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La porte à gauche. Jean FERRAT a chanté que certains prétendent que le bonheur était à la porte à droite. Aujourd’hui est-il à la porte à gauche ? Oui ! mais à la condition de secouer le cocotier de la pensée convenu ! Ce petit blog crée à l’initiative de quelques militants communistes de Vierzon n’a d’autres ambitions que de donner aux citoyens un support pour s’exprimer librement sur les sujets politiques, sociaux ou culturels d’actualité du local à l’international, qui s’émancipe des discours convenus, des lignes officielles décidées par quelques notables de la politique, aux doubles langages, aux bonimenteurs de vraies fausses solutions et qui cultivent la résignation. Déverrouillez les débats et enfoncez la porte à droite (….ou à gauche ?) Les seules limites, car il en faut, à notre liberté : Celle du respect des personnes, le souci de la vérité et de faire vivre le débat. Ainsi seront exclus tous messages comprenant des insultes ou diffamations visant une (des) personne(s), seront exclues, s’ils sont avérées, des informations mensongères ou rumeur infondées. Chacun pourra également participer au débat juste et loyal en signalant un abus de cette nature. Les productions de ces abus seront retirés et l’auteur exclu du blog.

Publié le par "Citoyen 18"
Publié dans : #Aide-Mémoire

Mediapart publie un chapitre inédit du livre des intellectuels Pierre Dardot et Christian Laval, Le Cauchemar qui n’en finit pas. Comment le néolibéralisme défait la démocratie (éditions La Découverte), paru en mai 2016. Un chapitre consacré à François Hollande et à son inaction face au néolibéralisme.

Le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval, tous deux enseignants à l’université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, ont déjà publié plusieurs ouvrages à quatre mains, parmi lesquels Commun en 2014 et La Nouvelle Raison du monde en 2009.

Ils ont récidivé en 2016 avec un ouvrage intitulé Ce cauchemar qui n’en finit pas. Comment le néolibéralisme défait la démocratie, publié aux éditions La Découverte. Au début du mois de décembre, après le renoncement de François Hollande à se représenter, ils ont proposé de publier dans nos colonnes un chapitre, non paru pour des raisons d'édition, consacré à François Hollande.
(Retrouvez les notes de bas de page dans notre boîte noire.)

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« Le socialisme n’a aucun intérêt à ce que le capitalisme soit freiné ou bloqué. Il est le point d’aboutissement du capitalisme et non une façon de freiner son évolution. » Jacques Attali, La Nouvelle Économie française, 1978.

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La gauche dite gouvernementale, c’est-à-dire le Parti socialiste et ses alliés, a organisé son propre sabordage intellectuel et politique plutôt que de résister à la puissance de la droite néolibérale. C’est d’ailleurs toute la social-démocratie européenne qui, avec des nuances, a adopté dès les années 1980, au nom du « réalisme », une attitude passive et résignée devant le néolibéralisme avant d’enfourcher avec de plus en plus de zèle tous ses thèmes de bataille : baisse des coûts salariaux, reconstitution des profits, concurrence généralisée, démantèlement des protections juridiques du travail, apologie de l’entreprise, etc. Si, par la suite, les politiques d’austérité ont pu si facilement s’imposer en Europe, la social-démocratie en est la première responsable. Loin de constituer une contre-force, elle a en effet préféré faire alliance avec la droite sur ce terrain, mieux : elle a voulu prouver à quel point elle était encore plus radicale quand il s’agissait de faire peser le poids de la crise sur la population en augmentant les impôts, en réduisant les retraites, en gelant les traitements des fonctionnaires, en s’attaquant au code du travail.

La situation française depuis l’élection de 2012 éclaire singulièrement cette formidable capacité d’autodestruction de la gauche. Un représentant de ce courant politique, élu sur ce qui se présentait comme un « projet » de réhabilitation de l’action politique face aux puissances économiques, en est venu à mettre ouvertement en œuvre le principe néolibéral de la « compétitivité », au point d’inscrire à son agenda l’ensemble des revendications et des aspirations du patronat et du pouvoir financier. Le même représentant a intégré tout aussi vite la contrainte austéritaire du Traité européen de stabilité, de coordination et de gouvernance (TSCG) sans chercher à l’amender le moins du monde, contrairement à l’engagement qu’il avait pris solennellement durant la compagne, et en dépit de ses conséquences négatives sur l’emploi et la croissance.

« Trahison » ou accomplissement ?

Ne négligeons donc pas l’importance dans l’histoire politique de ce « moment Hollande » marqué par le ralliement assumé de la social-démocratie française, assez tardif d’ailleurs au regard d’autres pays, à la « troisième voie » (1) – toutes les notes sont à retrouver sous l'onglet “Prolonger”. Il est trivial de dire que le mandat de Hollande se présente comme une belle illustration de la politique professionnelle qui autorise les élus à faire le contraire de ce qu’ils avaient dû laisser entendre pour se faire élire, autrement dit à mentir effrontément sur leurs intentions réelles. Mais, plus profondément, il témoigne de l’effondrement de la gauche gouvernementale sous l’effet du système néolibéral dont elle a intériorisé la logique et qu’elle a contribué activement à mettre en place.

 © Reuters © Reuters

Il est courant, dans la gauche critique et même au-delà, de parler de « trahison » à propos de la politique suivie par Hollande depuis 2012. Un ouvrage collectif récent s’intitule même Le Livre des trahisons. Cette manière de dire a des vertus polémiques et apporte une certaine satisfaction. Est-elle tout à fait exacte ? Le « moment Hollande » mérite un peu plus d’examen que la seule dénonciation, par ailleurs fort compréhensible, d’une politique massivement néolibérale. Car pour « trahir », encore eût-il fallu avoir été quelqu’un d’autre ou avoir voulu sérieusement faire quelque chose d’autre que ce qu’il a fait. Or, pour le cas Hollande, la chose est bien douteuse. S’agit-il seulement, comme on le dit beaucoup, d’un revirement opportuniste de la part d’un dirigeant habitué aux louvoiements et qui a finalement préféré se soumettre au double diktat du gouvernement allemand et de la Commission de Bruxelles plutôt que de leur résister ? Ce serait refuser de voir le concours actif apporté à la mise en œuvre des politiques d’austérité et des « réformes structurelles ».

Il s’agit donc de saisir comment une certaine disposition à « moderniser » la gauche qui s’est forgée chez Hollande et les siens assez tôt, dès le milieu des années 1980, a trouvé dans certaines circonstances l’occasion d’imposer une ligne politique « décomplexée », parfaitement conforme aux contraintes systémiques du néolibéralisme européen. Ce que nous voulons dire est ceci : la grande ambition affichée par Hollande était de devenir le président qui ferait « entrer la France dans le XXIe siècle » (2). Pourtant, avec lui, ce n’est pas la modernité qui a gagné, mais la bonne vieille rationalité néolibérale à la française, portée sur les fonts baptismaux par de grands « ancêtres » comme Jacques Rueff ou Raymond Barre, rationalité qui était depuis déjà longtemps la référence de Hollande, et avec lui, d’une très grande cohorte de dirigeants du Parti socialiste et de hauts fonctionnaires qui en étaient proches.

Avec Sarkozy, la finance et la corruption étaient à la fête. « Le président des riches » avait eu l’intelligence de redonner des miettes aux « bons travailleurs qui se lèvent tôt » pour mieux distribuer avantages, prébendes et privilèges aux plus riches. Versions hédoniste, conservatrice et disciplinaire du néolibéralisme se mélangeaient en une mixture indigeste. Beaucoup y ont vu une restauration de la Monarchie de Juillet, c’est-à-dire du règne de l'aristocratie financière, de tous ces « banquiers, rois de la Bourse, rois des chemins de fer, propriétaires de mines de charbon et de fer, propriétaires de forêts et la partie de la propriété foncière ralliée à eux », selon les formules fameuses de Marx (3). Une majorité d’électeurs français n’en ont plus voulu le 6 mai 2012. L’heure du « président normal » avait sonné.

François Hollande, lors de son discours du Bourget. © REUTERS/Benoit Tessier François Hollande, lors de son discours du Bourget. © REUTERS/Benoit Tessier

Mais très vite la désillusion a fait plonger à son tour le nouvel élu dans les abîmes de l’impopularité. Une accusation s’est répandue à gauche, qui allait contribuer à la série des désastres électoraux suivants : le président français aurait « trahi » sa forte parole prononcée lors du grand meeting de campagne du Bourget le 22 janvier 2012 : « Mon véritable adversaire c’est la finance. » L’envolée était en réalité très calculée. Cette phrase de Hollande résonnait comme un écho lointain au mot de Gambetta en 1877 : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi. » Le mot l’engageait, pensait-on, à endiguer la puissance menaçante des marchés financiers et des banques systémiques, « too big to fail ». Ses actes ont été jugés depuis ses paroles. Hollande n’était pas Gambetta, malgré ses airs de matamore.

Les électeurs naïfs ne furent d’ailleurs pas les seuls à s’y tromper. Le 28 avril 2012, l’hebdomadaire britannique The Economist, porte-voix du business mondial, avertissait ses lecteurs des dangers gravissimes que ferait courir à l’Europe néolibérale et au monde économique l’élection la semaine suivante du « rather dangerous Monsieur Hollande », un candidat à la fois hostile aux réformes et « manifestant une attitude profondément hostile à l’entreprise » (4). On ne pouvait pas mieux méconnaître le personnage. Peu après le discours du Bourget, Hollande avait envoyé un message à la City pour corriger la mauvaise impression qu’il aurait pu donner : « I am not dangerous. » C’était bien la vérité qui parlait, mais elle était dite en anglais (5).

Deux ans à peine après le discours du Bourget, Emmanuel Macron, énarque, inspecteur des finances, banquier d'affaires chez Rothschild & Cie, devenait ministre de l’économie avec pour objectif de mettre en œuvre la ligne politique qu’il avait aidé à définir à l’Élysée comme secrétaire général adjoint auprès du président de la République (6). Trois ans après la victoire, de manière plus discrète, Hollande nommait au poste de gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, polytechnicien et énarque, inspecteur des finances et ancien directeur général délégué de BNP Paribas. L’oligopole financier avait bel et bien repris sa place dans les institutions de la République, celle qu’il avait acquise sous Sarkozy : la première. Car avec Hollande, c’est bien toujours cette « nouvelle aristocratie » qui continue de gouverner.

Par Pierre Dardot et Christian Laval et MEDIAPART

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