendus d'un communiqué dégageant toute responsabilité. Ils s'étaient cachés derrière la formule de Chateaubriand à propos de l'exécution du comte d'Enghien dans les fossés de Vincennes, en 1804 : « Pire qu'un crime, c'est une faute. » Cependant, le meurtre ressemblait tellement à un rêve maurrassien que son bras armé paraissait surgir des rangs du “nationalisme intégral”. Or en mars 1919, Raoul Villain s'avère un être falot, hésitant, complexé, timide et presque doux, saisi d'incohérences, pas doctrinaire pour un sou. Alors L'Action française raille « sa nature normale », ridiculise la manière qu'a Villain de déposer « avec un souci scrupuleux de ne rien oublier, comme s'il était au confessionnal ». Pour finir, le journal jubile : « Et les socialistes ont voulu faire de lui un Camelot du Roi ! »

Raoul Villain, né en 1885, après son meurtre du 31 juillet 1914Raoul Villain, né en 1885, après son meurtre du 31 juillet 1914

 

Tout est piteux chez Raoul Villain. Il rate son bachot et manque de mourir de la typhoïde à 20 ans, en 1905. Le 22 octobre 1911, à 26 ans, il entre comme surveillant suppléant au collège Stanislas à Paris. Le directeur, l'abbé Pautonier, à la barre : « Je me suis aperçu qu'il ne pourrait pas vraiment nous rendre service. C'était un garçon délicat, sensible, sans volonté, sans énergie, n'ayant pas d'autorité. À la fin de l'année scolaire 1912, j'ai dû me séparer de lui... » Cet anti-héros ressemble à Roquentin, le futur protagoniste sartrien de La Nausée (1938), qui s'applique à lire les ouvrages de la bibliothèque en suivant l'ordre alphabétique. Villain a pour dessein de parfaire une éducation classique dont il possède quelques lambeaux : « Il se prit tour à tour d'un beau feu et pour la littérature et pour l'archéologie et pour les beaux-arts », résume ironiquement L'Express du Midi.

Le pauvre hère voyage en Grèce pour découvrir la statuaire et tombe sur la politique. De passage en Alsace, il décide un beau jour d'assassiner le kaiser Guillaume II. Et puis non, ce sera finalement Jaurès. Il y pense. Il oublie. Emprunte un revolver à tout hasard. Puis se remet cette obsession dans le crâne, lors de l'enterrement de sa grand-mère paternelle, qui souffrait de problèmes cérébraux, à Reims, fin juillet 1914 : « Il y a des gens qui font le jeu de l’Allemagne et qui méritent la mort ! » s'écrie notre homme au cimetière, avant de prendre le premier train pour Paris.

Au premier jour du procès, lundi 24 mars 1919, son interrogatoire tourne au grotesque. Un seul exemple, à propos de son incorporation au 94e régiment d’infanterie à Bar-le-Duc, en 1906, où il découvre les tristesses de l’escadron :
Le président — À la chambrée, vous étiez peiné, affecté d’entendre des propos antimilitaristes.
Raoul Villain — D’entendre, par exemple, mon voisin, qui était à la garde d’honneur du drapeau de la compagnie du bataillon, chanter des chansons de Montéhus où il était question de chair à canon, de révolte, n’est-ce pas… Le devoir patriotique…
Le président — C’étaient des chansons !
Raoul Villain — Des chansons, mais cela allait jusqu’à… jusqu’à des approbations au chant de L’Internationale et à la satisfaction au récit de petites scènes qui pouvaient se passer, les soirs d’ivresse, dans certaines chambrées.
Le président — Oui, vous avez pris tout cela au sérieux…
Raoul Villain ­— J’ai eu de très grandes craintes…
Le président ­— … car enfin ce sont ceux-là même qui chantaient des chansons de Montéhus qui, pendant quatre ans et demi, se sont fait tuer. Enfin !…

Le petit Raoul était très mal parti dans l'existence, comme l'explique à la barre, dans un style involontairement comique, le frère bien-aimé, Marcel Villain (1884-1972), aviateur décoré lors du carnage mondial encore fumant : « Ma mère était à la fenêtre, mon frère était couché dans son berceau, il en tomba. Ma mère se précipita pour le ramasser et le laissa tomber par la fenêtre. Deux ans après, jour pour jour, elle est devenue malade. » Et internée, en 1887, pour aliénation mentale, à l'asile de Châlons-sur-Marne. Raoul Villain aimait à dire : « Je trouve que l'Alsace ressemble à une fille qui est séparée de sa mère. »

Le docteur Colamerie, de Reims, qui rapporte le propos ci-dessus, distingue trois piliers chez Villain. D'abord, l'idée religieuse – il pratiquait, « quelquefois avec ostentation », et fut chaste « par une sorte de scrupule intime ». Ensuite, le désir et la volonté de s'instruire. Enfin, le sentiment patriotique, poussé jusqu'à l'extrême, ne supportant là-dessus aucune contradiction. « C'est par l'adoration qu'il avait pour les cathédrales qu'il vint à l'idée de patrie », croit pouvoir déterminer le témoin, qui soupire : « Quand il souffrait beaucoup, il parlait de tuer. En 1914, vers le printemps, il parlait de tuer Guillaume II, Jaurès et M. Caillaux. »

Raoul Villain, 33 ans, se présente moustachu à son procès, en 1919.Raoul Villain, 33 ans, se présente moustachu à son procès, en 1919.

Autre médecin, cité en qualité d'expert, le docteur Briand, livre son diagnostic aux allures de jugement moral : « Un déséquilibré, un scrupuleux, ayant de son devoir une conscience fausse mais sincère. Il a cru accomplir non un acte de justice, mais un acte nécessaire. S'il n'avait pas commis l'acte qui lui est reproché et que je ne qualifie pas, je dirais qu'il est incapable d'une mauvaise action. Un émotif qui s'est dit : mon devoir est là ! »

Oui, oui, se souvient Raoul Villain. Durant l'été 1914, à la pension de famille où il vit chichement, près du jardin du Luxembourg, il remarque le domestique allemand en train de lire L'Humanité. Avec un plaisir qui faisait peine à voir : « L'air de satisfaction qu'il éprouvait, je veux parler de la satisfaction que donnait la présence de M. Jaurès aux Allemands. »

Par: MEDIAPART.

Pour les nombreuses personnes qui on demander les paroles, « Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel, c'est d'agir et de se donner aux grandes causes, sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense. Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques... » (Jean Jaurès)

 

Jaurès

Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutant
Les douze mois s'appelaient décembre
Quelle vie ont eu nos grands-parents
Entre l'absinthe et les grand-messes
Ils étaient vieux avant que d'être
Quinze heures par jour le corps en laisse
Laisse au visage un teint de cendre
Oui, not' Monsieur oui not' bon Maître
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

 
On ne peut pas dire qu'ils furent esclaves
De là à dire qu'ils ont vécu
Lorsque l'on part aussi vaincu
C'est dur de sortir de l'enclave
Et pourtant l'espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux yeux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu'à la vieillesse
Oui not' bon Maître oui not' Monsieur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

 
Si par malheur ils survivaient
C'était pour partir à la guerre
C'était pour finir à la guerre
Aux ordres de quelques sabreurs
Qui exigeaient du bout des lèvres
Qu'ils aillent ouvrir au champ d'horreur
Leurs vingt ans qui n'avaient pu naître
Et ils mouraient à pleine peur
Tout miséreux oui not' bon Maître
Couvert de prêtres oui not' Monsieur

 
Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps du souffle d'un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?

Jacques Brel

Et pour les grateux merci à Chritian.

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