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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Un bouquin qui dérange.

Un bouquin qui dérange.

Qui peut se permettre d'écrire aujourd'hui un livre dont le titre est une vraie provocation, à moins que ce ne soit tout simplement une ineptie : L'avenir du communisme ? Quand je vous aurai dit qu'il s'agit d'un prêtre, psychanalyste de surcroît et que le communisme ne lui fait pas peur, qu'il lui paraît même la seule solution pour sortir de l'abîme où nous sombrons, je devine que je vais déclencher des réactions indignées - du genre : "curé, lacanien, stalinien ! il cumule, le mec. Comment peut-on lire des trucs à ce point aberrants ?" Non seulement on peut, mais il faut lire L'avenir du communisme. Maurice Bellet, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a derrière lui une oeuvre atypique et riche, qui n'est soumise à aucun sectarisme théologique, analytique ou politique et qui ne se soucie pas de plaire aux uns et aux autres. Son seul souci, sa seule exigence, la recherche d'une vérité ouverte et vivante.

D'entrée de jeu, Bellet se place dans une perspective thérapeutique. Le monde est malade, et sa maladie risque fort d'être mortelle ; le monde est fou, folle l'idéologie dominante qui prétend que tel est l'ordre des choses et qu'on n'y peut rien changer. Les plus conscients, jusqu'à présent, n'ont proposé que de mettre un peu de pommade sur les plaies des pauvres et sur celles de la planète. Personne n'ose s'attaquer à un changement radical de notre rapport au monde et aux autres - le rêve même de la révolution a été perverti par les marchands qui en ont fait un slogan publicitaire pour vendre leur merde. Nous n'avons le choix qu'entre l'attente fataliste de la catastrophe finale et la crispation identitaire et intégriste sur un passé révolu.

Mais il est une voie à explorer : celle du communisme. Non pas celui qu'a tué définitivement le stalinisme, et ses pitoyables avatars, mais ce qui, au départ, représentait une réelle" puissance de séduction et son lien à la grande espérance." "L'avenir du communisme n'est pas la simple prolongation de ce qu'il en reste. C'est la reprise de l'espérance qui s'incarnait en lui et qui, dans la crise où nous sommes, est plus nécessaire que jamais." (p.17) Au départ, la volonté de Marx était bien de se battre pour qu'on en finisse "avec l'inhumain, avec des relations humaines qui sont en fait destructrices." (p.35) Ce qui l'amenait à "un réalisme qui critique à fond tous les arrangements, qu'ils soient de religion, de morale, de philosophie, qui sous prétexte de Dieu, de Devoir ou d'Idée, consentent en fait à un état de choses inadmissible." C'est à une telle force inaugurale qu'il nous faut retourner, avec la lucidité que l'Histoire nous a enseignée et avec le courage d'une espérance plus forte que toutes les désespérances. "Du coup, ce qui s'annonce c'est un mode de pensée qui est fondamentalement instable, non parce qu'il s'égare dans la confusion, mais parce qu'il ne peut que basculer en avant."(p.44)

Le monde dans lequel nous vivons et qui nous entraîne dans sa course insane vers un toujours plus qui ne se peut atteindre qu'en excluant une majorité d'hommes du simple nécessaire fonctionne sur le "mixage" pervers et mortifère entre la science, la technique et l'économie. Et certes sont sortis de là ce que l'on peut appeler des progrès (médecine, etc)." Mais le pire habite le meilleur. Il y croît, il y prospère, comme le cancer dans le corps humain. Il y prend la forme du crime organisé. Pas la bande de malfrats qui casse les banques, mais la banque, quand elle devient refuge de l'argent sale."Le résultat est la mort de l'humain dans l'homme, le délire consumériste dont les plus pauvres ne sont pas forcément à l'abri, "la compulsion [comme] fixation de l'insatiable." (p.61)

Nous voici donc appelés à une radicalité extrême seule à même de nous sauver de l'extrémité radicale vers où nous sommes précipités. Violence contre violence. Refus de l'inadmissible et ouverture vers un autre type de relation entre les hommes où se brise " le cercle qui sans cesse se referme, enfermant les humains dans ce que le Pouvoir leur impose." Le nom de cet autre type de relation entre les hommes est "amour". "Au coeur de ce typhon, le seul lieu qui peut rester intact et se retrouver comme vierge, c'est cette donation toute primitive qu'aucun nom ne peut égaler, sauf le nom propre de ceux qui s'aiment.'(p.90) Ouvrir ce qui est clos, s'ouvrir à ce qui vient, à la création nouvelle en laquelle l'homme se risque - " il y a une générosité de création, de partage, de donation qui donne à la vie un goût de jubilation."(p.98) Belet reprend les termes compris jusqu'à présent dans leur sens démentiellement économique en leur donnant une tout autre portée. Ainsi de la croissance :"il faut croître beaucoup plus, mais dans la subversion de notre conception de la croissance, étrécie et finalement perverse."(p.108)

J'entends les ricanements, je vois les épaules se lever - utopie que tout cela, rêve de vieillard. Utopie, oui, le terme est assumé, rêve aussi - on est ici proche d'Ernst Bloch et du Principe Espérance, proche du ressort essentiel du messianisme qu'il soit chrétien ou marxiste, proche de Levinas et de son interdit premier "tu ne tueras pas". Et il ne s'agit pas d'idéalisme, la violence de cette conversion n'est pas occultée; ni d'angélisme, puisque c'est bien ici-bas que le combat se mène et que ce qui est à sauver c'est d'abord le corps de l'homme, de l'homme malade, de l'homme souffrant. "Le corps humain dans sa complexité, est plus riche et plus vaste que le reste de l'univers. Le corps éveillé de l'homme est le centre du monde, car c'est par lui qu'il y a un monde qui s'éveille hors de la torpeur sans fond des choses. La planète Terre vaut plus que tout ce que l'astronomie a pu découvrir jusqu'ici."(p.120)

Vive l'homme de l'instabilité puisque lui seul est vivant et donne la vie ! sinon que reste-t-il sinon à aller rendre hommage aux temples de la consommation, acheter, vendre, des choses, se vendre, acheter celles ou ceux qui se vendent, des êtres humains, voler, violer, piller. ? Qu'est-ce que nous attendons ?

PATRICK RODEL

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