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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Laura Alcoba, la plume française de l’Argentine.

Laura Alcoba, la plume française de l’Argentine.

L’auteur du « Bleu des abeilles » écrit en français, traduit de l’espagnol et elle est invitée au Salon comme écrivaine argentine.

Née en Argentine, Laura Alcoba arrive en France à l’âge de dix ans. Son père, opposant à la dictature des généraux, est emprisonné, sa mère a fui le pays avec elle. Elle fait ses études en France, puis enseigne à l’université de Nanterre. Manèges décrit la vie sous la dictature, tandis que le Bleu des abeilles raconte sa découverte de la France, l’apprentissage de la langue française et le bonheur qu’elle y a trouvé. Écrivant en français, Laura Alcoba est traductrice de l’espagnol et éditrice. Elle a donc un point de vue privilégié sur la littérature argentine et ses relations avec la France.

On dit beaucoup qu’il y a des relations particulières entre écrivains argentins et français.
Laura Alcoba : Il y a des liens historiques importants. La Mecque des écrivains argentins a longtemps été Paris. Y aller à dans les années cinquante, c’était faire un voyage initiatique. Beaucoup d’écrivains argentins ont fait le choix du français, Hector Bianciotti, Sivia Baron Supervielle. Paris est très présent dans la littérature latino américaine. « Marelle » est un roman parisien autant que latino américain.

La fascination est réciproque. Dans les années trente, Roger Caillois en témoignait.
Laura Alcoba : Son rôle a été très important. Sa revue, « La Croix du Sud » a fait connaitre aux Français de nombreux auteurs argentins, de la génération de Borges, Bioy Casares.

La littérature argentine passe pour un cas à part dans la littérature latino-américaine
Laura Alcoba : Elle a une image plus intellectuelle, plus froide, à mi-chemin entre la philosophie, l’essai et la poésie. C’est une littérature qui est moins marquée par le roman. Le boom latino est un âge d’or du roman, alors qu’en Argentine, jusqu’à une date récente, le genre noble était la nouvelle, le conte, la forme brève. Il y a encore de grands auteurs qui n’écrivent que des nouvelles. Là encore c’est l’empreinte forte de Borges, de Casares, et même de Cortázar, même s’il est aussi passé brillamment au roman.

On la voit comme un peu moins réaliste
Laura Alcoba : Avec un fantastique plus présent, mais plus cérébral que le « réalisme magique » du boom latino. Elles sont plus réflexives, la littérature s’y met plus en scène. C’est un mouvement engagé depuis longtemps par Borges, que poursuivent, différemment, des écrivains comme Rodrigo Fresán, un auteur très expérimental, dont les livres sont traversés par la question de l’écriture, de la création, la représentation de l’écrivain.

Et une réflexion sur les codes du genre.
Laura Alcoba : Oui, pour lui c’est la science-fiction et le fantastique, pour quelqu’un comme Cesar Aira, ce sera le conte pour enfant, avec les petites filles, les princesses…

On sent là l’influence de Borges, et la volonté de s’en libérer.
Laura Alcoba : Borges a fini par devenir un synonyme de littérature, avec ses thèmes, la bibliothèque, le labyrinthe, C’est une référence écrasante, et il est nécessaire de s’en dégager, sous peine de finir par penser qu’il a tout écrit, qu’on ne peut plus rien écrire après lui. C’est peut-être pour cela qu’émergent aujourd’hui des figures originales, très fortes. Rodrigo Fresán en est une, Ricardo Piglia aussi, ou Alan Pauls. Mais ce qui est caractéristique de la littérature argentine d’aujourd’hui, c’est la place prise par le roman. Et il y a parmi les nouveaux romanciers des voix singulières, comme celle de Selva Amada, dont j’ai traduit le premier roman, et qui n’est pas dans une attitude cérébrale et réflexive, mais dans une littérature d’ambiance, avec des personnages très forts, très construits, de vraies interactions, qui est très nouveau en Argentine. Et elle vient du Nord-est, et décrit une nature très différente de Bueños Aires ou de la Pampa. C’est très chaud, tropical, humide, et ce n’était pas jusque là dans le paysage littéraire argentin

Est-ce que ça veut dire qu’il y a une littérature de Bueños Aires et une autre ?
Laura Alcoba : Ce qui est certain, c’est que dans les nouvelles générations, beaucoup viennent d’ailleurs. L’Argentine est très vaste, et mal connue, et même pour un lecteur argentin c’est une découverte. Dans les années cinquante, la Pampa et la Patagonie étaient là, mais presque comme des concepts ou des références culture.

Un thème qu’on ne peut éluder, c’est celui de la dictature et de ses traces dans la mémoire aujourd’hui. Je pense en particulier au roman de Brizuela (1)
Laura Alcoba : Chez lui, comme chez beaucoup d’auteurs de sa génération, cette époque est devenue le point de départ d’une réflexion sur ce nous aurions fait, sur le courage et la lâcheté. Jusqu’où peut-on être lâche et a-t-on vraiment envie de le savoir ? Ce sont des questions qui dépassent le cadre historique argentin et qui pour cela intéressent des lecteurs de tous les pays. On arrive à des interrogations morales universelles. C’est pourquoi l’étiquette « littérature de la mémoire est très réductrice ».

Il y a une génération, peut-être plus jeune, totalement déconnectée de l’histoire, comme Pola Olaixarac
Laura Alcoba : C’est une romancière très forte, qui, comme Rodrigo Fresán, et Eduardo Berti, n’a pas été invitée. Il y a des oublis bizarres et une polémique est née sur ces questions. (2) Je fais partie de ceux qui entendent revenir sur les « oubliés »

Vous-même vous avez décidé d’écrire en français
Laura Alcoba : Ce n’est même pas une décision. Je suis en France depuis mon l’âge de dix ans, et la question s’est posée plutôt en Argentine quand a été traduit mon premier livre, « Manèges ». c’est un roman, mais j’avais travaillé sur des souvenirs d’enfance sous la dictature Ma mère et moi étions cachées dans une maison qui abritait une imprimerie clandestine. On s’est étonné du fait que j’aie pu écrire en français. Et je me suis posé cette question : pourquoi est-il si naturel d’écrire en français ? Pourquoi n’ai-je pu l’écrire qu’en français ? Et « Le bleu des abeilles » est peut-être une réponse à cette question. Je correspondais avec mon père, prisonnier politique, en espagnol. « Manèges » est très marqué par le silence. L’espagnol est une langue où j’ai appris à me taire, à avoir peur, l’entrée en langue française est une libération.

Vous êtes cependant invitée au salon en tant qu’ « écrivain argentin »
Laura Alcoba : Ce n’est pas la première fois. Ça s’était déjà produit à la foire de Francfort. Mais quand mon livre a ét, traduit en espagnol, sous le titre « La casa de los conejos » (« La maison des lapins ») il a été édité sous les couleurs de ceux en langue espagnole, et non des « traductions ». Quand je m’en suis étonnée, l’éditeur m’a répondu « c’est un livre argentin ». J’écris de la littérature argentine en français, voilà ce que je peux dire.

(1) « La nuit recommencée » (Seuil) L’Humanité du 6 février 2014
(2) Depuis la date de cet entretien, Ricardo Piglia a annoncé son intention de ne pas se rendre à Paris, en solidarité avec les écrivains écartés de la délégation.

Par: Alain Nicolas.

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