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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

"Imposer le droit à une concurrence loyale pour préserver une offre plurielle"

Tribune parue dans l’Huma visant à défendre les libraires indépendants face à Amazon…

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« A bas la société de consommation », « consommez plus, vous vivrez moins »… les slogans de Mai 68 n’ont pas fait long feu. Dès le début des années 1970, les grandes enseignes commerciales que sont entre autres Carrefour et Auchan – aidées en cela par la complaisance des collectivités locales à les accueillir – ont généralisé le concept des hypermarchés venus défigurer nos entrées de villes, consacrer l’empire de la consommation et, au final, tuer le commerce de centre-ville. Sans répondre pour autant à tous les besoins : force est de constater, aujourd’hui, que la population aspire à retrouver ce commerce de proximité au cœur des quartiers. Rompre avec la malbouffe et ses incidences sanitaires, assumer de payer aux agriculteurs le juste prix de produits de qualité, retisser du lien social… Le mouvement de balancier est engagé mais il repose justement, avec beaucoup de cynisme, sur ces mêmes multinationales. Les seules encore capables d’investir, via leurs petites enseignes urbaines (Carrefour City, Leclerc, Auchan City, Casino Shop…), dans ces cœurs de villes qu’ils ont préalablement, et consciencieusement, vidé de leur activité. Dans le domaine de la culture, le phénomène a déjà étouffé les cinémas indépendants – garants de la diffusion d’un cinéma exigeant, souvent d’art et d’essai – au profit de l’implantation des multiplexes. Si nous n’y prenons garde, ce sera bientôt le cas, aussi, pour l’économie du livre et les libraires en particulier !

Il y a urgence ! En France, ces dix dernières années, le chiffre d’affaire des libraires – qui représentent environ 13 000 emplois – a chuté de 8 %. Et une étude récente menée par le Syndicat du Livre et le Ministère de la Culture évalue à 0,6 % ce que touche un libraire par livre vendu. Soit sur un prix de 15 euros, après qu’il ait payé ses charges, moins de 10 cents. Autant dire, rien ! En cause, des loyers de locaux devenus prohibitifs, la généralisation de l’usage d’internet pour passer commande ou télécharger un livre numérique, ou encore la folie d’une société qui pousse à privilégier le zapping et la performance au recul et à la réflexion. Mais cette difficulté repose aussi sur le déséquilibre des droits et devoirs entre concurrents. Tel le pot de terre contre le pot de fer, les libraires indépendants ne peuvent rivaliser face à des grands groupes comme Amazon. Côté en bourse, affichant en 2012 un chiffre d’affaires supérieur à 60 Mds$, ce dernier possède une force de frappe qui lui permet de cumuler la réduction des 5 % sur les livres et la gratuité des frais de port. Amazon peut même compter sur des aides publiques à l’implantation tout en se gardant bien, dans le même temps, de respecter les règles en vigueur dans notre pays : ainsi, le géant américain est visé par le fisc pour une dette avoisinant 200 M€. La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, est bien montée au créneau pour engager des négociations et amorcer un rééquilibrage avec un plan d’aide aux libraires. Mais, alors que l’Union européenne laisse délibérément faire, il convient de maintenir la pression pour faire avancer le droit à une concurrence loyale tout en préservant une offre aussi plurielle que possible.

Tel est donc le contexte existant à l’aube de voir ce leader mondial du e-commerce opérer sa quatrième implantation en France, dans le Nord, après celles réalisées depuis 2007 dans le Loiret, la Drôme et la Saône-et-Loire.

Amazon promet, pour celle-ci, pas moins de 1 500 créations d’emplois d’ici la fin d’année, et un total de 2 500 pour fin 2014. En période de crise, difficile de faire la fine bouche en ne se réjouissant pas de cette annonce. Mais des questions se posent, toutefois, sur les emplois effectivement proposés. Surtout, et c’est là toute la contradiction, dans un territoire du Douaisis marqué par un fort taux de chômage. Car, plutôt que d’y voir la volonté de contribuer à résorber le chômage local (pourquoi, d’ailleurs, Amazon y serait-il particulièrement sensible ?), on pourrait tout autant voir dans cette stratégie une méthode d’autant plus sûre de pouvoir faire accepter, à une main d’œuvre en quête désespérée d’emplois, des postes au rabais. Et imposer des conditions de travail indignes, comme en attestent les récents mouvements de grèves dans plusieurs sites du groupe, en France et en Allemagne.

Est-ce donc cela que nous voulons ? Le service semble, de prime abord, rapide et pratique. Mais un livre est-il, vraiment, un produit comme un autre qu’on achète au milieu des pièces auto, ustensiles de cuisine et autres articles pour animaux ? Un comparatif de références que les autres internautes consultent ou achètent vaut-il le conseil d’un libraire spécialisé ? Peut-on se satisfaire de cette forme d’achat totalement déshumanisé ? Peut-on accepter que les emplois créés soient non-qualifiés, sans perspective d’évolution de carrière et n’offrent, surtout, pas de conditions de travail décentes ?

Derrière ces questions, un vrai choix de société se présente à la gauche, qui dirige une large majorité des collectivités locales. Ses élus doivent se donner les moyens de sauver les libraires indépendants d’une mort sinon assurée, et avec eux tous les emplois du monde du livre (éditeurs, imprimeurs…). Et préserver, du même coup, celles et ceux qui font vivre la diversité culturelle en permettant, par exemple, l’édition d’ouvrages aux thèmes jugés confidentiels, l’émergence de jeunes écrivains, faciliter les rencontres d’auteurs… En ne laissant pas faire ni n’accompagnant, donc, la dérive qui se développe actuellement.

Par Michaël MOGLIA, Conseiller régional du Nord-Pas de Calais, Président du groupe « La Gauche Maintenant ! »

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